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Rappels de quelques notions historiques sur les armes

à feu.

• 4°. — L'histoire est remplie de batailles : le canon est YUltima ratio regum. Cependant personne ne s'inquiète de dire aux enfants de quelle manière nos pères se tuaient. L'histoire enseignée se passe dans un monde irréel; nos professeurs sont toujours dans l'abstrait et les nuages. Pourtant, une excuse de raconter aux enfants des batailles, encore des batailles, serait de leur montrer les adversaires en présence, de décrire leurs armes et d'expliquer quand intervenait la décision.

Le lecteur n'attend pas de moi une histoire de l'artillerie. Mais pour lui donner quelques exemples intéressants de fabrication d'appareils usuels et illustrer les principes posés (en particulier au § 19), je vais décrire comment on obtenait les canons de fusils; je rappelle quelques notions élémentaires.

l;o. — L'explosif à peu près seul employé jusqu'au second tiers du xixe siècle est la poudre, mélange de charbon, de soufre et de salpêtre. Elle ne s'enflamme pas par le choc; il faut l'enflammer avec une mèche, des étincelles ou une amorce de fulminate de mercure. Tassons de la poudre au fond d'un tube résistant (canon), fermé à un bout par un bouchon métallique (culasse); maintenons la poudre tassée avec une "bourre; enfonçons une balle. Allumons la poudre : elle fournit en brûlant un grand nombre de fois son volume de gaz à haute température. D'où une pression élevée (quelques centaines d'atmosphères; qui chasse le projectile.

A mesure que celui-ci avance, la pression décroît, parce que le volume livré aux gaz augmente et parce qu'ils se refroidissent.

Une arme à poudre est donc essentiellement composée d'un tube résistant, plus épais à l'arrière (tonnerre) qu'à l'avant (bouche -, et d'un svstème d'allumage.

Pour allumer la poudre de charge, il faut que l'arme soit percée d'un petit trou ^lumière). Dans ce petit trou on met do la poudre d'amorce qui, allumée, communique le feu du dehors au dedans. Généralement, dans les armes portatives, le petit trou était dans le plan méridien horizontal du canon, à droite du tireur; à sa hauteur.

extérieurement, était un petit bassin {bassinet) renfermant une petite quantité de poudre d'amorce. Pour éviter qu'elle ne se mouillât ou fût enlevée par le vent, le bassinet était recouvert d'un couvercle {couvre-bassinet) à charnière, qu'on relevait pour l'allumage.

3°. — Jusqu'à la fin du xvii8 siècle, l'allumage s'est fait avec une mèche ou avec un rouet.

Dans le premier cas, la mèche était tenue par un chien (appelé serpentin), qu'une gâchette faisait basculer, amenant la mèche sur la poudre d'amorce. On relevait préalablement le couvre-bassinet.

Dans le second cas, une petite roue d'acier cannelée (nous dirions une fraise), mue par un ressort bandé, frottait sur un silex ou un fragment de pyrite, et donnait des étincelles qui allumaient la poudre. On bandait le ressort avec une clef; on déclanchait avec une g9chette (voir mon cours de Mécanique).

A la fin du règne de Louis XIV, on inventa le fusil, qui servit à peu près sans modification jusqu'au premier tiers du xix" siècle.

Les étincelles étaient produites par le choc d'un silex sur un morceau d'acier.

Le silex était serré par une vis dans les mâchoires du chien; le morceau d'acier (batterie) était de forme telle qu'il servait également de couvre-bassinet. Le chien, en s'ahattant, faisait tourner la batterie, simultanément le bassinet était découvert, et les étincelles se produisaient. L'avantage du système était la simplification du mécanisme et La diminution des ratés.

Malgré la découverte des fulminates en 1785, ce n'est qu'en 1820 que se généralisa l'emploi des fusils dits à percussion, à cheminée ou à piston (termes synonymes). L'arrière du canon communique avec l'extérieur par un petit trou, terminé par une cheminée qu'on coiffe d'une amorce- Le chien perd ses mâchoires et devient un simple marteau.

Ce préambule était nécessaire pour amener le lecteur à la réflexion suivante. On fabrique des arquebuses, des mousquets à mèches et à rouets depuis Louis Xll et François Ier : l'industrie était alors dans ses premiers vagissements. Gomment obtenait-on la partie essentielle de l'arme : le canon? La réponse est particulièrement intéressante, comme montrant ce qu'on peut réaliser avec des moyens primitifs en apparence, et prouvant à travers les siècles une continuité industrielle qu'on serait tenté de ne pas soupçonner.

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