Fils de verre, de quartz
1°. — Dans le travail du verre la tension superficielle intervient au premier chef: rien ne le montre mieux que la facilité avec laquelle
on réalise des fils de verre.
Voici comment Réaumur décrit l'opération, qui occupe deux ouvriers « et ne demande aucune adresse ni de l'un ni de l'autre. »
Le premier tient un des bouts d'un morceau de verre ou d'émail sur la flamme d'une lampe. Lorsque la chaleur a ramolli ce verre, le second applique contre le bout un crochet de verre et le retire aussitôt : le crochet entraîne un fil de verre.
L'ouvrier engage le crochet sur la circonférence d'une roue d'environ 2 pieds et demi de diamètre qu'il fait ensuite tourner aussi vite que possible. 11 dévide ainsi la masse de verre ramollie sous forme d'un fil d'autant plus fin qu'il tourne plus vite.
Quoi qu'en dise Réaumur, on ne réussit pas du premier coup, à cause de la difficulté d'assujettir le bout du fil sur la roue, assez vite pour qu'il ne fonde pas. Pour mon compte, je n'ai réussi qu'en donnant à la roue un mouvement permanent, tirant le verre au moyen du crochet, appliquant le crochet sur la roue (elle doit être montée en porte-à-faux sur le bout d'un axe, de tour par exemple) et suivant avec la main le mouvement de la roue jusqu'à ce qu'une quantité de fil se soit enroulée, suffisante pour éviter le déroulement.
Si l'on chauffe avec un bunsen, il faut laisser hors de la flamme le point d'où part le fil.
Réaumur trouve au fil de verre une section aplatie.
y°. — Pour fins que soient les fils obtenus par la méthode précé-
dente, Réaumur s'est ingénié à en obtenir de plus fins. Pour cela, il suspend un fil par une de ses extrémités, le surcharge d'un petit " poids et en approche lentement une bougie. Le poids descend et tire le verre. On réalise ainsi sans difficulté des fils de verre plus lins que les fils de vers à soie (quelques microns).
Aujourd'hui le chauffage électrique, facile à régler, permet de répéter aisément l'expérience; on chauffe te fil à allonger dans un solenolde traversé par un courant. On utilise comme support du solénolde un tube de porcelaine.
3°. — Fils de quartz.
Le fil est d'autant plus fin que l'étirage est plus rapide.
Partant de là, voici par quel procédé Boys obtient des fils de verre dont le diamètre est à l'ordre de 2,5 microns.
Il fixe sur un étau une arbalète à arc de sapin ; il s'arrange de manière que le champ — ^
libre devant l'étau soit considérable, de l'ordre de 30 mètres.
La flèche est une paille de 5 à 8 cm. de longueur dont la pointe est une aiguille. Avec un peu de cire à cacheter, il fixe
une des extrémi- „. r
tés d'un bout de
(il de verre à la paille; il tient l'autre à la main. Avec la pointe du chalumeau, il fond le milieu du fil. Lorsque le verre est liquide, il agit sur la détente de l'arbalète (au moyen d'une corde fixée à son pied). La flèche est lancée et entraine un fil à partir de la petite perle fondue (de la grosseur d'une tète d'épingle), qui reste en arrière à cause de son inertie. A chaque coup, il obtient un fil de 30 mètres de long et dont le diamètre est de l'ordre de 2,5 ji,
La même méthode s'applique au saphir, au rubis, au rutile, enfin au quartz, avec lequel on réalise des fils dont le diamètre semble inférieur au micron.
Us sont tenaces et élastiques. Ils peuvent servir pour les balances de torsion, les micromètres, pour suspendre les aiguilles des inagné tome 1res.
4". — Làisb de verre.
On a tenté d'employer les fils de verre au tissage; mais ils présentent de grands inconvénients : ils se réduisent très vite en une poussière qui donne des conjonctivites.
La laine de verre est utilisée en raison de ses propriétés isolantes dans les enveloppes calorifuges. On l'obtient en dirigeant un cou-
rant de vapeur surchauffée, normalement sur un filet de verre fondu tombant verticalement d'un creuset. Le jet de vapeur, dont la vitesse est énorme, divise la veine fluide en une série de petites sphères qui, lancées violemment, étirent derrière elles des fils très fins.
5°. — Verre diamanté.
En souillant de grosses boules à partir d'un tube fermé à un bout et ramolli par la chaleur, on obtient une enveloppe sphérique en verre très mince, de Tordre du vingtième de millimètre. L'écrasement de cette boule fournit des paillettes légères et brillantes avec lesquelles on décore les cartonnages et les fleurs artificielles.