LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VIII
de la censure, de nouveaux pamphlets, de volumineux traités qui provoquaient, qui prophétisaient la reprise de ces mêmes biens ; en ouvrant à Rome des négociations pour avoir un nouveau concordat plus qu'inutile, et pour abolir le précédent , où le pape avait contracté rengagement synallagmatiqne de ne point troubler ces mêmes acquéreurs, tourmentés si long-temps au nom du pape , et d'après ses bulles vraies ou fausses.
Dans la Chambre des pairs s'agitait aussi la cause des acquéreurs, qu'apparemment on ne trouvait pas assez garantie par le concordat de 1801 et par la Charte. Comme sûreté nouvelle, on proposait de lever trois cents raillions pour indemniser les émigrés des aliénations de biens nationaux. Un pair osait prétendre que cette indemnité fût répartie sur les seuls acquéreurs ; la Chambre voulait que ce fût sur tous les contribuables. 11 y eut une adresse au Roi pour que ce dernier plan fût exécuté dans le cours de la session de 181 5. Il ne n'agissait pas d'indemnités pour tant d'autres pertes innombrables, causées par la révolution à toutes les classes de citoyens. Les événemens survenus arrêtèrent le projet ; mais , pendant la session de 181 5 , la Chambre des pairs fut obligée d'entendre, contre la possession des biens nationaux garantis par la Charte , un long discours sur ce texte scholastique : non remittitur peccatum , nisi res- Utuafur ablatum (1). L'orateur (a) en faisait l'application générale à ses collègues , et directement, il les exhortait
(1) Remarquez l'inconvénient des séances secrète*. Le procés-verbal n'en parla pas; et il y a de fréquens exemples de cette politique.
(a) Notez que cet orateur n'était ni un prêtre, ni un éréque, ni tur aouvel arriTC* des pays étrangers.
à soulager leurs consciences, à opérer leur salut, à édifier le public par des restitutions.
ioa. On écrivait sur l'oubli des opinions et des votes , et , en même temps , on imprimait de nouveau , on réimprimait encore , on redistribuait les opinions , on insultait, on menaçait les votans ; on est allé jusqu'à observer , qu'à la différence du Roi , le monde n'avait pas promis d'oublier, et jusqu'à prévoir que le monde pourrait bien rompre le silence (i). On se résignait à faire grâce aux intérêts de la révolution , mais c était en prononçant , contre ses fondateurs et ses défenseurs , l'anathême qui retombait sur la nation presque entière; en revendiquant tous les emplois pour un petit nombre d'hommes qu'on affectait de nommer les hommes légitimes et les Francs régénérés , et qui n'étaient que les implacables ennemis de la Charte.
io3. Les jésuites, fidèles à leurs anciens systèmes de despotisme ecclésiastique et politique , commençaient à reparaître dans le royaume sous des noms déguisés. Déjà , ils y formaient des établissemens illégaux , dont le nombre s'est accru et s'accroît encore. Dès le mois de mai 1814, ils avaient fait demander, à Nîmes, leur rétablissement par pétition notariée. Au lieu de faire jouir la nation des libertés constitutionnelles ; au lieu de s'appliquer à élever la jeunesse dans la connaissance et l'amour des idées libérales consacrées par la Charte , on semblait avoir entrepris de convertir les Français à des doctrines contraires ; on stipendiait des journaux
(ij On ne pouyait pas mieux dire que la Charte du Roi, la loi de» lois n'oblige point le monde. •