‹ Constitutions européennesChapitre 10 sur 274 · INTRODUCTION*. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION*. XIII

quatrième expérience devenait impossible. La république fut proclamée en même temps qne le suffrage universel était établi. Le parti vaincu, encore tout étourdi de sa chute, et n'en comprenant point les véritables causes, essaya d'une agitation irréfléchie : il réussit malheusement à créer une panique dont le second empire sut habilement profiter pour s'emparer du pouvoir. — Né d'une surprise et d'un coup de force, ce régime, dont on peut, encore à cette heure, inutilement chercher la raison d'être, devait disparaître au premier rayon de liberté. Sa déchéance vint trop tard pour que la France put échapper aux conséquences de l'acte le plus fatal de sa politique d'aventure. — Cette fois, la nation tout entière se réveilla comme d'un long sommeil. Elle avait subi la loi de la guerre en 1815; elle était restée indifférente en 1830; elle s'était trop vite désintéressée en 1850 : l'âge viril lui vint au lendemain de cette guerre de 1870-1871 qui la laissait mutilée et sous le coup d'une dette écrasante, et sa fermeté triompha des derniers obstacles que les anciens parlis essayèrent de lui susciter. On a souvent dit que le peuple français était à la fois léger et difficile à gouverner : ne serait-il pas plus juste, à la suite de ces expériences multiples qui remontent jusqu'à 1789, de reconnaître qu'il fut patient à l'excès, longtemps sceptique au point de vue de la forme du gouvernement, amoureux surtout d'ordre et de travail. Il a ses défauts que nous n'entendons point dissimuler et qu'il a chèrement expiés ; du moins ces dures leçons lui serviront-elles à persévérer avec constance dans la route qu'il suit, cherchant à réaliser par lui-même le développement des institutions libérales et démocratiques sans lesquelles il ne peut subsister, La constitution de 1875 n'est point parfaite; mais avec ses deux Chambres issues, bien que dans des conditions inégales, du suffrage universel, elle permet à chaque citoyen d'assurer sans secousse les progrès nécessaires et elle fait enfin rentrer la France

XIY INTRODUCTION.

dans la voie démocratique qu'elle-même avait tracée il y a bientôt un siècle.

111. — L'extension des droits civiques est moins rapide, mais s'impose cependant aussi dans les pays de gouverment monarchique.

Dans la Grande-Bretagne — on vient de le constater — la marche a été toute différente de celle qui é lait suivie en France. Le droit de contrôle sur les actes du souverain était consacré depuis la grande Charte de 1215 ; mais, en réalité, c'est le xvne siècle qui vit éclore les libertés anglaises. Tandis que les États généraux de France se séparaient, sans résultat, en 1614, pour ne plus être convoqués avant les grands jours de 1789, l'esprit de revendication, doublé, il est vrai, d'un puritanisme religieux qui lui conservait un caractère spécial, allait se manifestant avec une énergie toujours croissante chez nos voisins : il amenait la chute de Charles Ier, demeurait stationnaire avec les Cromwell qui ne surent point fonder un régime, et reprenait sa marche, malgré la restauration de Charles II et de Jacques II, pour établir la monarchie constitutionnelle en 1688. Le siècle suivant se passa en luttes incessantes entre les rois qui voulaient reprendre l'exercice du pouvoir absolu et la Chambre des communes qui, déjà forte de sa tradition, sut maintenir la partie essentielle de ses droits. Toute celte période, sans constituer un progrès, attestait une vie politique, et le terrain se préparait pour le jour, contemporain de la Révolution française, où la longue maladie du roi permit au Parlement d'asseoir sa puissance souveraine. — Les successeurs de Georges III acquiescèrent, de fait, à cette conquête ; depuis lors, entourés d'un respect qui subsiste entier de nos jours, ils assistent impassibles aux luttes parlementaires ; arbitres d'un jour et pour transmettre seulement au parti vainqueur le droit de direction suprême avec le portefeuille des ministres, ils symbolisent,

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