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CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Cinq espèces de Rhodophycées d’eau douce, appartenant aux genres Lemanea, Sacheria, Thorea, Batrachospermum, Bangia, ont été analysées dans le présent travail. On a recherché, par les procédés de la chimie, la nature des glucides élaborés. Les résultats essentiels sont les suivants :

1. Aucune {lé ces plantes ne renferme de sucre réducteur libre, ni de saccharose, en quantité dosable; elles sont en cela conformes à l’ensemble des Algues non vertes.

2. Les extraits alcooliques de Zemanea et de Sacheria sont très dextrogyres. D'une grande richesse en sels (KCI surtout), ils sont difficiles à purifier. Cependant on a pu obtenir, à l’état cristallisé, les sucres qu'ils renferment. Ce sont le floridoside et le tréhalose (en tout, environ 1 gr. pour 100 de Lemanea frais).

Le floridoside est un «ægalactoside du glvcérol, découvert dans les Rhodophycées marines, dont il est le constituant glucidique original. Sa présence dans les Lemanea, d'écologie si différente, montre que le chimisne des Algues dépend surtout des affinités systématiques.

Le tréhalose, trouvé en petite quantité à côté du floridoside, était jusqu'à ce jour inconnu chez les Algues, et exceptionnel dans le monde des plantes autotrophes. Ce sucre n’est pas accompagné de mannitol, au moins en quantité décelable, contrairement à ce qu’on observe dans beaucoup de Champignons.

3. Dans les autres espèces, les principes glucidiques solubles dans l’alcool rappellent ceux des Lémanéacées par bien des caractères, en particulier le pouvoir rotatoire droit, élevé, et l'hydrolyse sous action de la galactosidiase «. La quantité restreinte de matériel ne nous à pas permis de préparer les sucres à l’état de pureté.

4 Les Lémanéacées abandonnent à l’eau chaude un mélange de matières mucilagineuses, qui proviennent surtout de la membrane des spores, gélifiée en surface. Ce mélange est dextrogyre; sous l’ac-

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tion hydrolysante des acides, il donne naissance à plusieurs corps réducteurs, le pouvoir rotatoire global étant voisin de + 14.

Après épuisement à l’eau chaude, les Algues traitées par la potasse diluée fournissent une solution de gomimes lévogyre, fluide à chaud, se gélifiant par refroidissement. Ces gommes imprègnent toutes les membranes du thalle. Leur hydrolyse conduit à un mélange de sucres, pour lequel [+}D est voisin de + 10. Parmi ces sucres figurent le galaclose et Varabinose.

5. Le faux tissu de Thorea doit sa cohérence à une gomme épaisse qui cimente les filaments. Celle-ci se dissout dans l’eau chaude en formant une liqueur très visqueuse, lévogyre ([x]p voisin de

— 120°). Par hydrolyse, elle donne naissance à du mnannose (sans doute exclusivement).

6. Le gélin des Batrachospermes se distingue des autres mucilages que nous avons décrits par sa solubilité dans lalcool. Il est

dextrogyre, et l’hydrolysat possède un pouvoir rotatoire droit élevé.

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7. ans toutes les Algues que nous étudions, les histologistes ont signalé, à l’intérieur des cellules, des substances figurées colorables en brun ou en violacé par l’eau iodée. Se fondant sur cette seule réaction, on à parfois conclu, imprudemment, à la présence de glycogène où d’amidon fioridéen. Pour déterminer de quelles substances il s’agit, l'analyse macrochimique apparaît aujourd'hui indispensable.

Ce qu'on doit attendre, avant tout, de la chimie, c’est de rendre impossible la confusion entre les matières amylacées et les gommes : colorables par l’iode. Or la seule analyse que l'on possédait jusqu’à ce jour, celle des Lemanca, due à ERRERA, ne répond aucunement à cette exigence ; elle est donc sans valeur.

Un étude chimique complète de l’amidon floridéen exigerait que le produit fût d’abord préparé à l’état pur. Cette condition n’a pu être remplie, en raison de la quantité restreinte du matériel et de se richesse en gommes. On a seulement cherché à reconnaître, sur des extraits encore impurs, les propriétés caractéristiques des matières amylacées. Cette première étude permet déjà des conclusions certaines. Un des meilleurs procédés consiste à soumettre les extraits à l’action d’un ferment bien choisi, l’amylase pancréatique.

8. Les Lémanéacées contiennent, surtout dans les spores, une substance très analogue au glycogène. Colorable en brun violacé par

l'iode, soluble dans l’eau, surtout en milieu alcalin, précipitable par l'alcool, elle est fortement dextrogyre ([+]D>160°), et donne naissance, par hydrolvse, à du glucose, obtenu à l'état cristallisé. Le meilleur procédé d'extraction de ce glycogène consiste à partir des spores pures, que l’on broie avec du sable à l’état sec, pour les traiter ensuite par une solution de potasse concentrée.

On sait que le glycogène et le tréhalose coexistent chez les Champignons. La même association de glucides, dans les groupes de plantes si différents, mérite d’être retenue.

L’abondance du glycogène chez les Lemanea n’est pas sans rapport avec leur teneur relativement faible en sucres solubles; les Rhodymenia, qui n’élaborent pas de réserves amylacées en quantité dosable, sont beaucoup plus riches en floridoside.

9. Dans les Thorea ramosissima et Batrachospermum moniliforme, la présence du glycogène est également certaine, bien qu’on n'ait pu en hydrolyser une quantité suffisante pour préparer le glucose pur.

10. Les Bangia renferment une substance colorable en brun par lV’iode, mais nullement tributaire de l’amyvlase. Lévogyre, possédant les propriétés des gommes, cette substance n’a pas de rapport chimique avec l’amidon floridéen.

Il demeure possible que ces algues contiennent de petites quantités de matière amylacée, d'extraction difficile.

En somme, les gommes de Rhodophycées paraissent présenter une grande diversité. Les géloses, lévogyres, colorables ou non par l’iode, sont fréquentes dans les Algues marines. On a trouvé, dans les espèces d’eau douce, des corps plus où moins analogues, mais aussi des mucilages dextrogyres et un mannoside.

11. Les variations saisonnières de la teneur en glucides sont très nettes dans les Lémanéacées. Les sucres solubles sont plus abondants en juillet (1% du poids frais de Zemanea) qu’en avril (0,5 %). Les Sacheria récoltées en avril, avant la sporulation, sont presque dépourvus de glycogène.

Le Batrachospermum moniliforme ne contient que très peu de elycogène de décembre à mars ; il devient au contraire fortement colo: rable par liode au mois de mai.

12. Au cours de lautolvse aseptique prolongée de Lemanea, le floridoside et le tréhalose sont complètement hydrolysés, ainsi qu'une

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certaine quantité de mucilage; le glycogène est par contre respecté, au moins pour une grande part.

L'autolysat de Batrachospermum est également réducteur; la viscosité disparaît par suite de l’hydrolyse du gélin.

Ces autolysats ne contiennent pas de polyol, au moins en quantité décelable.

15. Nous avons vérifié que les membranes, sauf dans les Bangia et les parties jeunes de Batrachospermum, se colorent en bleu dans le chlorure de zinc iodé. La réaction est souvent difficile à observer, en

raison de l'imprégnation des membranes par les gommes.

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