Fabrication du canon de fusil
i°. — Soudure du tube.
La première opération est d'obtenir une lame à canon.
On part d'une barre de fer qu'on chauffe au feu de forge et qu'on bat sous un marteau pilon. Anciennement on se servait de gros marteaux (martinets), tournant autour d'un axe horizontal et mus par des cames fixées sur un cylindre horizontal tournant (voir ma Mécanique;. On étire ainsi le fer par battage sous forme d'une lame
de longueur et de largeur convenables. On fait en sorte que son épaisseur décroisse régulièrement d'un bout à l'autre, la résistance à l'éclatement pouvant être moins forte près de la bouche qu'à l'extrémité arrière [tonnerre). En effet, quand la balle va sortir de l'arme, les gaz de la poudre se sont dilatés et refroidis : leur pression est moindre.
Les bords de la lame sont biseautés.
Le battage donne de l'homogénéité et de la résistance au métal.
Pour transformer cette lame en tube, on la chauffe au rougecerise, on la place sur une gouttière creusée dans un bloc de fer; on l'enfonce à coups de marteau, ce qui lui donne la forme d'un demicylindre. On la porte rapidement sur l'enclume; on parfait au marteau la forme cylindrique en croisant les bords.
Il s'agit de souder le tube. Pour cela, on commence par en chauffer le milieu au blanc suant. Pour qu'il ne s'aplatisse pas sous le marteau, on introduit dedans une tige de fer servant de noyau, très légèrement conique de manière qu'ensuite on l'enlève aisément. On bat à coups nombreux et précipités la partie chauffée, longue de 5 cm. environ. On retire le noyau, on réchauffe, on remet le noyau, on recommence le forgeage sur mandrin. On continue ainsi jusqu'à ce que le tube entier soit soudé, et rendu cylindrique et homogène.
2° — Forage et meulage.
Le canon a été forgé, sur une broche de 12 millimètres de diamètre (par exemple); le calibre qu'il doit avoir est de 18 millimètres.
D'où la nécessité d'un forage.
L'ancienne fabrication utilise pour cela des forets de diamètres croissants, de manière à enlever successivement la matière en excès. Au nombre de 22, ils sont constitués par une tige carrée à arêtes tranchantes, de 25 cm. de longueur, soudée sur une tige de fer d'un mètre environ. Par un procédé quelconque, on les met en rotation autour de leur axe de figure. Le canon, porté par une glissière, est poussé contre le foret par une corde tirée par des poids. Pour éviter réchauffement, le forage se fait dans l'eau. De temps en temps on retire le canon du foret pour chasser les limailles.
Après le passage d'un certain nombre de forets, on vérifie si le canon est droit au moyen d'une corde tendue; on le rectifie avec un marteau.
On obtient ainsi une cavité centrale bien cylindrique. Mais le trou n'a pas nécessairement le môme axe que la surface extérieure, qui n'est, du reste, pas parfaitement cylindrique. Avec un compas à longues jambes, on détermine en quels endroits la paroi est trop épaisse; on les marque à la lime. On enlève le métal extérieur en trop avec une meule.
Il ne reste plus qu'à fixer la culasse et forer la lumière. Dans les anciens fusils se chargeant par la bouche, la culasse était un simple bouchon se vissant clans le canon et portant une queue facilitant le montage du canon sur la crosse.
La lumière était un petit trou de 2 mm. de diamètre, percé dans le canon sur la génératrice horizontale de droite, à une distance de l'extrémité arrière du tube telle que le trou aboutît sur la culasse. On le faisait avec un poinçon qui marquait sur la culasse. On dévissait alors la culasse; on l'entaillait d'une rainure prolongeant la lumière à angle droit et aboutissant dans la partie arrière de l'âme, là où la poudre était tassée.
En face de la lumière, à droite du canon par conséquent, se trouvait le bassinet, qui contenait la poudre nécessaire à l'inflammation de la charge. Elle était allumée par les étincelles dues au choc du silex contre la batterie.