I. — CARACTÈRES GÉNERAUX
Cette algue est assez fréquente, fixée aux roches, dans les eaux calcaires; on la trouve surtout sur les pierres des cascades peu abondantes (fontaines publiques par exemple), ou tapissant des parois ruisselantes. Ce dernier gîte est le plus propice aux récoltes : on a chance d'y trouver l’algue pure, formant parfois un rideau continu, rouge foncé, qu'on arrache facilement. Les stations assez riches pour satisfaire le chimiste restent cependant l'exception: tels furent pour nous les suintements d’eau douce dans les falaises calcaires littorales de Port-en-Bessin.
La plante ne se distingue pas morphologiquement de Bangia fuscopurpurea, l'espèce marine que les cytologues ont étudiée plus volontiers ; on l'en sépare en raison de l'absence des Bangia dans les eaux saumâtres. Les filaments jeunes sont formés de cellules en une seule file, à membranes très épaisses, imperforées. Ces membranes fixent la safranine et le rouge de ruthénium; elles restent incolores dans le chlorure de zine iodé, ou par traitement à l'acide sulfurique et à l'iode: elles demeurent intactes dans la liqueur de Scawerrzer. Les cellules voisines de la base, dans chaque filament, émettent un proloncement qui, sur une certaine longueur, court dans l'épaisseur des membranes : bientôt il devient libre et forme rhizoïde, Dans les filaments plus âgés, les cellules se divisent par des cloisons radiales assez nombreuses, plus où moins régulières (PL 3, fig. D, E). La reproduction s'effectue par spores directes où gonidies, qui naissent par quatre, aux dépens d'une cellule mère (fig, C) (1). ,
L'histologie de’ Bangia fuscopurpurea à fait l'objet d'un étude
(1) On trouvera une description détaillée des Bangia dans « Les Floridées de France », par G. HAmeL (Revue Algologique, I, 1924).
RHODOPHYCÉÉS D'EAU DOUCE 75
ancienne de BerrHoLD [56], reprise récemment par P. DANGEARD [57]. Pour BerrHoLp, les spores neutres accumulent un produit soluble dans l’eau et colorable en brun par l’iode; de plus, les carpospores contiennent de petits grains d’amidon colorables en bleu par le même réactif (matériel conservé dans l'alcool). P. DanGearD observe aussi deux sortes d’amidon ; le premier est | « amidon floridéen », colorable en brun : « ’abondance de cet amidon est telle que les filaments de Bangia, qui sont à la veille de produire des spores neutres ou des carpospores, prennent sous l’action de l’eau iodée une teinte brun rougeâtre très accentuée qui se voit à l’œil nu » (loc. cit. p. 196). La seconde sorte est de l’amidon ordinaire, noircissant par l’iode : «… cet amidon forme seulement de très petits grains autour du pyrénoïde ou sur le chromatophore; il est très peu abondant et ne s’accumule pas en vue de constituer une réserve dans les spores. Bien au contraire, les spores neutres n’en contiennent habituellement pas, et les carpospores, quand elles en possèdent, n’en ont pas plus que les cellules ordinaires du thalle, par exemple les cellules basales des filaments >» (p.197).
Nous avons pu constater que les filaments de Bangia atropurpure, comme ceux de l’espèce marine, prennent une teinte brune dans l’eau iodée, brun très foncé quand il s’agit de thalles sporulés, ou de régions pourvues de rhizoïdes. Au microscope, le contenu cellulaire présente un fond uniformément teinté par l’iode en jaune cuivré plus où moins foncé, sur lequel se détachent souvent quelques petits grains plus rouges, où bien des amas ou tractus irréguliers, noirâtres, abondants surtout dans les cellules à rhizoïdes. La substance colorable en brun ne forme pas ici des masses confusément granuleuses, comme dans T'horea et Lemanea, mais semble imprégner uniformément le contenu cellulaire, comme en solution dans le cytoplasme. La coloration, brune est d’ailleurs peu solide; elle s’atténue notablement par simple lavage. D'après les données chimiques, il apparaîtra que le corps en question n’est pas de nature amylacée, amidon floridéen ou glycogène, mais bien une substance analogue aux gommes.
Quant aux tractus ou granulations qui se colorent en noirâtre,
nous n'avons pu établir leur nature chimique : l’extraction en est pour ainsi dire impossible, à partir d’un poids minime d’algues,