LIVRE PREMIER. CHAPITRE VII
long -temps vivantes, observées par tous les Français, et reconnues dans toute l'Europe. Leur conduite antérieure ne devait pas les retenir ; elle n'était que trop excusée par les succès et le caractère du chef de Y État , par le dévouement des armées, et par les voix mensongères des adresses de commande et des journaux vendus; enfin par le fameux plébiscite du consulat à vie, obtenu sans le Sénat, malgré lui. Diffamer la majorité de ce corps pour ses complaisances envers Napoléon , c'est ne rien dire ç car, au fond, c'est accuser la nation entière et toute l'Europe *, l'Europe qui céda, comme les sénateurs, au conquérant victorieux , au despote le plus redoutable ; qui «'abaissa devant lui jusqu'à solliciter l'honneur de son alliance , embarrassée d'un divorce. Les sénateurs , maigré leurs faiblesses, qui étaient quelquefois des calculs d'une politique libérale, malgré la nouveauté de leurs parchemins superflus, qui sont au fond ce que l'envie leur pardonne le moins, et ce qui fut chez eux le moins volontaire; à tout prendre, ces hommes étaient le digne extrait , l'honneur et la gloire de la France, et d'une grande partie du monde civilisé. En général, ils n'étaient pas redevables de leur existence à Napoléon ; ils lui ont du fidélité sans doute; ils la lui ont gardée tous et presque tous jusqu'au moment fatal où , par ses propres fautes, il les a forcés de choisir entre lui et la patrie, pour laquelle sont faits les empereurs et les rois. U y a des momens cruels où les devoirs sont réellement en collision , où le plus honnête citoyen n'est tenu que d'opter pour le devoir qui lui paraît le plus impérieux, devant Dieu et devant les hommes.
88. Les sénateurs, qui avaient songé, à conserver à l'armée ses dotations et ses pensions, et qui savaient, comme
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tout le monde , que cïes membres d'une Chambre haute, admis héréditairement a cause de leur mérite ou réel ou présumé, ou à cause de leur naissance, ne doivent, ni eux ni leursdescendans héritiers de leur dignité, devenir des mendians de cour -, les sénateurs ne durent voir aucune difficulté à lier leur dotation à leurs titres, par fart. 6 du projet : sans cette liaison bien réglée, une Chambre haute qui se forme, non pas sous le régime de la conquête et de la féodalité, mais lorsque les propriétés sont très-disséminées, ne sera jamais qu'un problème ou un fantôme, ou la calamité des majorats.
Cette liaison, d'ailleurs, devait d'autant plus être admise, qu'elle était proposée par le gouvernement provisoire, qui n'était pas étranger au Roi, et qu'elle fut recommandée spécialement, contre les scrupules d'une mauvaise honte, par le président de ce gouvernement, dans ses fonctions de président du Sénat. Il y insista au au nom des cinq gouvernans, comme sur un point de haute politique. Était-ce, comme on l'a dit, un piège tendu afin d'exciter contre les sénateurs les dénigremens de l'irréflexion et de l'envie $ de mettre ainsi ie Roi plus à même d'écarter quelques sénateurs , d'entrer à Paris sans Constitution , de la faire comme on voudrait en forme d'octroi révocable en apparence, et de disposer de ces dotations selon les caprices de la faveur, les inspirations de la politique ministérielle-, enfin, de forcer les sénateurs ou à constituer des majorats, ou à mettre en péril le droit ou la jouissance du titre héréditaire, ou à vouer leurs aînés au servage? Nous croyons qu'à un article, en lui-même raisonnable et juste, il ne faut pas chercher d'autres motifs que la raison, la justice, qui le mettent au-dessus de toutes les critiques de l'esprit de parti, et