‹ Constitution militaire de la France: étude sur les modifications à apporter au système de nosChapitre 64 sur 66 · RÉSERVE DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

RÉSERVE DE L'ARMÉE

note que de l'infanterie ; l'infanterie d'ailleurs est la masse principale ; et, de plus, ce n'est qu'en séparant ce qui concerne la réserve de l'infanterie de ce qui concerne la réserve des autres armes , et en ne confondant pas ces deux espèces de réserves qui sont nécessairement différentes , qu'on peut élaborer clairement la question.

Cela posé, on sait que nos troupes se composent aujourd'hui de trois portions distinctes : les hommes présents sous les drapeaux pendant trois, quatre ou cinq ans ; ceux qui, ayant servi sous les drapeaux, sont envoyés en congé jusqu'à l'âge de vingt-sept ans ; et ceux qui étant tombés au sort à vingt ans. restent chez eux jusqu'à vingtsept, sans être ni instruits ni exercés.

Au lieu de ces trois catégories n'en admettons que deux : ceux qui serviront presque tout le temps du service exigé parla loi, et y recevront l'éducation militaire complète; et ceux qui recevront non pas l'éducation mais seulement Vinstruction élémentaire, et qui, une fois cette instruction reçue, rentreront dans leur famille. La première catégorie serait l'armée sur le pied de paix, la seconde catégorie serait la réserve.

Or, en quoi doit consister l'instruction élémentaire qu'il faut donner à un soldat d'infanterie pour qu'il puisse, à la guerre, prendre sa place dans un cadre bien constitué ?

Cette instruction, ne craignons pas de le dire, est surtout d'opinion , c'est-à-dire que ce qui importe, c'est que le jeune soldat n'étant pas complètement novice , il ne •oit pas, aux yeux des anciens, aux yeux du public, et, à •es propres yeux, un maladroit et ridicule soldat.

Et pour cela que faut-il qu'il sache ? Il faut qu'il sache te taire et obéir en présence des chefs; qu'il sache marcher dans le peloton sans troubler la manœuvre; et que, sachant

manier sou fusil, il ait tiré quelquefois à la cible comme initiation militaire à l'odeur de la poudre et à la puissance de son arme.

Et quel est le temps nécessaire pour que cette instruction élémentaire soit bien donnée, en plaçant (comme nous le dirons plus loin), quinze h vingt jeunes gens dans chacune des compagnies d'infanterie?.... 11 faut trois à quatre semaines pour l'école du soldat ; quatre à cinq semaines pour l'école de peloton ; quelques semaines pour an peu de règlements, de Code et de cible : total trois mois. Donnons en quatre ou cinq : nos victorieux conscrits de Lutzen et de Bautzen, en 1813, n'en avaient pas tant.

Maintenant enverrons-nous l'instruction chercher les recrues dans les départements, les arrondissements, les cantons? ou bien enverrons-nous les recrues chercher l'instruction là. où elle est, c'est-à-dire dans nos quatre-vingtseize garnisons d'infanterie ? Je pense que le premier

système n'est pas admissible, et que le deuxième doit être admis : mais qu'il ne soit admis cependant que comme exception dans les localités telles que le centre de la France où les recrues seraient obligées d'aller chercher trop loin les garnisons, (i)

Voyons comment le système pourrait s'établir Nous

avons 2,MX) compagnies d'infanterie de ligne. Supposons qu'à cause de l'Afrique, et k cause des réductions qui pour-

(1) Qu'il me soit permis de dire ici que, des 1817, quand les alliés étaient encore en France, quand nos troupes n'étaient pas encore réorganisées, j'ai proposé la formation d'une réserve, en réunissant les recrues dans chaque chef-lieu, non pas de canton, non pas d'arrondissement, mais de département. C'était une opinion autre que celle que j'exprime ici. Mais alors les circonstances étaient autres et commandaient. D'ailleurs, depuis 1817, la discussion, le temps et l'expérience ont marché.

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ront être faites, ce nombre, quant à la faculté de recevoir et d'instruire des recrues, soit réduit à environ 1,800 , et supposons que chaque compagnie soit chargée, chaque année, d'exercer , pendant quatre à cinq mois, quinze à seize des jeunes gens de vingt ans tombés au sort; le total des jeunes gens instruits chaque année se trouvera ainsi de près de 30,000; et, comme ils ont pendant sept ans l'obligation de servir, la réserve entière étant de sept contingents, sera d'environ 200,000 hommes.

Or, 30,000 jeunes gens nourris et soldés pendant quatre à cinq mois, ne coûtent que comme 10 à 12,000 servant douze mois. On aura donc, pendant la paix, avec la dépense annuelle de 10,000 h 12,000 hommes, une réserve de 200,000 hommes suffisamment préparés.

Et même, il en coûterait beaucoup moins : car, les jeunes gens habitants les garnisons et ceux des quelques dépôts formés pour les départements trop éloignés des garnisons, et ceux de la banlieue, jusqu'à une douzaine de kilomètres de ces garnisons et de ces dépôts, n'auraient besoin d'être ni logés, ni nourris, ni soldés.

Le logement de ces recrues sera la caserne qui est moins peuplée sur le pied de paix. Leur habillement pourra être d'une grande simplicité. Leur armement sera entretenu et gardé par le corps.

Ces jeunes gens commenceraient leur instruction avant les inspections ; et les inspecteurs décideraient le renvoi immédiat ou la date ultérieure du renvoi de chacun d'eux, selon son degré d'instruction ; ce qui offrirait un moyen à la fois d'économie et d'émulation. Il pourrait même être donné des exemptions absolues aux jeunes gens qui, en prouvant qu'ils possèdent l'instruction militaire suffisante, seraient pendant la paix dispensés de quitter, même pour

peu de mois , la culture , l'industrie ou la carrière qu'ils auraient embrassée.

Un tel système se concilierait ( la moindre attention le fait bientôt reconnaître ) soit avec une durée quelconque du service dont le chiffre est h discuter ; soit avec des congés plus ou moins longs accordés pendant la durée du service ; soit avec toutes les circonstances d'un ordre secondaire que les besoins usuels de la pratique donnent à considérer.

VIH DES NOTBS SPÉCULES.

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L'impression de cet ouvrage en était ici, lorsqu'on m'a objecté qu'en proposant des réductions sur plusieurs parties des dépenses militaires, j'aurais dû, à la fin de l'ouvrage, présenter un résumé numérique des résultats financiers à obtenir par ces réductions.

Ce travail de chiffres, je l'avais rédigé : mais, pour en opérer la rédaction, il avait fallu supposer que telles* modifications étaient admises, et qu'elles l'étaient dans telle ou telle mesure; il avait fallu supposer que telles propositions, présentées à l'état d'avant-projets à étudier, étaient fixées par des solutions; il avait fallu supposer que tels effectifs ou telles allocations, variables de leur nature, pouvaient étro inscrits avec des chiffres positifs. Or, toutes ces suppositions faisaient arriver à quelque chose de contestable ; elles offraient à la critique et aux oppositions toujours si alertes de telles facilités, qu'elles fussent devenues nuisibles au lieu d'être utiles ; et, par ces motifs, j'ai supprimé un travail qui m'avait longtemps occupé.

Mais qu'on regarde sur quoi j'ai fait des propositions d'économie, et cet examen, bien que n'étant pas accompa*

gné du chiffre de chacune des réductions, suffira pour démontrer qu'alors même qu'on n'adopterait qu'en partie mes propositions, il en résulterait (sinon pendant la guerre, qui emporte tout, du moins pendant la paix , qui doit tout conserver) de telles économies, qu'on pourrait abaisser considérablement le chiffre actuel des dépenses, tant sur terre que sur mer. Et en effet :

Si nos cent régiments d'infanterie étaient remplacés par cinquante brigades permanentes, on trouverait ainsi, outre les avantages militaires de cette organisation, une réduction de prés de moitié dans un très-grand nombre d'emplois. Et, de plus, la réduction du nombre des compagnies, de huit à six, dans chaque bataillon d'infanterie, produirait une autre économie, qui, à elle seule serait chaque année de sept millions.

Des améliorations et une économie analogue seraient opérées dans la cavalerie, par la substitution des brigades permanentes aux régiments.

Le nombre total des places fortes, et surtout le nombre de celles qui sont fortifiées , entretenues, armées, approvisionnées, pour soutenir un siège en règle, serait considérablement réduit (selon les vues de Vauban, de Napoléon et des hommes qui font autorité sur cette matière) et il y aurait ainsi une réduction considérable dans les dépenses, personnel et matériel, qui se font pour notre système défensif.

Le matériel de l'artillerie serait réduit à ses proportions

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