JUSTESSE DU TIR
leur centre de gravité plus ou moins rapproché de leur centre de figure. Cette question, qui est décisive pour la justesse, a occupé jusqu'à présent, sans succès, ou du moins sans résultat, tous les théoriciens et beaucoup de savants, et elle a été récemment résolue par un procédé pratique.
Seconde question : celle des projectiles non sphériques, jusqu'ici reléguée parmi les rêves, mais qui vient d'être résolue avec un grand succès théorique et pratique pour le fusil , et qui est encore à résoudre pour le canon.
Ces deux questions étant très-importantes et assez compliquées nous les traitons séparément : la seconde vient de l'être dans la note À , nous allons traiter l'autre dans la note suivante.
S1ÏR LE MOVEN »' EMPÊCHER LA DÉVIATION DES PROJECTILES SPHÉIUQUES.
Kobins, Euler, Lombard et d'autres savants onl traité, mais sans la résoudre, la question des déviations que cause, dans la marche du projectile sjibérique, la distance plus ou moins sensible entre son centre de gravité et son centre de figure; ils n'ont pas été d'accord entre eux, et leurs opinions ont si peu donné la solution, que la commission de l'an XI, dans son travail, interprète ces opinions dans un sens, tandis que M. Poisson, dans ses mémoires de 1838, les interprète dans un autre sens, et les combat quelquefois.
H ii (Uni. dans ses expériences de Wolwick, en 17%, avait remarqué : que telle position du projectile diminue les déviations; mais l'artillerie anglaise avait gardé secrète cette remarque; plus tard, elle avait essayé d'en tirer parti, spécialement dans le tir de ses projectiles & la schrapnel ; mais elle n'avait pas obtenu, par ce moyen, des avantages qui eussent fixé l'attention.
En l'an XI [1803,) le rapport des expériences française* disait : « Les obus à culot ont des portée* plut grandis que « celle* des obus de même poids sans culot, u El il disait aussi:
a Les obus avec culot ne dévient pas plus que les obus sans culot: » mais il ajoutait ces mots : a chose dont on ne peut a rendre raison. » Et, dans le travail considérable qui fut alors rédigé, on parle de ces divers effets, on en exprime de la surprise, et on les explique diversement; mais où donne comme principe et cause essentielle les battements dans l'âme ; ou plutôt, on ne donne explicitement aucun principe, et on ne conclut à aucune application.
Toutefois, une chose importante fut alors aperçue (j'ignore si ce fut pour la première fois), et M. Clément dit que les irrégularités du tir, dans le sens de la longueur des portées, devaient tenir à la même cause que les irrégularités à droite ou à gauche.
Et, dans son livre de 1808, le même officier, après avoir étudié les expériences de Tan XI, dit, page 43 : « L'obus « fournit un tir d'autant plus régulier, d'autant plus étendu, « que la distance de son centre de gravité à son centre de figure a est plus grande. » Chacun alors pensa que c'était un paradoxe : c'était pourtant une vérité. Mais M. Clément ne disait pas quelle devait être, dans la bouche à feu, la position respective des deux centres ; et son principe, sans la connaissance de cette position respective, donnerait, dans la plupart de ses applications ( ainsi qu'on le verra plus loin), des résultats précisément contraires à ceux qu'il voulait obtenir.
En 1813, les Anglais communiquèrent le secret de Hutton aux Prussiens qui n'avaient guère alors le temps d'en étudier l'usage, mais qui, depuis, firent des expériences, et adoptèrent un procédé qui diminue les déviations latérales : ils marquèrent leurs obus de trois cercles rouges afin de les placer dans les obusiers courts à la position voulue.
En 1826 et 1827, il fut fait de grandes expériences à
MITE (t.
Mayence ; quelques effets de l'excentricité y furent essayés et tenus secrets; mais il paraît qu'il ne s'est établi là que des principes erronés pour la théorie, et peu de chose pour la pratique.
En 1828, des officiers autrichiens et saxons, qui avaient approché des expériences prussiennes, devinèrent le pro cédé tenu secret.
En 1830, tes Prussiens le donnèrent à l'empereur de Russie, qui ordonna des expériences, et qui chargea un acadé micien, M. Ostrogratski, d'étudier cette question.
En 1835, le procédé arriva en Belgique ; des expériences y furent commencées et suivies avec un véritable talent et avec un grand soin.
En 1837, un officier prussien ayant apporté en France le procédé (mais toujours borné aux déviations latérales), il fut fait quelques essais à Vincenucs.
En 1839, cet officier en publia, en Belgique, les résultats; mais, ni le rapport qui Tut fait en France sur les essais de Vincennes, ni la brochure publiée en Belgique, ne donnent à penser qu'on ait alors bien établi le moyen, ni qu'on l'ait connu dans ses véritables conditions, particulièrement en ce qui est relatif à la portée.
Enfin, en 1838, on était, chez nous, tellement peu fixé sur les causes des déviations et sur le moyen de les éviter, que M. Poisson, examinateur de l'artillerie, et savant du premier ordre, dans les mémoires très-élaborès qu'il présenta, s'exprimait ainsi : » Les équations de* mouvements d'un « projectile tonî trop compliquée* pour qu'il toit ponible d'en « déduire le* valeur* approchées de* inconnues, attez simple* a pour être de quelque utilité. n]| était réduit à ne considérer que les cas oh les causes de déviations sont très-petites: or, dans la pratique, et particulièrement dans les projectiles
creux, elles sont souvent très-grandes. Et quant à la distance du centre de gravité au centre de figure, sa théorie n'attribuait pas à cette distance une influence considérable : or, dans la pratique, cette influence est décisive, ainsi qu'on va le voir. Enfin, il ne donnait rien qui avançât beaucoup la théorie, ni rien dont la pratique pût profiter.
Tels sont les faits historiques : voyons maintenant les faits balistiques... Ces derniers, je les prends au moment où ils ont de la clarté, c'est-à-dire aux expériences faites en Belgique. Ce qui résulte de ces expériences, en négligeant les détails inutiles, peut se résumer comme il suit, d'après les chiffres moyens :
1° Quand le centre de gravité était en haut, la portée était plus grande que quand il était en bas, dans le rapport de 2467 à 1315.
2° Quand le centre de gravité était à droite ou était à gauche, les coups portaient toujours à droite ou portaient toujours à gauche.
Ces expériences ont eu lieu en Belgique de 1835 à 1840, sur différents calibres. Avec le canon-obusier du calibre de 150 (lançant horizontalement la bombe de 0™,27) tirant à la distance de mille mètres, le procédé a fait porter les deux premiers coups juste au point central de la cible, et tous les autres coups à des points très rapprochés de celui-ci.
De tels résultats m'ayant paru dignes d'attention, je demandai et j'obtins, en 1841, la permission de faire à Metz, à l'école de pyrotechnie, quelques expériences. Voici les principaux faits recueillis dans ces expériences :
Le canon de 12 de bataille a été tiré d'abord avec sa charge, son boulet et son sabot ordinaire, sous l'angle de 4° ; puis avec la même charge, le même sabot, et sous le mémo angle, mais avec un boulet qui, ayant un vide excentrique
fctt NOTE b.
pour écarter le centre de gravité du centre de figure, ne pesait plus que 5 kilogrammes au lieu de 6.
Quand on a mis le centre de gravité à droite, les coups ont toujours porté à droite.
Quand on a mis le centre de gravité à gauche, les coups ont toujours porté à gauche.
Quand on a mis le centre de gravité en bas, les portées ont toujours été courtes.
Enfin, quand on a mis le centre de gravité en haut, les portées ont toujours été longues.
Et la mesure des avantages obtenus pour la justesse et la portée a été comme il suit :
La portée moyenne qui, pour le tir ordinaire, avait été de 1500 métrés, a été, avec le procédé, de 1960 mètres : augmentation, 460 mètres.
La moyenne des déviations qui, pour le tir ordinaire, avait été les 13 centièmes de la portée, n'en a été, avec le procédé, que les 8 centièmes.
Et la différence du coup le plus long au coup le plus court, qui, pour le tir ordinaire, avait été de 276 centièmes de la portée, n'a été, avec le procédé, que les 153 centièmes.
Voilà, certes, de grands accroissements de justesse et de portée... et, de plus, une diminution d'un sixième dans le poids du projectile, ce qui allégerait considérablement les caissons.
Des résultats semblables ont été obtenus (dans ces mêmes expériences) avec l'obus de 0",15, soit à petite charge, soit à grande charge. Et on peut voir aux procès-verbaux que, par exemple, avec la charge de 1 kilogramme, et toujours sous l'angle de 4°, la portée du tir ordinaire a été, en moyenne, de 1166 mètres, tandis qu'avec le procédé elle a été de 1605 mètres, ce qui est une supériorité de 439 mètres.
Et la supériorité de justesse, quant aux déviations latérales, a été très-grande, puisque la déviation moyenne qui, pour le tir ordinaire, a été de 16 millièmes de la portée, n'a été; avec le procédé, que de 2 millièmes, ce qui est une exactitude presque mathématique... Je dois dire, pour être sincère, que, par une inexplicable anomalie dans la justesse des coups , quant à l'égalité des portées , les coups ont été pour cet obusier et cette charge plus égaux entre eux sans le procédé.
Ce qui est à conclure ici, c'est que les expériences faites en Angleterre et en Allemagne ayant donné des résultats remarquables, ces résultats ayant été fort améliorés par les expériences faites en Belgique , et les expériences belges ayant été confirmées par celles que j'ai faites à Metz, il y a dans la distance du centre de gravité au centre de figure des projectiles sphériques une eirconstance qui , autrefois, était une cause de déviation et de variation dans les portées, et qui maintenant peut devenir un moyen de justesse, et un moyen de portées constantes toujours courtes ou toujours longues k volonté.
+ La théorie des déviations, d&3ftficile, arduç et incompréhensible qu'elle était* même pour les savants, est done devenue, par ces expériences, d'une simplicité et d'une certitude parfaites.
Et la pratique, sinon dans tous les cas, du moins pour le cas des projectiles tirés sans précipitation, peut trouver dans ces résultats des avantages qui pourront quelquefois être importants. .
Ce qui est développé ci-dessus fut présenté en 1841 ; mais ma proposition de s'occuper de cet objet, et de faire officiellement des expériences, ne fut point acceptée.
ji
L'année suivante, j'obtins de la marine l'essai du procédé sur mon canon-obusier de 80, et on Ht une expérience d'où il résulta que, sous l'angle de 10 dégrés, l'obus ordinaire qui, avec la charge de 6 kilogrammes, donne la portée
de 2342"
lut porté avec la même charge , et avec le
procédé, à la distance de 2923
Et avec la charge de 8 kil. et le procédé a. . . 3236
Il y a donc ici , pour le cas de la même charge de poudre ,
et par le seul effet du procédé, accroissement de portée de
prés de 600 mètres ; accroissement qui a été de 89V mètres
en augmentant un peu la charge.
Plus tard, en 18Vt,avantoblenu de la marine l'essai d'un canon sans chambre du calibre de 120, assez lourd pour tirer les projectiles massifs et les projectiles creux, cet essai (>|iii réussit) donna, quant a la question du procédé des deux centres, le résultat que voici (charge de 9 kilog. et anglo de 10 degrés):
Portée du boulet massif 2422 mètres.
Portée de la bombo ordinaire. . 24C5
Portée do la bombe avec le procédé . . . 2866 11 y a donc ici, par l'emploi du procédé, un accroissement de portée de 401 mètres.
Ce procédé n'est donc pas indigne d'attention... Sans doute que, si l'on trouve le moyen d'arriver pour les bouches h fou de l'artillerie à l'emploi de projectiles non splièriques, possédant les avantages de justesse et de portée qui ont été obtenus par le fusil (question que nous avons traitée a l'une des noies précédentes), il est certain qu'alors les avantages que peut procurer le procédé des deux centre*
des projectiles sphériques seront dépassés, et que ce procédé n'aura servi qu'à éclairer la théorie qui, jusqu'à présent, était restée obscure.
Mais tant que, volontairement, ou faute de pouvoir mieux faire, l'artillerie s'en tiendra aux projectiles sphériques, je ne comprendrais pas qu'on renonçât à l'emploi d'un procédé qui est maintenant admis chez les étrangers, qui donne à la fois une justesse latérale et une justesse longitudinale bien plus grandes , et qui donne de plus la certitude d'obtenir toujours, avec régularité, le cas le plus favorable quant à l'étendue des portées.
Sl'K LES PROJECTILES A Mllh ( MNIIWMI ).
Les projectiles creux remplis de balles de fusil, proposés par l'artilleur anglais Schrapnel, ont d'abord été employés avec assez peu d'effet; mais ils ont récemment reçu en France des perfectionnements considérables. Ainsi lorsque la mitraille ordinaire des pièces de campagne, contenue dans des boites de tôle, n'est tirée utilement qu'à 600 mètres, les balles contenues dans des boulets creux de 8 et de 12 sont maintenant portées jusqu'à 800 et 1000 mèlres. Ce tir donc étant aujourd'hui ingénieusement et incontestablement établi, il est nécessaire de fixer les cas dans lesquels il convient de l'appliquer. Nous présenterons, à ce sujet, lesol servations suivantes :
Dans le canon de campagne, ce tir aura de l'effet, parce que le canon de campagne imprime à son projectile une grande vitesse, et que les balles tirées de la sorte, ne faisant d'effet que par la vitesse finale, il est indispensable quo la vitesse initiale soit grande. Mais, d'un autre coté, les boulets de campagne n'ayant que les faibles calibres de 8 et 12, n'envoient sur l'ennemi que 37 et 65 balles.