‹ Constitution militaire de la France: étude sur les modifications à apporter au système de nosChapitre 63 sur 66 · ARMEMENT DES CÔTES · texte numérisé non relu

ARMEMENT DES CÔTES

L'empereur, dans le grand travail de 1811, avait fixé pour les côtes 100 coups par bouche à feu ; cependant, d'après les états de 1813, époque où les côtes avaient, en fait, reçu le plus fort armement, il n'y avait sur les côtes que 83 coups par canon, 99 par mortier, 119 par obusier, et, terme moyen, 86 coups par bouche à feu ; sur quoi il est bon de remarquer que, selon la volonté de Napoléon, les obusiers étaient de beaucoup les plus approvisionnés.

En 181V, le comité d'artillerie proposa 100 coups pour les canons, et 50 pour les obusiers et mortiers.

En 1833, le rapport du ministère de la guerre au roi ne distingue pas les côtes des places; il demande pour celles-ci

1000 coups, et on voit en effet, à l'état détaillé de ee rapport, une grande masse des gros projectiles usités sur le» côtes , ce que la commission du budget combat vivement et avec raison.

Il y a donc encore ici une détermination & prendre et des principes à fixer. (0

En résumé, on est si peu d'accord , relativement à la quantité de projectiles nécessaires, que, en 1814, le comité d'artillerie pense que le nombre total nécessaire est de 4,343,900; et que, en 1833, le ministère de la guerre, dans son rapport au roi, dit qu'il en faut 15,427,504.

Et, relativement à l'approvisionnement en projectiles , ce n'est pas seulement sur les quantités que les principes doivent être établis , c'est aussi sur les espèces ; ainsi, par exemple, il est à peu près reçu que, pour la défense des places, il faut beaucoup plus de projectiles creux qu'on ne le pensait autrefois; que, pour la défense des côtes, ceux de gros calibre tirés horizontalement sont presque les seuls convenables-, et comme toutes ces questions se lient à celle des bouches à feu, il est nécessaire, avant de rien fixer pour les projectiles, d'avoir résolu les questions relatives aux bouches à feu.

(1) La demande de 1855, qui ne distinguait pas les côtes des places, était exorbitante en cela qu'une place a besoin de cinq à six fois autant d'approvisionnement qu'une batterie de côte. La commission qui a fait le travail d'armement des côtes en 1S41 et f S4S, très-bon travail approuvé en 1S43, i fixé 100, 150 et 900 coups par pièce de côte, selon l'importance des batteries ou

dès forts C'est très-grandement, surtout avec des projectiles qui. étant

, fin poissants, n'ont pas besoin d'être aussi nombreui.

§ 9. — Combien faut-il avoir de fusils et d'autres armes

portatives ?

Sous l'Empire, de 1803 à 1815, la France fabriqua environ 2,500,000 armes à feu, outre 800,000 qu'on avait au début, et 700,000 qu'on prit aux étrangers. En avril 1816 il n'en restait que 292,662, y compris celles entre les mains des troupes.

Vers la un des guerres de l'Empire, la dépense au budget, pour les armçs portatives , était par an (moyenne de 1810, 1811, 1812, 1813) de 10,019,500 francs.

Sous la Restauration, cette même dépense était (terme moyen) de 2,874,240 francs. On fabriquait sous la Restauration (moyennement par an) 85,000 armes à feu et 35,000 armes blanches.

Après la révolution de 1830, au 1 er janvier 1831 , nous avions 486,216 fusils en magasin , outre ceux de la garde nationale et des troupes.

Au 1 er janvier 1835, nous avions, en magasin, 1,263,572 fusils, outre ceux de la garde nationale et des troupes.

Enfin, la puissance de fabrication en France fut, sous l'Empire , de plus de 250,000 armes h feu par an (nous avions alors les manufactures de Liège et Turin). Elle fut, en 1814 (malgré le blocus d'une partie des manufactures) , de 28,000 en un seul mois. Elle fut, en 1832, de 210,000, outre les achats. On peut la regarder aujourd'hui comme pouvant s'élever à 200,000, et, au bout d'un certain temps, en forçant les moyens, à près de 300,000 par an.

Ces faits étant posés , quel est aujourd'hui le nombre de fusils qu'il faut avoir en magasin pour suffire, en cas de guerre, aux besoins des armées ?

Sur cette question, la solution positive la plus récente est celle consignée dans le rapport du ministère de la guerre au roi, en novembre 1833, d'après laquelle il faudrait avoir en armes h feu :

2,100,325 fusils, (0 155,807 mousquetons, 244,152 pistolets,

2,500,284. armes à feu.

Cette solution, si elle est adoptée, exige qu'il soit encore fabriqué, en 1836 et années suivantes , une très-grande quantité d'armes. Mais elle a rencontré beaucoup d'opposition à la discussion du budget ; et on fait à ce sujet les observations suivantes :

Que, sans doute, il est sage d'avoir deux et même trois armes de rechange (ainsi que le veut le rapport) pour entretenir, en cas de guerre, 500,000 hommes de troupes, et 300,000 de gardes nationales ; mais qu'il n'est pas nécessaire d'ajouter au chiffre de 1,700,325 fusils, qui résulte de cette prévision, un surplus de 400,000 fusils pour l'armement spécial des places, puisque c'est dans les places que seraient et les fusils en magasin , et les hommes déjà armés; que d'ailleurs il suffit, dans les places, d'un fusil de rechange par homme» et que 400,000 fusils de rechange supposeraient, à cause des officiers et d^s troupes autres que l'infanterie, un effectif de 520,000 hommes enfermés dans les places, supposition inadmissible.

(1) En 18V0, le ministère de la guerre réduisit la demandée 1,700,3*5

400,000 de moins).

Que si un approvisionnement de trois armes par homme est nécessaire pour les fusils qui sont l'arme la plus importante et la plus consommée, il n'est pas également nécessaire d'avoir trois mousquetons et trois paires de pistolets par homme, ces dernières armes ayant une importance moindre, et plusieurs corps de troupes pouvant en avoir moins que les règlements ne l'ont fixé.

Que les modifications dans la forme des armes sont fréquentes, puisque depuis 1716 le modèle du fusil d'infanterie a changé treize fois, et que les expériences faites en ce moment sur les fusils à percussion, et sur les fusils chargés par le tonnerre, font espérer des améliorations prochaines ; que par conséquent on s'exposerait à de grandes pertes si on accumulait trop d'armes dans les magasins.

Que d'ailleurs les salles d'armes existantes ne peuvent contenir que 1,520,000 fusils (outre les autres armes), et que s'il faut en bâtir, c'est une dépense (y compris les râteliers) de près de 4 fr. par arme.

Et enfin que si , outre l'approvisionnement actuel , on fait chaque année des commandes un peu fortes, ou va tomber dans l'alternative : ou de dépenser sans besoin pour entretenir les manufactures; ou de laisser bientôt sans travail des établissements et des ouvriers qu'il est si important de conserver.

Cette dernière observation est très grave, et elle présente une difficulté administrative qui, probablement, ne pourra être écartée que par un changement dans la législation relative au commerce des armes, changement qui est luimôme une autre question fort importante.

Qui donc les résoudra, ces diverses questions? et n'estil pas évident que, pour les armes portatives, comme pour les autres parties du matériel, il y a des délibérations qui

sont devenues nécessaires, et des principes qu'il est indispensable de fixer? Cl

§ 10. — Quel doit être l'approvisionnement en cartouche*

d'infanterie?

Ce qui est difficile, pour les cartouches d'infanterie, c'est leur transport, car un caisson n'en contient que 22,860, et une seule batailla en consomme aujourd'hui des millions.

Une autre difficulté, c'est de les faire assez vite, et la production en sera maintenant un peu plus lente, h cause de quelques améliorations faîtes et à faire dans leur confection. Pour faire les cartouches de 500,000 hommes, à 200 par hommes, il faut 130,000 journées de travail. Il faut donc en avoir d'avance; mais combien en faut-il?

L'empereur écrivait, le 16 mars 1811, au ministre do la guerre : n Le principe est que le maximum de cartou- « ches attelées doit être de 20 par homme, 20 au parc de « corps d'armée, et 20 au parc général; cela fait 60 car- « touches par homme, a Mais, outre ces 60 cartouches attelées, il établissait, dans le travail rédigé par ses ordres la mémo année, qu'il y aurait 50 cartouches portées par le soldat, 70 déposées dans les places voisines des opérations, en tout 180 cartouches disponibles, et autant dans les places-frontières, qui, alors, étaient loin des armées.

Le général Gassendi, dans son Aide-Mémoire , dit qu'on demande aujourd'hui plus de cartouches que les chevaux

(i) Cm AMrnOoai, *msi <\ i' introduction, non prime en ncur I tous Ira anciens fusils, (Uns te p«ri(r«pht.

on l'a dit plus haut, sont de isiis, miis

tô», du [usil-ca ratine, lUJWfd

■ lut (\\it cotreborcr Its principes «pose.

d'artillerie n'en peuvent conduire. Il propose 50 cartouches portées par le soldat, 30 aux caissons, et le surplus, jusqu'à 200, aux dépôts.

En 1822, le comité d'artillerie proposa : 30 cartouches portées par le soldat, 30 aux caissons des batteries, et 10 aux caissons de réserve, outre celles des dépôts et des places.

L'Aide-Mémoire de 1831 propose : 40 cartouches portées par le soldat, 50 aux caissons, et 10 en barils sur des voitures, outre les dépôts et les places.

En fait, et en réalité, dans nos dernières guerres, on avait : 100 h 200 cartouches attelées de diverses manières, 40 portées par le soldat, et, en outre, des dépôts en arrière et des ateliers de confection.

Outre les cartouches nécessaires aux armées, il en faut pour la défense des places. La commission mixte de 1814 en fixe le nombre h 800, 600 et 400 par homme d'infanterie, selon que les places sont de l re , 2* ou 3 e ligne.

Reste à discuter, en examinant ces diverses bases, celle qu'il convient aujourd'hui d'adopter. Et une semblable question est à résoudre aussi pour les munitions des bouches à feu de l'artillerie. (0

§11. — Quel doit être V approvisionnement total de poudre?

A l'époque de la plus grande extension de notre territoire, et de nos guerres les plus étendues, le plus grand

(i) Et ajoutons ici que, en 1849, toutes les bases, quant au nombre des cartouches d'infanterie, doivent ôtre discutées à nouveau, à cause du nouveau fusil, dont les cartouches sont beaucoup plus lourdes, mais dont le même nombre de cartouches produit an effet infiniment plus considérable.

consommateur de poudre à canon, l'empereur, pensait que l'approvisionnement devait être 15 millions de kilogrammes.

En octobre 1814, le comité d'artillerie calculait,' et le ministère de la guerre admettait que cet approvisionne* ment devait être : au minimum de 10 millions de kilogrammes ; et au complet de 16 millions, dont 12 pour les places, 1 pour les côtes, et 3 pour le service actif de campagne.

Plus tard, sous la Restauration, la direction générale des poudreries prétendait qu'il en fallait 33 millions de kilogrammes.

En 1833, M. le maréchal Soult (qui. dans son rapport au Roi; cite le précédent chiffre) n'en demande, comme l'empereur, et à peu près comme le comité d'artillerie, que 15 millions, quoiqu'il propose une très-grande augmentation dans le nombre des projectiles.

Telles sont les opinions. Voyons les faits :

De 1775 à 1799 (temps mêlé de paix et de guerre), les poudreries livrèrent au service de terre 26,101,504 livres de poudre. C'est 511,000 kilogrammes par an.

De 1800 à 181V (époque de nos plus grandes guerres), l'armée de terre a consommé 12,212,000 kilogrammes de poudre. C'est 872,285 kilogrammes par année (0.

De 1830 à 1836, la livraison moyenne des sept années, pour le département de la guerre, est de 629,000 kilogrammes.

De 1775 à 1810, il a été livré pour la chasse, la traite et lamine, 31,252,000 kilogrammes, ce qui fait 892,000 par année; à peu près comme pour la consommation de guerre.

(f) Je ne pense pa> que dans es chiffre soient les poudres tirées ries magasins étrangers.

De 1830 à 1836, la livraison moyenne est de 901,000 kilogrammes.

Enfin, de 1830 à 1836, la livraison moyenne, pour le département de la marine, est de 64,500 kilogrammes.

Il faut donc, en temps de grandes guerres , tant pour Tannée que pour le commerce et la marine , environ 1,838,000 kilogrammes de poudre par an.

Or, la puissance de la fabrication régulière dans nos usines était estimée, en 1815, pouvoir s'élever à 1,974,000; elle a été, en 1831, de 1,808,000; et elle serait facilement portée fort au delà, à cause des progrès qui, sous le rapport de la célérité de fabrication, ont été fort grands. On peut donc dire que la production, même en cas de grande guerre, peut suffire h la consommation.

A Fépoque où le déficit était le plus grand, au commencement de 1816, il restait dans les magasins 5,424,000 kilogrammes de poudre, non compris celle enfermée dans seize places, alors occupées par les étrangers ; c'était un grand déficit, puisque les places en exigent bien davantage pour elles-mêmes. Au 1 er janvier 1831, la Restauration nous en laissait 9,397,000 kilogrammes; au 1 er janvier 1835, nous en avons 10,739,000.

Enfin, un dernier fait : c'est que la contenance actuelle des magasins n'excède pas beaucoup 10 millions (les étals officiels portent 10,150,000); que le ministère de la guerre demande un surplus de magasins, et que, selon les localités, la dépense de construction pour les magasins à Tépreuve est de 800,000 à 1,200,000 fr. pour chaque million de kilogrammes.

Pour prendre aujourd'hui une détermination, d'après ces opinions et ces faits, il est évident qu'il faut statuer d'abord sur ce qui est relatif aux nombres et aux calibres des

:m NOTE R.

bouches à f-.'u, des projectiles et des cartouches, tant pour les places que pour les cotes et les armées. Et peut-être ; aura-t-il, plus tard, une grave question à résoudre sur le» magasins a poudre, si le nouveau mortier, dont la bombe peso 1000 livres, vient à être adopté ailleurs qu'en Belgique. (0

§ 12. — Combien faut-il d'affûts de vvitum d'artUUriiî

Les chiffres antérieurs h nos guerres do la révolution ne sont point à citer ici : le nombre des bouches à feu, et la rapidité des mouvements et des consommations, ayant accru hors de toutes proportions avec l'ancien régime les équipages d'artillerie des armées.

L'empereur, au plus haut de sa puissance, en 1811, voulait pour le service de campagne : un équipage complet on ligne; un autre dans les places-frontières avec un affût par pièce, mais sans rechanges, et un troisième dans les dépôts de l'intérieur avec un affût pour deux pièces; en tout 3,301 affûts, et 12,876 caissons ou autres voitures de campagne pour les places; il voulait un affût par pièce aux places de première ligne, et un affût pour deux pièces aux autres places, quoiqu'alors il n'eût air cunc défensive à préparer, ni même à prévoir.

{■) D'aptes les améliorations Tuiles aui poudreries depuis mo, li produc. lion actuelle peut s'élever de irais à quatre million; de Lilogrimmes chaque m ace : ce qui satisfait, tt au delà, à de* consommations plus grtndes que «Ht* des guerres de !*Etnpiie. et ce qui dispense dVcuuiuler le nombre des magasins (si coûltui et si dangcreui) où se dépose In poudre pendant la pais pour le ces de guerre Le classement de beaucoup de places 1 l'état de plat» de eanipagne sera surtout, a wa»« de la diminution du nombre et du calibre, et >t» l'approvisionnement des bouches i feu, un grand soulagement quant am mtf 'ins a poudre.

La paix ayant changé la situation de la France, et nous ayant fait perdre, avec 53 places, 12,000 affûts ou voitures, un travail détaillé, fait par le comité d'artillerie à la fin de 1814, établit qu'il fallait avoir, pour la totalité des services de campagne, de places, etc., 12,656 affûts et 11,685 voitures.

La campagne de 1815 nous en fit perdre 4,650 ; et il restait, en 1816, plus de 10,000 affûts de place ou côte , avec un matériel de campagne encore nombreux, mais dépareillé, en partie de modèles étrangers ou anciens, et généralement en mauvais état.

La Restauration rétablit quelques portions de ce matériel ; cependant dans ce qu'on avait en 1830, beaucoup d'objets provenant encore de l'époque de l'Empire étaient hors d'état d'être employés*

A la fin de 1833, le rapport du ministère de la guerre au roi établit que, tout compris, il faudrait avoir 22,982 affûts et 17,234 autres voitures, en tout, 40,216, dont 8,845 de campagne.

Enfin, au 1" janvier 1835, nous possédions 14,045 affûts, dont 3,442 de campagne; et 12,351 autres voitures, dont 10,673 de campagne; en tout, 26,396 affûts ou voitures, dont les plus essentiels sont faits à neuf.

Pour décider ce qui est normalement nécessaire, il faut avoir décidé d'abord : combien de bouches à feu doivent être affectées aux services de campagne, de siège, de place et de côtes, et quel doit être l'approvisionnement de ces bouches à feu; questions qui ont été précédemment développées.

Mais d'autres questions, peut-être, sont encore ici à résoudre. Ainsi, par exemple : les affûts en fer, qui sont plus durables que ceux en bois, ont paru, aux expériences, trop

souffrir du ricochet, ce qui les rendrait peu propres à la défense des places assiégées en règle; mais, pour la simple défense de sûreté, et surtout pour l'armement des côtes, cet inconvénient ne disparait-îl pas? (*)

Et la construction des voitures militaires, objet si coûteux et si important, ne pourrait-elle pas, aujourd'hui que l'industrie particulière est si puissante, recevoir de cette industrie, au moins pour la fourniture de certaines parties, des ressources rapides et abondantes qui permettraient de simplifier le régime des arsenaux?

§ 13. — Des établissements de l'artillerie.

La dépense des établissements d artillerie , arsenaux, manufactures d'armes, forges, fonderies, poudreries, écoles et directions, étant une partie considérable du budget, les chambres s'en occupent chaque année.

Autrefois, ces établissements furent élevés à la frontière, dont la guerre alors s'écartait peu. Pendant la révolution, et sous l'Empire, nos frontières s' étant avancées, nous avions de plus les grands établissements de Turin, Mayence, Gènes, Delft, Liège, La Haie, sans compter ceux des étrangers dont, en nous avançant, nous faisions emploi.

Enfin, les événements démontrèrent que, contre les armées mobiles d'aujourd'hui , il faut avoir une partie des établissements à l'intérieur, sous peine d'être sans ressources dès les premiers pas d'une invasion.

Cette question occupa beaucoup sous les premières années de la Restauration ; et, par suite, on établit la manu-

el) Depuis que ceci a élé écrit, les affûts en Ter pour les côtes ont été î.loptés.

facture d'armes de Châtellerault ; on acheva la fonderie de Toulouse ; on accrut l'importance des poudreries les mieh.x placées; on donna des commandes à plusieurs forges de l'intérieur; on créa des directions, etc.

Mais, lant sous le rapport des besoins du service que sous le rapport de l'économie au budget, et pour concilier ces deux conditions, il reste encore à résoudre plusieurs questions.

Ainsi, par exemple : à une époque où l'industrie particulière est si puissante, et après les services que déjà elle u rendus, est-il nécessaire d'avoir en France, pour la construction des affûts et voitures : huit établissements de l'artillerie, trois des équipages militaires, un du génie et cinq de la marine, c'est-à-dire dix-sept établissements aux frais de l'Etat? Et le bon service, tout aussi bien que l'économie, ne demanderait- il pas une réduction?

Et pour les manufactures : si, après avoir élevé Châtellerault, on conserve les usines qu'il devait remplacer, ne faudra-t-il pas, ou commander plus d'armes qu'il n'est ' nécessaire, ou laisser chômer les établissements?

Et sur cette mémo question des armes, n'y a-t-il pas, relativement à la liberté du commerce extérieur , des changements à faire a notre législation?

Et combien d'autres questions encore à résoudre : sur les écoles d'artillerie, ces centres d'instruction et d'organisation? Et sur les fonderies, relativement à l'admission aujourd'hui imminente des bouches à feu en fer? Et sur les poudreries , relativement à leur importance mutuelle ? Et sur les directions , pour en établir définitivement le nombre et l'importance, relativement à l'ensemble du service général de l'artillerie?

Il y a donc, au sujet des établissements d'artillerie, des

questions de service et de budget qui réclament i rieuse attention.

- Conclut

i et proposition des mesures à prendre.

De ce qui vient d'être développé, on peut conclure, si je ne me trompe : que les principales questions sur le matériel de l'artillerie, n'ayant pas été résolues d'une manière positive j les solutions les plus récentes étant loin d'être d'accord entre elles , et ces solutions ne satisfaisant pas à la condition de concilier les besoins du service avec les économies au budget, il est devenu indispensable, pour établir les bases d'un budget normal, bases réclamées depuis pinsieurs années par les rapports faits à la Chambre , de résoudre préalablement les questions suivantes :

Quel doit-être l'approvisionnement en fusils, et autres armes portatives , tant pour la garde nationale que pour l'armée?

Quel parti doit-être pris relativement aux modèles de» armes portatives?

La législation relative au commerce extérieur des armes ne doit-elle pas être modifiée?

Quel est le nombre de bouches a feu de campagne qu'il faut avoir, tant en réserve que prêtes à marcher?

Quelle doit-êlre la dotation des places de guerre en nombre et calibres de bouches à feu? Et les pièces île gros calibre doivent-elles être données aux places faibles?

Les places doivent-elles, quelle que soit leur situation et leur force, être toutes armées et munies de manière à pouvoir soutenir un siège en règle?

Quelle doit-être la composition et l'emplacement dc> équipages de siège?

Quel est le nombre et l'espèce des bouches à feu nécessaires à l'armement des côtes ? (0

Quelles sont les mesures à prendre relativement h l'adoption des bouches à feu en fonte de fer et en fer?

Quel est le nombre de projectiles qui doit être donné à chaque bouche h feu, dans les équipages de campagne, dans ceux de siège, dans l'armement des places de diverses importances, et dans l'armement des côtes ? (0

Quel doit-étre l'approvisionnement en cartouches à canon et en cartouches d'infanterie , confectionnées , tant pour l'armée que pour les places?

Quel doit-étre l'approvisionnement total de poudre de guerre? et quelles mesures sont nécessaires relativement à l'insuffisance des magasins à poudre ?

Quel est le nombre des affûts et voitures et la quantité de bois et fer d'approvisionnement pour les armées , les places et les côtes ?

Quels sont les arsenaux , manufactures d'armes , fonderies, poudreries, forges, écoles et directions d'artillerie, nécessaires h un ensemble bien coordonné ?

Toutes ces questions, nous avons fait voir qu'elles ne sont nullement résolues de manière h mettre d'accord ceux qui s'attachent spécialement aux considérations militaires , et ceux qui font prévaloir les considérations de finance.

Qui donc les examinera et les résoudra convenablement?.... Elles sont toutes relatives au service de l'artillerie : mais si un corps spécial en est chargé, la commission du budget, à tort ou à raison, dira encore que : « les corps « spéciaux font entrer dans leurs conceptions des hypo-

(1) Voir pour ceci les notes au bas des pages précédentes.

« thèses extrêmes, et ont parfois peine à résister à on be- « soin d'activité dont la satisfaclion peut contribuer à « assurer le maintien de leurs attributions et la conserva- « tion de tout ce qui compose leur personnel. »

Et d'ailleurs, ce n'est pas l'artillerie seule qui peut décider les questions relatives aux armes de l'infanterie et de la cavalerie ; ce n'est pas l'artillerie seule qui peut décider l'armement des places fortes, ni l'ensemble de la défense du territoire et des besoins de l'armée.

Il faut donc une commission mixte ; et comme il s'agit ici de budget et de finances, en même temps que de service militaire, il paraîtra sans doute convenable que cette commission soit prise, en partie, dans les deux chambres.

Par les soins d'une telle commission, sagement composée et présidée de haut , on aura enfin des bases générales. Et quand ces bases auront été posées , le comité d'artillerie , alors , ou des commissions spéciales , conjointement avec les bureaux de la guerre, en développeront les conséquences numériques détaillées.

C'est de la sorte, si je ne me trompe, qu'on verra se terminer enfin l'inextricable conûit qui existe entre les premiers pouvoirs de l'Etat depuis plusieurs années. (0

(1) De toutes les questions posées ci-dessus, quelques-unes ont été résolues depuis l'époque de 1855, où ce travail a été présenté. Mais, je dois le répéter ici et il est facile de s'en assurer., aujourd'hui, en décembre 1849, pour lt très-grand nombre, elles sont encore è résoudre.

SFR LA RÉSERVE DE l' ARMÉE. W

Dans Vannée, comme dans la société elle-même, l 'éducation est tout autrement importante que l'instruction ; donc il faut d'anciens sous-officiers et d'anciens soldats. Mais, d'un autre côté , les mœurs de notre temps ne comportent ni des lois trop austères , ni des obligations trop lourdes ; et la considération de la dépense ne permet pas non plus qu'on puisse obtenir à la fois et la quantité et la qualité. C'est donc par des moyens termes, que, jusqu'à présent, on a cherché à concilier les deux considérations contraires : mais les moyens termes ne réussissent pas toujours ; et, en gardant les jeunes gens, en partie, et seulement de trois h quatre ans sous les drapeaux, on ne satisfait ni les intérêts de la population ni les intérêts de l'armée.

Faisons donc ici une distinction : cette distinction est dans la nature même des choses; et peut-être va-t-elle nous

(1) Noos rappellerons ici ce qui est dit au chapitre xix ; savoir : que depuis la révolution de 1848, et avec une liberté poussée à ses dernières limites, il importe, bien plus qu'auparavant, d'avoir une armée qui soit très-disciplinée. Le projet de réserve que nous présentons dans cette note est un peu moins ferme, un peu moins producteur à 7 ancien* que celui que nous avons présenté au texte : c'est celui que nous avions étudié avant 1848.

fournir un moyen de donner à chacun des deux intérêts , ce qu'il a droit d'obtenir, et ce qui le satisfera sans qu'aucun des deux soit toujours et en toutes circonstances réduit à trop céder. Cette distinction consiste à séparer ce qui est nécessaire en temps de paix, et ce qui est nécessaire quand la guerre arrive.

Que faut-il pendant la paix? Il faut une armée qui , par sa bonne discipline et par le bon esprit plutôt que par le grand nombre, puisse maintenir avec certitude l'ordre public ; et il faut que les cadres de ce pied de paix soient suffisants pour contenir les forces que viendrait à exiger la guerre : c'est-à-dire que, pendantla paix, il faut la qualité mais non la quantité.

Et que faut-il pendant la guerre ? il faut à la fois la quantité et la qualité. Mais, quant à la qualité, elle n'est pas entièrement de même nature pendant la guerre que pendant la paix. Ainsi, par exemple, les véhémences , les exaltations, les esprits de parti, qui sont des inconvénients quand il s'agit du maintien de l'ordre public, n'en sont plus, et peuvent même devenir des avantages quand on est en présence de l'étranger.

La longue éducation sérieusement disciplinée est donc la condition indispensable du pied de paix, tandis que la simple instruction militaire peut être suffisante sur le pied de guerre lorsqu'elle est bien solidement encadrée. Si ce principe était admis , il nous conduirait à la solution à la fois économique et militaire que nous avons pour objet de trouver ; il est bien entendu toutefois que nous n'offrons nullement la proposition que nous allons faire comme un projet qui puisse être accepté sans examen : elle n'est donnée ici que comme une base de discussion.

Et, aGn de la simplifier, nous ne parlerons dans cette

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