‹ Construction, description et emploi des appareils de mesure et d'observationChapitre 268 sur 402 · Chronographes imprimeurs · texte numérisé non relu

Chronographes imprimeurs

î°. — L'ennui de dépouiller la bande des chronographes genre Morse a fait inventer les chronographes imprimeurs. Ces appareils fournissent une bande sur laquelle sont imprimées les minutes, secondes et centièmes de seconde; le signal correspondant à l'instant du phénomène s'imprime en regard : le dépouillement s'effectue donc à vue et sans mesures auxiliaires. A la vérité, la précision de res appareils est très inférieure à celle des chronographes Morse; ils sont coûteux, facilement déréglables; ils permettent seulement le bluff d'un travail rapide. Ils évitent des confusions; mais avec une troisième plume* il est facile d'enregistrer les minutes sur la bande du chronographe simple, ipême de l'enregistrer de manière qu'aucun doute ne demeure entre les minutes successives : ce qui, du reste, n'a qu'un intérêt médiocre, l'erreur sur la minute n'étant généralement pas à craindre.

Je profite de ces remarques pour mettre en garde le lecteur contre les appareils compliqués, coûteux, facilement déréglables, — somme toute moins précis que les appareils simples. Faisons peu de mesures, mais faisons-les bien. N'accumulons pas les observations dont personne ne se servira et que rien ne contrôle.

Un chronographe Morse vaut 300 francs avec trois plumes; un chronographe imprimeur en vaut 2.500. Je répète qu'il est moins précis que l'autre. Ce qui, du reste, est évident, puisque son rouage essentiel doit avoir une vitesse déterminée à chaque instant, d'où la nécessité d'un réglage à chaque tour, réglage inutile pour le Morse, auquel on ne demande que de dérouler à peu près uniformément, mais à une vitesse quelconque.

2°. — Après ce que j'ai dit au § 257 du moyen de synchroniser la vitesse constante d'un mouvement d'horlogerie au moyen d'une horloge, je peux être bref.

Les appareils des divers constructeurs ^ont tous trois roues accolées, A, B, C, montées sur le même axe, portant gravés sur leur pourtour les chiffres, A de 0 à 99, B et C de 0 à 60. On s'arrange de manière que B aille 60 fois plus lentement que A, que C aille 60 fois plus lentement que B; de sorte que si A fait un tour par seconde, B fait un tour par minute, C un tour par heure.

Admettons qu'il en soit ainsi. Posons qu'à un certain instant le système des trois jantes accolées présente à sa partie inférieure, sur la même génératrice, les chiffres qui correspondent à la minute, à la seconde et au centième de seconde actuels. A la précision du synchronisme, il en sera de même indéfiniment. Une bande de papier se trouve horizontalement sous la jante. Au moment où l'on veut inscrire le temps, on agit sur un électro dont l'armature lance le papier contre la jante : les chiffres qui sont sur la génératrice inférieure, s'impriment. Une roue à rochet est actionnée par le retour de l'armature quand le courant cesse; elle fait avancer le papier de la quantité nécessaire à l'impression d'une ligne (voir fig. 278 bis).

Je d insiste pas sur las divers procédés au moyen desquels on impose aux roues des types leurs vitesses dans le rapport de i à 00, ni sur la forme de l'armature de l'électro ou de la roue à rochet : le lecteur les imaginera sans peine, d'autant qu'on n'a guère le choix.

3*. — 11 est plus intéressant de dire quelques mots de la manière d'obtenir le synchronisme. Sous ce rapport, j'ai le regret de trouver l'appareil de Gautier (dont certains font un cas extrême) mal étudié et inutilement compliqué.

Le nez R de la figure 394 (relire le § 257) est rigide : ce dispositif est absurde. Il semble bien que l'appareil américain d'Hough ait un nez de réglage flexible. Il semble aussi que Gautier ait eu conscience de la contradiction entre ce qu'il faisait et le but qu'il poursuivait; en effet, il atténua l'absurdité de son arrêt en desembrayant (au moyen d'une came en plan incliné) une partie du mécanisme au moment où le nez va être arrêté. Il n'arrête donc qu'une partie des rouages : l'embrayage se refait automatiquement aussitôt que l'armature s'abaisse. En définitive il donne deux chocs brutaux au système imprimeur : le premier pour l'arrêter, le second pour le relancer. Ne serait-il pas plus raisonnable de n'en donner qu'un seul égal à la différence des deux autres?

On me répondra que l'appareil fonctionne. D'abord ce n'est pas une réponse, car il s'agit précisément de savoir comment il fonctionne. Ensuite il peut parfaitement arriver qu'en raison du jeu qui existe toujours dans un train d'engrenages, le mécanisme, qui théoriquement devrait s'arrêter, ne s'arrête pas. Mais alors pourquoi en désembrayer une partie?

An reste, je sais trop comment on travaille dans les Observatoires français pour me laisser épater par le bluff de la précision nominale. Nous avons de très honnêtes fonctionnaires, mais dirigés par des incapables (sauf exceptions, qui ne sont pas certes dans les plus grands observatoires).

269. Méthode de l'œil et de l'oreille. Enregistrement automatique.

L'image ponctuelle d'un mobile se déplace dans le champ d'une lunette; on demande à quels instants elle passe sur les fils réticulaires. Par hypothèse, l'observateur entend les tocs d'une horloge.

L'expérience montre qu'on peut à l'œil et à l'oreille évaluer le dixième de seconde. Deux méthodes sont possibles.

1". — Estime des distances.

L'observateur prend la seconde, c'est-à-dire compte mentalement les secondes après avoir, d'un coup d'oeil sur l'horloge, déterminé leur numéro d'ordre (à moins qu'un aide ne le lui rappelle de temps en 'temps). 11 porte alors son attention sur les positions A et A' du mobile lors de deux tocs successifs, positions de part et d'autre du fil réticulaire. Il divise alors mentalement en dixièmes l'intervalle AA' au moyen du réticule; par exemple, il estime que les longueurs

AO, OA' sont entre elles comme 3 et 7. D'où il conclut que le temps de passage est une certaine seconde -f-0%3.

L'exactitude de la position A dépend de la mémoire visuelle. L'ooération exige une très grande attention pour plusieurs raisons. D'abord l'intervalle A A' variant généralement d'une observation à l'autre (avec la déclinaison dans le cas d'un passage d'étoile), une expérience ne facilite pas ia suivante. Ensuite le nombre des fils du réticule étant de 5 à 11, il faut répéter de 5 à 11 fois la lecture sans revenir consulter l'horloge; il faut donc continuer à compter mentalement les battements, tout en estimant les fractions de seconde. Bre.f, un exercice de plusieurs années est nécessaire pour observer quasi machinalement, en particulier pour ne pas perdre la seconde, même en parlant. C'est une faculté qu'un astronome doit acquérir systématiquement.

5°. — Estime du temps.

Dans cette méthode, l'attention de l'observateur se porte sur l'intervalle en temps. C'est la seconde qu'il essaye de partager en dixièmes, pour fixer l'instant du passage 81 rètiùuJajre derrière le fil. L'opération est alors

analogue à la comparaison d'un chronomètre à une horloge d'après £~-< — « les bruits entendus.

La méthode est peu précise. Elle est pourtant seule applicable, par I exemple, quand l'astre est telle-

Ig' ment faible qu'il faut l'observer par

occultation derrière le fil, le champ étant maintenu dans l'obscurité : il est clair qu'on doit alors apprécier directement le temps du pas-

sage.

Périgaud, dans ses Instructions méridiennes, conseille le procédé suivant : « On doit battre avec son souffle la demi-seconde, une inspiration correspondant à la première moitié de la seconde, une expiration à. l'autre moitié. On peut ainsi classer le phénomène et trouver la fraction de seconde cherchée. » Ne riez pas : des trucs analogues sont nécessaires dans bien des cas; celui-ci n'est pas plus extraordinaire que de marquer la mesure avec son pied, alors que l'archet gémit les plaintes de Didon ou dévoile l'âme falote et tendre de Manon! Ne regardez pas dans la cuisine en mangeant les plats.

Qu'on emploie Tune ou l'autre de ces méthodes, il est nécessaire de bien entendre le toc do l'horloge : on utilise pour cela des parleurs, simples électros dont l'armature frappe un corps sonore; ils sont reliés électriquement aux horloges.

3°. — La méthode de l'œil et de l'oreille a une précision limitée par Y équation personnelle. Les résultats obtenus par deux observateurs diffèrent de quantités relativement énormes et, ce qui est encore plus grave, de quantités variables avec leurs états physiologiques.

METHODES GÉNÉRALES 0' EXREG tSTIlEME.VT 375

De plus en plus on a remplacé la méthode île l'œil et de l'oreille par la méthode chronographique, c'est-à-dire par la méthode tle l'œil. et de la main. Son avantage est d'être plus commode : l'habileté s'y acquiert plus vite; elle permet d'obtenir dans le même temps un plus grand nombre de mesures. Mais In terrible équation personnelle s'y retrouve, peut-être un peu plus faible, mais aussi variable. Comme pour la précédente, elle dépend de l'état physiologique et de l'éclat du mobile pointé (grandeur de l'étoile).

On s'est donc efforcé d'obtenir un enregistrement quasi automatique des passages. En quelques mots, voici la méthode.

On s'arrange de manière qu'un fil reste en coïncidence avec l'image du mobile (ce qu'on obtient sans équation personnelle). Automatiquement sont enregistrés les instants où le fil {par suite le mobile) passe en certains points repérés par rapport à l'axe optique de la lunette. Voyons comment ce programme est réalisé.

L'enregistrement est seulement quasi automatique, puisqu'il nécessite un réglage fi l'oeil : les appareils diffèrent par la manière de produire ce réglage.

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