Fabrication des aiguilles
Il parait que les aiguilles passent par 80 mains avant d'être terminées. Les opérations n'en sont pas moins faciles à comprendre et se résument en peu de mots.
On part de fi] d'acier (c'est-à-dire 3'une matière qui durcit à la trempe; le lecteur vérifiera que les pointes ordinaires (de Paris) ne durcissent pas). On pj coupe le fil par bouts dont Pif la longueur égale un peti triplus de deux aiguilles ter- W minées. Fig ,
Pour redresser les bouts, dans deux anneaux on enfile 5 à 6 mille fils bien serrés; on chauffe le rouleau obtenu au rouge-cerise, on le pose sur une plaque de fonte; puis, avec une règle épaisse dans laquelle sont creusées deux rainures parallèles servant de logement aux anneaux, on force les fils à rouler les uns sur les autres, ce qui les rectifie.
On aiguise les fils à leurs deux extrémités sur des meules, en procédant comme nous avons vu pour les pointes et les épingles ; on en tient cinquante à la fois en moyenne. L'échauflement produit par cette opération est capable de rougir les aiguilles. Elle est dangereuse tant à cause des étincelles qui jaillissent de tous côtés, qu'en raison de la poussière d'acier et de meule qui attaque les poumons. On aspire la poussière au moyen de pompes spéciales.
On aplatit le milieu de l'aiguille d'un coup de mouton {estampage) ; on dessine les deux têtes et la place des deux chas. Avec une poinçonneuse à double poinçon, on perce les chas. On enfile les aiguilles sur deux broches, puis d'un coup d'une lime convenablement guidée on sépare les doubles aiguilles en aiguilles simples. Je n'insiste pas sur les repassages nécessaires pour supprimer les bavures, parfaire le trou, etc.
La trempe s'effectue sur plusieurs dizaines de mille d'aiguilles à la fois. Elles sont posées sur des plateaux de fer qu'on chauffe au rouge-cerise, puis projetées dans un baquet d'eau ou d'huile froide ou chaude. Retirées de l'eau, on les recuit en les promenant sur des plateaux de fonte.
La trempe déforme bon nombre d'aiguilles; on les redresse au marteau sur un tas d'acier.
Pour les polir, on les fait rouler pendant de longues heures les unes sur les autres avec interposition de sable. On les nettoie au tambour dans la sciure (§ 40). Enfin viennent le finissage et le brunissage, qui donnent aux aiguilles le dernier fion et suppriment les légères imperfections de la tête et du chas.
Comme on voit, les opérations si nombreuses (on en détaille aisément une quarantaine) sont toutes extrêmement simples. C'est un bon exemple de division du travail industriel : chaque ouvrier peut atteindre la perfection dans le petit nombre de gestes qu'il doit effectuer.
La figure 1 représente une aiguille à repriser; elle montre la forme du chas et les deux évidements de la tige aplatie (gouttières), audessus et au-dessous du chas, pour que le fil ne fasse pas épaisseur et n'accroche pas.
À droite est représentée l'aiguille qui permet d'enfiler le fil par simple pression. La gouttière supérieure de la tige est fendue; les deux moitiés font ressort. On entre aisément le fil, mais on ne peut le faire sortir par le même moyen en raison de la différence des formes des parois à l'entrée et à la sortie.