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CHAPITRE PREMIER

MATIÈRES EMPLOYÉES POUR LA CONSTRUCTION DES INSTRU- MENTS. — TRAVAIL PAR CHANGEMENT DE FORME

Mon lecteur est certainement aussi agacé que moi quand il rencontre dans un ouvrage la phrase sacramentelle : « Par construction, l'appareil réalise telle ou telle condition... » II est curieux des moyens dont disposent ces constructeurs qu'on met toujours en avant. Ont-ils cinq mains, des yeux comme les langoustes capables de voir de part et d'autre d'un plan opaque, et des poils sensibles comme les chats? II apprend avec satisfaction que ce sont des hommes comme les autres. Les instruments n'étant pas un produit du sol, il voudrait bien savoir comment on les obtient. On lui répond qu'il existe des vis mères, des cercles types, des plans de comparaison : il admet donc que les copies sont possibles; mais cela ne dit" pas comment sont obtenus les originaux.

Je n'ai pas l'intention d'en faire un Robinson Crusoé constructeur de cercles divisés pour lunettes méridiennes. Tout de même il n'est pas impossible de lui expliquer la genèse de nos appareils de précision. C'est d'autant plus nécessaire pour être intelligent (ce qui, à la vérité, est un luxe), que, s'il n'est pas défendu de se servir de ce qui existe, ce qui existe est fort incapable, par simple copie, de se perfectionner automatiquement. Les savants français de jadis (cl'Alembert, par exemple) estimaient qu'on utilise mieux un appareil quand on sait la manière de le construire : à cause de son ancienneté, certains professeurs de Spéciales me pardonneront celte opinion. « Je n'ai jamais compris, me disait l'un d'eux avec orgueil, la représentation d'une machine sur deux plans de projection! » Il ne poursuivra pas la lecture de ce volume, qui lui ferait trop mal au cœur.

J'espère qu'une telle manière d'entendre l'enseignement des

sciences expérimentales est exceptionnelle, malgré la Sorbonne et l'Ecole Normale; je me plais à croire que ces premiers chapitres amuseront mon lecteur autant que moi.

Je ne lui cache pas avoir trouvé beaucoup de plaisir à les écrire.

Je le supplie d'y chercher autre chose que des renseignements : ce que je publie n'est pas une compilation. Je m'efforce de tirer des enseignements de tous les renseignements que je donne, m'opposant à la masse de ceux qui mettent leur idéal à dégrader la science jusqu'au niveau d'un manuel pour examens. Je ne prépare à aucune école, je ne suis pas scolaire et m'en fais gloire ! Je veux former des esprits, non pas appliquer un diplôme sur une peau d'âne.

Je n'écris pas un cours de technique sur le travail des métaux et du verre. Il s'agit simplement de dire ce qu'une machine donne et à quelles conditions, ce que réalise un constructeur et par quels moyens, comment on vérifie que le but est atteint. Il s'agit de former, non pas des pédants, mais des hommes intelligents s'amusant du monde extérieur.

métaux, alliages et verres*

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