PREFACE
plusieurs écoles, nous avons même cru utile de donner les devis complets, dans tous leurs détails.
Le nombre des types différents d’écoles ou d’asiles, variables suivant la destination, les diverses combinaisons de service, est très considérable. En réduisant la classification à sa plus grande simplicité , nous avons dû, dans cette seconde partie, maintenir comme indispensables les subdivisions suivantes :
a) Salles d’asile,
b) Asiles avec école de garçons ou de filles,
c) Écoles de filles,
d) Écoles de garçons,
e) Écoles de garçons avec services communaux,
/') Écoles de filles et de garçons réunis,
g) Écoles de filles et de garçons réunis, avec
services communaux.
h) Groupes scolaires.
Ges catégories sont déjà nombreuses, elles comportent des sous-genres plus nombreux encore : il faut en effet distinguer, dans chaque groupe, les écoles rurales ou urbaines, très différentes les unes des autres, ainsi que les écoles étrangères dont les dispositions sont parfois fort utiles à connaître : sans vouloir trop multiplier le nombre des types pris hors de France, il était important surtout de signaler les écoles belges et hollandaises, parce que ces deux pays nous ont précédés dans la construction rationnelle des écoles et que notre programme nouveau leur a beaucoup emprunté ; les écoles autrichiennes et hongroises qui sont construites, avec un véritable luxe, d’après les progrès les plus récents de cette branche de la construction; les écoles des États-Unis qui présentent des dispositions très originales et très pratiques.
U faut aussi, dans chaque catégorie, donner des spécimens variés suivant la dépense qui, d’une dizaine de mille francs pour les bâtiments les plus simples, s’élève à plusieurs centaines de mille francs dms les centres plus populeux : on ne peut conclure ici du petit au grand ni du grand au petit;
dans la modeste école d’un village ou dans l’école d’une localité importante, l’utilisation du terrain, les dispositions, l’aménagement sont complètement différents.
Il faut encore présenter d’assez nombreux exemples pour que le lecteur puisse se rendre compte des différences de construction qu’imposent les différences de climat, de région; car il serait peu raisonnable de chercher des modèles dans le Nord, par exemple, lorsqu’on veut élever une école dans le Midi où les usages, les besoins, les conditions locales sont tout autres.
Il faut enfin que ces spécimens soient empruntés à un grand nombre d’architectes différents, si l’on veut mettre sous les yeux du lecteur des combinaisons suffisamment variées pour satisfaire aux besoins très variables eux-mêmes que l’on rencontre dans la pratique.
On ne doit donc pas s’étonner si, après avoir éliminé tout ce qui était secondaire, tout ce qui pouvait faire double emploi, nous avons reconnu la nécessité de réunir, dans cette étude comparative, une centaine d’écoles.
Un recueil de quelques écoles, prises çà et là parmi les nombreuses catégories que nous venons d’énumérer, n’aurait eu aucune signification, aucune utilité, car le constructeur n’v eût pas, le plus souvent, trouvé l’exemple dont il a précisément besoin.
Une étude sur les écoles n’a de sens qu’à la condition d’être complète ; elle est forcément volumineuse; il fallait cependant que l’ouvrage ne fût pas d’un prix relativement élevé si l’on voulait qu’il put aller dans toutes les mains, et rendre les services attendus à un moment où l’on construit partout des écoles, petites ou grandes. C’était là un problème difficile à résoudre et que les éditeurs nous paraissent avoir très intelligemment résolu par l’emploi des procédés les plus récents, les plus économiques en même temps que les plus perfectionnés pour le dessin , le tirage et l’impres-
sion.
ÉCLAIRAGE
HISTORIQUE
Statistique. — Il est aujourd’hui établi que le séjour dans les écoles exerce une funeste action sur la vue. Des statistiques nombreuses ont mis ce fait en évidence ; elles ont servi d’arguments pour réclamer une transformation dans l’éclairage de nos écoles, et l’on a vu surgir alors les discusssions sans fin auxquelles nous avons assisté, sur l’éclairage unilatéral, le bilatéral, le différentiel, etc.
Rappelons d’abord les principaux chiffres qui ressortent de ces statistiques ; nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici le résumé qui en a été donné par le docteur Decaisne, fort compétent en ces matières et qui , à plusieurs reprises, a étudié cette question.
On est d’accord, dit M. Decaisne, pour admettre que la myopie fait chaque jour des progrès. Nous sommes plus myopes que ne l’étaient nos pères. A quoi faut-il attribuer cette déchéance visuelle ?
Il est impossible de nier l’hérédité de la myopie. Un ophtalmologiste célèbre, Dunders, a prouvé par la statistique que l’hérédité est manifeste dans la myopie près de 30 fois sur 100, l’hérédité paternelle étant représentée par 15 et l’héridité maternelle par 1 1 ; deux fois sur 100, la myopie procède du père et de la mère; 24 fois sur 100 les myopes auraient des frères et des sœurs atteints de la même défectuosité visuelle, et cette particularité se constaterait 16 fois sur 100 en l’absence de la myopie de parents communs. En somme, il résulte de toutes les statistiques que nous avons consultées que les deux tiers au moins des myopies sont acquises; parmi elles, la myopie scolaire joue le principal rôle, et l’on peut affirmer que, la plupart du temps, elle est la conséquence de mauvaises conditions hygiéniques.
Dans un travail, ajoute M. Decaisne, intitulé Hygiène des écoles , que j’ai publié en 1868 dans les Annales d'hygiène publique , et qui n’est que la traduction d’un rapport de "Virchow au ministre de l’instruction publique de Prusse, j’ai, l’un des premiers, attiré l’attention en France sur cette importante question.
D’après la statistique de Colin, de Breslau, citée par Virchow, sur 10,000 élèves, on a trouvé 17 myopes pour 100 dans les écoles allemandes ; Erismann, de son côté, qui a observé les écoliers russes, en a rencontré 34 pour 100. En réunissant les chiffres de Colin et d’Erisman, nous trouvons en moyenne 22.5 myopes sur 100 élèves.
Dans ma traduction du rapport de Virchow, j’ai donné un tableau dressé par Colin, qui montre que, dans les écoles primaires de Prusse aussi bien que dans les collèges, la myopie s’accroît à mesure que la classe s’élève; que, pour les écoles primaires, la proportion des myopesest trois fois plus considérable dans la classe la plus élevée que dans la classe de début, et que, pour les gymnases, cette différence est quadruple. La myopie croît avec l’âge comme elle croît avec la durée du séjour dans l’école, mais ces deux influences agissent indépendamment l’une de l’autre.
Cohn a encore constaté que les chiffres de la myopie varient selon les diverses sortes d’école. Dans les écoles de village, on trouve 1.4 myope; dans les écoles élémentaires des villages 6.7; dans les écoles supérieures de filles, 7.7; dans les écoles moyennes, 10.3; dans les écoles supérieures de commerce, 19.7; dans les collèges, 26,2; dans les établissements universitaires, 60.
De cette fréquence plus grande de la myopie en Allemagne que partout ailleurs et de ce qu’elle se présenteplus souvent chez les enfants -des villes que chez les enfants des campagnes, certains auteurs ont conclu que la myopie est très souvent héréditaire et que le degréde civilisation d’un peuple peut presque se mesurer au nombre des myopes qu’il renferme. Il faut avouer que nos voisins poussent un peu loin le chauvinisme, et que ce sont là propos de gens à vue courte , comme le disait un jour une femme d’esprit.
Le local, les horizons plus ou moins rapprochés ou éloignés, la nature des travaux, l’âge, le séjour plus ou moins prolongé à l’école, le nombre d’heures du travail scolaire doivent ici entrer en ligne de compte. Sur 4,357 enfants examinés à ce point de vue et soumis à des régi-
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mes scolaires différents, on a trouvé pourcent: 17.7 myopes pour deux heures de travail quotidien, 29 pour quatre heures, 40.1 pour six heures et 40.8 au delà de six. C’està-dire que les heures de travail devenant triples, la myopie devient trois fois plus fréquente.
Les travaux des savants allemands ont singulièrement éclairé la question, et, comme le dit Virchow, il serait à désirer que les hygiénistes des autres pays fissent des travaux semblables. Ils confirmeraient sans doute ces résultats qui, s’ils doivent varier suivant les conditions organiques de race ou les conditions extérieures d’hygiène scolaire, conservent probablement leur caractère de généralité.
Opinion du docteur Liebreich. — Tandis que la campagneétaitainsi menée en Allemagne, le docteur Liebreich, de l’hôpital Saint-Thomas à Londres, faisait en Angleterre, par brochures et conférences, la guerre à l’éclairage des écoles.
La myopie, dit-il, ou raccourcissement de la vue, se développe presque exclusivement pendant le séjour à l’école, rarement après ou avant cette période; la proportion de myopes parmi les enfants est d’autant plus grande que l’éclairage est plus défectueux.
L’amblyopie, ou diminution, dans l’acuité de la vue, peut exceptionnellement se développer dans l’école; cette infirmité a pourtant un caractère individuel.
L’asthenopie, ou affaiblissement de la vue, lorsqu’elle ne date pas de la naissance même de l’enfant, provient d’un défaut d’harmonie dans l’action des deux yeux et peut être attribuée à la position défectueuse prise par l’enfant pendant son travail.
Une position défectueuse, l’insuffisance de la lumière, telles sont les causes de ces infirmités différentes de l’œil; les deux causes agissent simultanément ou séparément pour obliger l’enfant à trop rapprocher son livre ou son papier, à ne se servir que de l’un des yeux, ou à faire servir différemment les deux yeux ; ces habitudes défectueuses amènent promptement l’altération de l’organe. La première cause, la position vicieuse de l’élève, sera corrigée par de bonnes dispositions imposées poulie mobilier de l’école; la seconde, l’insuffisance de lumière, doit être corrigée par le nombre, la surface et la répartition des baies éclairantes. C’est principalement de cette dernière question que nous nous occupons en ce moment; nous reviendrons à la première lorsque nous traiterons du mobilier.
Sur le principe que nous venons de rappeler, tout le monde est d’accord : il faut beaucoup de lumière dans les écoles ; les divergences d’opinion apparaissent lorsqu’il s’agit du mode de répartition.
La lumière venant de droite, difM. Liebreich, ne vaut pas celle venant de gauche parce que la main porte ainsi ombre sur le papier; la lumière venant de l’arrière est
pire parce qu’ alors c’est toute la partie supérieure du corps qui porte ombre. Le plus mauvais système est celui qui fait venir la lumière d’avant parce que celle-ci est très fatigante pour les yeux ; il est vrai que certains constructeurs anglais, pour défendre cette disposition, ont prétendu que les visages des enfants doivent être vivement éclairés pour que le maître les aperçoive tous bien distinctement; mais les enfants dont les yeux sont blessés par une lumière trop vive, et qui les frappe trop directement, tournent la tête sur la droite habituellement, ainsi que leur livre, qui sans cela serait placé à contre jour; ils baissent en même temps le front pour abriter leur vue. C’est là une attitude vicieuse, et le but recherché par les constructeurs anglais n’est nullement atteint, car le visage des enfants est ainsi peu visible pour le maître.
M. Liebreich conclu t de ces observations que la lumière doit tomber sur la table du côté gauche et autant que possible d’en haut. Il ajoute que les sièges doivent être disposés de telle façon que l’enfant soit placé bien droit. Le livre doit être placé à une distance de 25 centimètres environ, incliné de 40 degrés; le cahier où l’élève écrit doit être incliné de 30 degrés, ce qui permet de déterminer la disposition du pupitre.
C’est, nous semble-t-il, conclure un peu vite : le jour de droite, le jour d’arrière ou d’avant, pris isolément, ont chacun leurs inconvénients ; faut-il les rejeter sans autre forme de procès, et se rabattre sur le dernier restant, le jour de gauche? Il faudrait, pour être en droit deprocéder par élimination absolue, que l’oneùt épuisé la série des combinaisons possibles; or ce n’est pas ce qu’a fait M. Liebreich, et il arrive trop vite à sa conclusion. Le jour de droite, pris isolément, a, comme il le rappelle avec raison, cet inconvénient qu’il porte ombre de droite à gauche, que l’ombre de la main obscurcit le papier sur lequel écrit l'élève. Mais si l’on combine le jour de gauche avec le jour de droite, il faut bien reconnaître que cette objection disparaît, qu’elle est tout au moins singulièrement affaiblie. Les observations de AL Liebreich ne prouvent nullement que l’éclairage bilatéral doive être rejeté: le jour dedroite seul porte une ombre gênante, mais, avec le jour de droite uni à celui de gauche, il n’y pas plus d’ombre de droite que de gauche.
De même, le jour d’arrière a de graves inconvénients lorsqu’il est seul, cela est très vrai, il porte ombre en avant; mais si l’on éclaire en même temps de droite et de gauche il n’y a plus d’ombre du tout.
C’est là une confusion grave, qui a été commise par beaucoup de personnes, qui a puissamment influé sur les opinions de plusieurs membres de la commission chargée de rédiger le règlement actuel; sur laquelle il importe, par conséquent, d’insister. Aussi reviendronsnous sur ce sujet lorsque nous aurons exposé les argu-
HISTORIQUE
ments présentés tour à tour par les partisans des différents systèmes d’éclairage.
Opinion des spécialistes américains. — Nous résumerons ici quelques idées qui ont cours en Amérique, telles qu’elles sont indiquées principalement dans un livre récent du docteur Lincoln, de Boston.
La principale difficulté de la régularisation de la lumière provient des variations mêmes de la lumière naturelle; il n’en est pas de même de la lumière artificielle qu’on peut toujours mesurer etrégulariser à volonté. Pratiquement parlant, tous les points de la terre sont aune égale distance du soleil, source de la lumière, laquelle tombe directement du ciel, en un point quelconque, en quantité variable avec la course du soleil, à chaque moment de la journée; ce dernier fait rend absolument impossible toute règle qui aurait pour base la lumière directe du soleil.
Cependant on peut établir une règle moyenne. L’atmosphère est, pour ainsi parler, un grand réservoir de lumière absorbant celle-ci en quantités relativement minimes, etréfléchissantle surplus. De là suit une approximation suffisante pour arriver à une loi générale, en considérant le ciel — à proprement parler, l’atmosphère — comme étant un hémisphère uniformément éclairé dans toutes ses parties, et en calculant ensuite combien il peut pénétrer de cette lumière par une ouverture de dimensions et de dispositions données.
On a prouvé que la meilleure lumière possible était celle qui provenait d’un châssis vitré ou d’une simple ouverture dans le toit. La raison en est que la lumière est ainsi fournie à la pièce par chaque point du grand hémisphère naturel de lumière qui l’entoure, sans qu’une quantité appréciable de cette lumière soit perdue par absorption, réflexion ou réfraction. Mais l’admission de la lumière par une ouverture horizontale est le plus souvent impossible; dans la plupart des cas, la lumière pénètre à l’intérieur des pièces par des fenêtres verticales.
Si l’on fait abstraction de la présence d’un corps quelconque empêchant la lumière de parvenir librement à la fenêtre, on trouve que les rayons lumineux qui entreront seront considérablement modifiés par le degré d’obliquité selon lequel ils frappentla surface de la fenêtre, ou, ce qui revient au même, parla distance angulaire existant entre l’horizon et le zénith d’où ils proviennent. Par exemple, nous constatons qu’un rayon qui frappe horizontalement sur une fenêtre, comme le soleil levant ou couchant, parvient à l’autre extrémité de la pièce avec la même intensité, après avoir traversé la vitre, autant au moins que nous le pouvons apprécier au moyen de nos organes. D’autre part, un rayon venant du zénith et frappant la surface de la fenêtre très obliquement, diminuera beaucoup d’intensité lumineuse. Ceci se produit parce que l’amplitude d’un faisceau lumineux
entrant horizontalement est exactement égale à celle de l’ouverture et, par conséquent, ne perd rien de son intensité. Au contraire, l’amplitude d’un faisceau venant obliquement et, par suite, son intensité, sont diminuées en proportion du sinus de l’angle sous lequel les rayons frappent la surface de la fenêtre. Quand l’angle est petit, le sinus est petit, et le pouvoir éclairant insignifiant. D’où il résulte que l’angle sous lequel un faisceau lumineux frappe une ouverture verticale indique la mesure du pouvoir éclairant de ce faisceau. Ce fait a été exprérimenté très exactement et est figuré par le tableau suivant :
'Effets lumineux relatifs à chaque ■portion de 10" du ciel , mesurés au zénith.
Nombre de rayons
par cent,
Arcs de 10° chacun que l’ouverture
reçoit
de chaque arc.
Entre 90 et 80" 4 ,B
— 80 et 70° 4,5
— - 70 et 00" 7,0
— 60 et 50" 10,0
— 50 et 40" 13,0
— 40 et 30° 14,0
— 30 et 20° 10,0
— 20 et 10" 17,0
- 10 et 0" 17,0
Total 100,0
On devra ajouter, bien entendu, au chiffre indiqué pour un arc donné, les chiffres placés au-dessus. Ainsi la lumière reçue sous un angle de 70° à 60° égale 7 -j- 4.5 -j- 1.5=13, et celle reçue sous un angle de 10° à zéro égale 100. Ces chiffres sont établis surtout en vue de déterminer les effets produits par les obstructions artificielles de la lumière.
La largeur des fenêtres, auxquelles on suppose en moyenne 2 1/2 pieds de hauteur d’appui, et 1 pied du dessous du bandeau au plafond, doit être fixée comme suit, la lumière venant à 45 degrés, ce qui est regardé comme un minimum pour les usages domestiques :
Largeur de la fenêtre. Dimensions des pièces.
3 pieds 12 pieds sur 12 1/2
C’est-à-dire 1 pied de surface pour la fenêtre, correspondant à 50 pieds superficiels du sol de la pièce.
On pourrait calculer ainsi la quantité de la lumière qui entre, en conditions normales, dans une chambre : Multiplier la largeur de la pièce par sa longueur; multiplier le produit par la hauteur et extraire la racine carrée du dernier produit.
ÉCLAIRAGE
Pour les écoles, la lumière idéale serait celle qui viendrait par-dessus l’épaule gauche ou par-dessus l’épaule droite, si l’élève lit ou écrit assis; mais, s’il doit regarder au tableau, ces conditions seraient plutôt mauvaises, et il serait préférable d’avoir une lumière venant du plus haut possible et un peu à droite.
Un autre auteur, M. T.-M. Glarck, s’occupant de l’éclairage des classes de petites dimensions, dit que lorsque l’on est forcé de construire économiquement, et sans employer la ventilation artificielle, on ne peut songer à éclairer et à ventiler les salles autrement qu’avec des fenêtres percées dans les deux murs placés à droite et à gauche des élèves. Par ce moyen, on peut consacrer aux fenêtres une surface suffisamment large, et l’on peut employer les stores pour atténuer les rayons du soleil, s’il est nécessaire.
L’orientation vers le nord est la plus propre à éviter les rayonnements solaires durant le temps de la classe ; elle procure une lumière aussi fixe que possible ; mais la santé des enfants souffre de la privation des rayons solaires, et il est nécessaire de se préoccuper du côté hygiénique de la question. C’est pourquoi l’auteur dont nous parlons pense qu’il est bon d’avoir à la fois l’éclairage par le nord et par le sud, en disposant le grand axe des classes principales sur une ligne allant de l’est à l’ouest.
Opinion de M. Trélat. — Reprenant les idées que nous venons de résumer, M. Trélat s’est fait en France le champion de l’éclairage unilatéral et l’adversaire résolu de tout éclairage bilatéral. Bien que nous soyons loin de partager toutes ses opinions, nous reconnaissons qu'il a eu le mérite d’appeler l’attention publique sur ce grave sujet, de susciter les discussions, d’obliger en quelque sorte les hommes compétents à étudier de près la question et à formuler leur opinion.
M. Trélat et ses continuateurs estiment que l’œil, sollicité par deux jours qui s’entre-croisent, luttant pour échapper aces deux ombres qui se rencontrent; ayant, suivant les heures, à fuir, d’un côté, une lumière trop vive, ou à rechercher, de l’autre, un jour qui faiblit, ■éprouve de ce travail une fatigue constante, une tension qui déforme l’organe, qui paralyse ses muscles et réduit à l’impuissance l’appareil d’accommodation dont il est doué pour la vision des objets rapprochés. Ce serait une cause fréquente de la myopie. L’éclairage unilatéral de gauche « fournit unelumière certaine, efficace, homogène ■et très favorable au travail ainsi qu’au développement des capacités plus vives de la vue ». Pour compléter le système et le rendre entièrement efficace, M. Trélat demandait que la paroi où sont percées les haies d’éclairage fût tournée vers le nord, à l’imitation de ce qui se fait pour les ateliers d’artistes.
Discussion devant la Société cC hygiène. — M. Trélat a
porté le débat devant la Société de médecine publique et d’hygiène ; il y a trouvé de nombreux contradicteurs. Nous allonspassersuccessivementen revue les objections, les réponseset les répliques présentées departetd’autre.
1° Le jour unilatéral fournissant moins de lumière que celui que l’on fait venir de deux côtés, à la fois, sera souvent insuffisant.
M. Trélat répond que la hauteur d’une salle éclairée sur une seule face doit être plus grande que celle d’une salle éclairée sur deux faces; assez grande pour fournir tout le jour nécessaire.
Il y a dans cette réponse, queM. Trélat a reproduite fréquemment, une erreur de raisonnement qu’il faut mettre en évidence une bonne fois. Il n’est pas exact de dire qu’avec l’éclairage bilatéral on ne donnera à la classe qu’une hauteur de3"‘.50 ou de 4 mètres, tandis qu’on donnera à la classe avec éclairage unilatéral une hauteur de 4m.50, de 5 mètres ou davantage, à volonté. Deux raisons s’y opposent : l’une tirée des nécessités d’hygiène, l’autre de la dépense. Il faut que chaque enfant dispose d’un volume d’air suffisant, que la hauteur de la classe ne descende pas au-dessous d’un certain minimum : celuici est fixé par le règlement actuel à 4 mètres environ. D’autre part, si l’on ne veut pas exagérer la dépense de construction, on ne peut pas augmenter indéfiniment la hauteur, on ne peut même pas l’augmenter beaucoup ; le chiffre de 4m.50 est un maximum que l’on n’atteindra pas le plus souvent. C’est donc entre des limites très rapprochées que l’on devra se mouvoir, aussi bien avec l’un qu’avec l’autre éclairage.
On est plutôt en droit de dire que la hauteur est exactement la même dans les deux cas. Nous venons de voir que l’écart ne peut jamais être que très faible; mais les partisans de l’éclairage bilatéral peuvent aller plus loin et dire : Si l’on admet 4,n.50 avec le jour pris d’un seul côté, quelle raison pourrait empêcher de prendre précisément la même hauteur lorsqu’on ale jour sur les deux faces?
La réponse faite par M. Trélat ne paraît donc pas correcte, et l’objection de ses adversaires subsiste dans toute sa rigueur.
2° Un jour unilatéral ne peut pas pénétrer également dans une pièce ; il éclaire fortement la partie de la salle voisine des baies, et très mal les zones profondes.
M. Trélat répond qu’on élèvera suffisamment le linteau des haies pour que la lumière du ciel plonge directement jusque dans les parties les plus reculées de la salle. Alors, comme, dans les circonstances les plus défavorables, c’est-à-dire pendant les temps couverts, la portion du ciel qui fournit la lumière est encore située à plusieurs kilomètres du milieu à éclairer, les huit ou dix mètres que les ondes lumineuses devront parcourir en surplus à l’intérieur pour atteindre les points extrê-
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mes de la salle sont insuffisants à produire la moindre différence appréciable dans l’éclairage. C’est, au contraire, l’éclairage bilatéral qui, s’alimentant sur deux parties du ciel opposées, et la plupart du temps très différentes en intensités lumineuses, entretient dans les salles des lumières très inégalement réparties.
Cette réponse contient une nouvelle erreur qui a été relevée par M. Gariel, professeur de physique à la Faculté de médecine. L’intensité d’éclairage en un point de la salle ne dépend pas, comme le croyait M. Trélat, de la distance de ce point au nuage éclairant ; elle est mesurée par l’ouverture angulaire d’une pyramide qui aurait son sommet au point éclairé, et dont la base serait le rectangle comprenant les baies par où pénètre le jour. Le raisonnement de M. Trélat, s’il eût été exact, eût conduit à conclure que l’intensité d’éclairage dans une pièce pourvue d’une seule fenêtre, est à un ou deux millièmes près, la même auprès de la fenêtre ou au fond de la pièce. La plus simple observation, que nous faisons chaque jour, prouve nettement qu’il n’en est pas ainsi : le fond d’une pièce est notablement plus sombre que la région qui avoisine la fenêtre.
M. Gariel, très indulgent, ayant fait l’évaluation exacte, estimait que la diminution de lumière est de moitié ou de deux cinquièmes ; nous montrerons tout à l'heure que cette réduction est beaucoup plus forte encore, dans la plupart des cas.
3° Avec le jour pris d’un seul côté, que devient l’éclairage quand les espaces voisins de la salle sont obstrués par des constructions, comme il arrive dans les rues des grandes villes, notamment?
M. Trélat répond que cette objection pèse également sur tous les systèmes d’éclairage. Cette réponse est juste en partie : que l’éclairage soit unilatéral ou bilatéral, si le jour est obstrué, on verra moins clair dans l’école; mais il n’est pas exact de dire que l’objection pèse également sur les deux éclairages.
Si l’on ne prend jour que d’un côté, et qu’une construction voisine oblitère ce jour, on ne verra pas du tout dans l’école. Si l’on prend jour de deux côtés, et qu’il y ait un obstacle de ces deux côtés à la fois, on ne verra pas beaucoup encore, cependant l’éclairage sera un peu moins défectueux que dans le premier cas puisqu’on aura deux sources de lumière au lieu d’une.
Ce n’est pas nécessairement ainsi que les faits se présentent : le jour n’est pas toujours intercepté sur les deux faces à la fois ; d’un côté, tout au moins, on peut trouver un éclairage un peu meilleur. Si l’on peut tourner son éclairage unilatéral de ce côté, les conditions sont à peu près les mêmes que si l’on éclairait sur deux faces, puisque le second éclairage doit être considéré comme sacrifié. Mais le peut-on toujours ? La nécessité d’établir les communications avec les préaux, de placer
l’estrade du maître en vue des water-closets, etc., oblige souvent à orienter la classe en sens contraire. En pareil cas, il y aurait certainement un grave désavantage à conserver l’éclairage unilatéral et à se priver du bilatéral.
4° On a reproché à l’éclairage unilatéral de ne pas permettre aux rayons solaires de pénétrer dans les classes, ce que les hygiénistes considèrent comme d’une absolue nécessité si l’on ne veut convertir la classe en une sorte de basse-fosse, humide et malsaine. Ce défaut est surtout manifeste lorsqu’on ne veut prendre, comme M. Trélat, son jour que vers le nord.
M. Trélat répond que, pour parer à cette objection, il a modifié ses dispositions primitives : sur la seconde face de la classe, il conserve des baies comme dans l’éclairage bilatéral, seulement ces baies seront fermées par des volets opaques, pendant les cours, et ne s’ouvriront que pendant les récréations. En résumé, pendant la classe, la salle ne prend son jour que d’un côté, le nord ; on obtiendra ainsi un éclairage invariable, car il ne sera jamais modifié que par la plus ou moins grande densité aqueuse de l’atmosphère. De cette orientation donnée à la salle il résulte que les volets sont, au contraire, tournés vers le midi. Le moment de la récréation venu, les enfants abandonnent la classe et se rendent au préau ; alors on ouvre les volets ainsi que les fenêtres, la salle est lavée par de grands courants d’air pur, et inondée de soleil. On satisfait ainsi à toutes les prescriptions ‘de l’hygiène.
Cette disposition est déjà plus satisfaisante, en effet, que le système primitif, elle n’a cependant pas obtenu l’entière approbation des hygiénistes français. La face tournée vers le nord, ont-ils dit, ne recevra jamais les rayons solaires, et la face tournée au sud ne recevra les rayons solaires ni le matin avant la classe ni le soir après la sortie des élèves ; ce sera seulement de onze heures à une heure, au moment du repas, que ces rayons pourront être admis; et cela ne paraît pas encore suffisant pour assainir complètement une classe occupée toute la journée.
En outre, M. Trélat supposait que les rayons du soleil, à l’heure de midi, pénétreraient dans la classe sous une inclinaison suffisante pour parvenir jusqu’à la région la plus éloignée des baies. Il n’en est pas ainsi dans nos régions : sous la latitude moyenne de 46 degrés, les rayons font avec la verticale un angle de 23 degrés seulement, vers midi, et il en résulte que le soleil ne peut arriver que dans la région la plus voisine des fenêtres. La classe ne sera pas suffisamment insolée. Ce n’est pas tout encore, car il faut tenir compte de la nécessité imposée par le règlement d’établir, latéralement à la classe, un \ couloir de 2 mètres de largeur ; ce couloir étant installé
ECLAIRAGE
du côté opposé à l’éclairage, on voit que l’insolation, à travers ce couloir, est alors à peu près impossible.
Ces inconvénients n’existeraient pas avec l’éclairage bilatéral, surtout en ayant soin d’orienter les faces d’éclairage vers l’est et l’ouest, ou à peu près : on a ainsi le soleil matin et soir ; de plus, aux heures où l’on aérera la pièce, c’est-à-dire avant l’entrée ou après la sortie des enfants, le soleil est bas sur l’horizon, et ses rayons pénétreront réellement dans toute la classe. Si cela est nécessaire, on tempérera l’éclat des rayons directs du soleil, à certaines heures, au moyen de stores transparents.
Résumé. — ■ Comme on le voit, il résulte de cette discussion que l’éclairage unilatéral n’est acceptable qu’à la condition qu’il soit accompagné de dispositions prises pour l’aération et l’insolation de la pièce; à cet effet, il faut ouvrir des baies dans la seconde face, que l’on tiendra fermées pendant les leçons si l’on tient à conserver exclusivement le jour d’un seul côté, mais que l’on devra ouvrir largement aux heures où les classes: sont libres. Comme on le voit aussi, il y aurait de graves inconvénients à orienter la classe vers le nord, comme le demandait M. Trélat; aussi le règlement a-t-il bien fait, tout en acceptant l’éclairage unilatéral dans certains cas, de renoncer à l’éclairage septentrional.
Dans quels cas l’éclairage unilatéral est-il acceptable? On vient de voir que la grande objection à faire à ce système, c’est qu’il y. a un côté de la classe qui est moins éclairé que l’autre. Sans doute il n’est pas indispensable que l’éclairage soit partout égal, mais il faut que la région la moins favorisée reçoive encore un jour suffisant. Or la quantité de lumière reçue dans la région de droite décroît très rapidement lorsque la largeur de la classe augmente, il y a donc une limite qu’il ne faut pas dépasser ; cette limite, on est bien obligé de la fixer arbitrairement : les hygiénistes disent que l’éclairage unilatéral n’est acceptable que si la largeur de la classe n’excède pas la hauteur des linteaux des fenêtres au-dessus du sol; le règlement actuel, trop tolérant peut-être, admet que la hauteur des linteaux soit égale aux deux tiers seulement de la largeur de la salle, augmentée de l’épaisseur du mur. 11 est regrettable que ces deux règles ne tiennent pas compte d’un élément important, le climat; il est clair que l’on peut se montrer plus tolérant dans le midi de notre pays, mais qu’il faut être plus rigoureux dans le Nord. L’hiver surtout, les différences de lumière dans les deux régions sont très considérables. Aussi dirons-nous volontiers que la règle des hygiénistes doit être rigoureusement appliquée dans les départements du Nord, tandis qu’on peut accepter la règle posée par le nouveau règlement pour les départements méridionaux. Si les dimensions de la classe ne permettent pas d’observer cette règle, il faut revenir à l'éclai-
rage-bilatéral, -préconisé d’ailleurs par les règlements antérieurs.
Conclusions du docteur Java/. — A la suite de la discussion entre MM. Gariel et Trélat, M. le docteur Javal, directeur du laboratoire d’ophtalmologie à la Sorbonne, est intervenu. Ses conclusions, soumises à la Société d’hygiène, sont formulées dans les articles suivants :
1° Il est démontré que la- myopie reconnaît'. habituellement pour cause une application prolongée de la vue pendant l’enfance avec un éclairage insuffisant.
2° Dans nos climats, l’éclairage par la lumière diffuse n’atteint jamais, même en plein air, une intensité nuisible.
3° L’opinion qui considère l’éclairage bilatéral comme nuisible à la conservation de la vue ne repose' sur aucune base théorique.
4° D’après les statistiques les plus récentes, il existe des écoles où, l’éclairage étant bilatéral, la myopie est relativement peu fréquente, et il en existe d’autres où, l'éclairage unilatéral étant établi dans les conditions les plus parfaites, la myopie est aussi fréquente que dans les écoles les plus mal aménagées. L’expérience ne se prononce donc certainement pas en faveur de l’éclairage unilatéral.
5° On ne pourra obtenir un éclairage suffisant, au moyen de jours pratiqués d’un seul côté, que si la largeur de la salle n’excède pas la hauteur des linteaux des fenêtres au-dessus du sol.
6° L’éclairage par derrière, s’il vient de haut, peut être associé utilement à l’éclairage latéral; l’éclairagepar un toit vitré est excellent.
7° L’éclairage bilatéral doit être préféré à tous égards. Dans ce système, la largeur de la classe étant, pour la même hauteur de fenêtres, deux fois plus grande que dans le cas de l’éclairage unilatéral, l’intensité lumineuse au milieu de la salle, qui est la partie la moins favorisée, est double de celle obtenue, à la. même distance des fenêtres, par l’éclairage unilatéral. Il ne faudrait cependant pas que la largeur de la classe dépassât le double de la hauteur des fenêtres.
8° Il faut attribuer une grande importance à l’orientation de l’école, dont l’axe doit être dirigé du N.-N.-E. au S.-S.-O. ; on ne devrait jamais accorder une tolérance de plus de 40 degrés de part et d’autre de la direction N. -S., à moins de conditions -climatériques exceptionnelles.
9° Le maître fera face au midi.
10° Enfin, il est absolument indispensable de ménager, de part et d’autre de l’axe de la classe, une bande de terrain inaliénable dont la largeur soit double de la hauteur des constructions les plus élevées qu’on puisse prévoir, en tenant compte des progrès de l’aisance, qui font multiplier les constructions à étages, jadis incon-
COMPARAISON DES DIFFERENTS SYSTEMES D'ECLAIRAGE
nues dans les campagnes. Celte dernière condition est la plus importante de toutes.
Conclusions des membres adjoints à la Commission. — Enfin lorsque s’est réunie la commission chargée d’élaborer le nouveau règlement pour la construction des écoles, elle a appelé auprès d’elle, pour les consulter spécialement sur la question de l’éclairage :
D1' Liebreicli, ex-oculiste à l’hôpital Saint-Thomas à Londres ;
I)r Gavarret, professeur de physique à la Faculté de médecine de Paris, inspecteur général de l’instruction publique ;
LE Javal, directeur du laboratoire d’ophtalmologie à la Sorbonne ;
Dr Panas, professeur de clinique ophtalmologie à la Faculté de médecine de Paris ;
Dr Gariel, ingénieur des ponts et chaussées, professeur aggrégé de physique à la Faculté de médecine de Paris.
Ces membres adjoints, réunis en sous-commission, ont formulé leurs conclusions dans le document suivant, où se retrouvent la plupart des observations précédentes.
Conclusions de MM. les membres adjoints Gariel , Gavarret. Javal , Liebreich , Panas , présentées par M. Javal
(M. Liebreich absent).
1° Il est démontré que la myopie reconnaît habituellement pour cause une application prolongée de la vue avec un éclairage insuffisant.
2° Dans nos climats, l’éclairage par la lumière diffuse n atteint jamais, même en plein air, une intensité nuisible.
3° Les règles d’après lesquelles on proportionnerait le vitrage de la classe soit au nombre des élèves, soit à la superficie de la salle, reposent sur des idées théoriques inexactes.
4" On pourra obtenir un éclairage suffisant au moyen de jours largement pratiqués d’un seul côté, si la largeur de la classe n’excède pas notablement la hauteur des linteaux des fenêtres au-dessus du sol. La hauteur d’une classe ne devant jamais dépasser 4 mètres, dans le cas de l’éclairage unilatéral la largeur ne devra jamais atteindre 5 mètres.
5° Avec l’éclairage bilatéral, la largeur de la classe étant, pour la même hauteur de fenêtres, deux fois plus grande que dans le cas de l’éclairage unilatéral, l’intensité lumineuse au milieu de la salle est double de celle obtenue à la même distance des fenêtres, avec l’éclairage unilatéral. Il ne faudrait cependant pas que la lar-
geur de la classe dépassât le double de la hauteur des fenêtres.
6° Aucune raison théorique n’a été produite à l’appui de l’opinion qui considère l’éclairage bilatéral comme nuisant à la conservation de la vue.
7“ L’éclairage par derrière, s’il vient de haut, peut être associé utilement à l’éclairage latéral. L’éclairage par un toit vitré est excellent.
8° D’après les statistiques les plus récentes, il existe des écoles où, l’éclairage étant bilatéral, la myopie est relativement peu fréquente, et il en existe d’autres où l’éclairage unilatéral étant établi dans les conditions les plus parfaites, là myopie est aussi fréquente que dans les écoles les plus mal aménagées. Peut-être ne peut-on pas invoquer la statistique en faveur de l’éclairage bilatéral, mais elle ne s’est certainement pas prononcée en faveur de l’unilatéral.
9° îi faut attribuer une grande importance à l’orientation de l'école, dont l’axe doit être dirigé du N.-N.-E au S.-S.-Q. On ne devrait jamais accorder une tolérance de plus de 40° de part et d’autre de la direction N. -S., à moins de conditions climatériques exceptionnelles.
10° Le maître fera face au midi.
11° Enfin il est absolument indispensable déménager, de part et d’autre de la classe, une bande de terrain inaliénable dont la largeur soit double de la hauteur des constructions les plus élevées qu’on puisse prévoir, en tenant compte des progrès de l’aisance qui font multiplier les constructions à étages, jadis inconnues dans les campagnes. Cette dernière condition est la plus importante de toutes (1) .
COMPARAISON DES DIFFÉRENTS SYSTEMES D’ÉCLAIRAGE
Nous venons de résumer les opinions émises par les principaux spécialistes qui se sont successivement occupés de l’éclairage des écoles, elles discussions publiques qui ont été soulevées à ce sujet. Aidés de ces éclaircissements, nous pouvons procéder à une comparaison raisonnée des principaux systèmes actuellement en pré-
(1) Ces conclusions ont élé rédigées par les médecins, à l’issue delà séance ou ils avaient été appelés à discuter le projet primitif de la commission, dans lequel l'éclairage unilatéral avait été adopté à l’exclusion du bilatéral; nous croyons savoir que s’ils eussent été appelés à une nouvelle discussion, ils auraient accepté, pour l’article 11 de leurs conclusions, la solution que que nous indiquons plus loin. On remarquera que ces conclusions constituent des réponses à un projet de règlement et à des questions qui avaient été posées au cours de la discussion; nous les donnons d’après un brouillon ; elles ont subi quelques modifications déformé avant d’ètre déposées sur le bureau de la commission.
ECLAIRAGE
sence, relevant leurs imperfections et faisant ressortir leurs avantages.
Nous passerons en revue : l’éclairage unilatéral, laissant de côté l’orientation septentrionale à laquelle paraissent avoir renoncé les partisans mêmes de ce système ; l’éclairage bilatéral, en supposant que les baies placées à droite et à gauche des élèves aient la même surface, c’est-à-dire la disposition qui a été le plus fréquemment employée jusqu’à présent; enfin l’éclairage différentiel, système plus récent, préconisé par de nombreux adhérents, d’après lequel on établit des baies sur deux côtés de la classe, mais en donnant aux baies de droite une surface notablement plus petite qu’aux fenêtres de gauche ; on se propose d’établir ainsi une prédominance marquée du jour venant de gauche sur le jour venant de droite, — ce que l’on n’obtient pas, disent les partisans de cette disposition, avec l’éclairage bilatéral ordinaire, — tout en introduisant dans la classe une plus grande quantité de lumière qu’avec l’éclairage unilatéral.
D’une manière générale, nous pouvons déjà poser qu’un éclairage convenable doit satisfaire d’abord aux trois conditions suivantes:
1° Éviter d’avoir des places d’élèves insuffisamment éclairées ;
2° Éviter, autant que possible, les ombres portées en avant ou à gauche de l’enfant;
3° Éviter que la lumière directe ou réfléchie ne vienne frapper les yeux ; autant que possible, ceux-ci ne doivent recevoir que la lumière diffuse.
Voyons comment chacun des systèmes satisfait à ces conditions.
1 0 Eclairage unilatéral.
On voit immédiatement qu’il satisfait bien à la seconde condition : pas d’ombre à gauche; presque tous les bancs n’ont pas d’ombre en avant ; cependant il faut remarquer que, par rapport aux premiers rangs, toutes les fenêtres sont placées en arrière, et que pour ces rangs d’élèves l’ombre résultante se porte, par conséquent, vers l’avant.
Pour remédier autant que possible à cet inconvénient, il faut donc que la baie d’éclairage avance au moins jusqu’au droit de la première rangée de tables.
Un inconvénient analogue existe pour le dernier rang; si les baies n’avancent pas assez loin vers le fond, les enfants des rangs antérieurs portent ombre sur le dernier rang. 11 faut donc que les baies d’éclairage avancent au moins jusqu’au droit du dernier rang.
La troisième condition estbien observée, sauf à l’égard des derniers bancs, pour lesquels la rangée des fenêtres est tout entière en avant; il est certain que les yeux y seront plus fatigués que pour les rangs précédents.
Reste la première question. Or, avons-nous dit, avec l’éclairage unilatéral il y aura beaucoup moins de lumière à droite et au fond de la salle que sur la gauche ; nous allons le démontrer.
Les partisans de l’éclairage unilatéral avaient affirmé que , la distance au soleil étant extrêmement grande et ses rayons lumineux marchant parallèlement, une table droite reçoit autant de lumière à surface égale qu’une table placée à gauche; que « la lumière court partout avec une parfaite égalité ». Il n’en est pas ainsi, comme on s’en rend facilement compte, et les défenseurs de ce système ont dû eux-mêmes le reconnaître.
Supposons que dans une chambre obscure on pratique une ouverture : par celle-ci passe un faisceau lumineux de rayons parallèles qui va éclairer un seul point de la salle. Mais, au lieu de laisser pénétrer la lumière solaire, plaçons dans l’ouverture un écran, un transparent lumineux, celui-ci éclaire, comme nous le savons, tout l’intérieur de la chàmbre. C’est que dans ce dernier cas les rayons ne marchent plus parallèlement, ils rayonnent en tous sens.
Moyen de mesurer l' intensité cF éclairage. — L’intensité de l’éclairage produit en un point quelconque se mesure par l’angle au sommet d’un cône ou d’une pyramide qui a son sommet en ce point et pour base l’ouverture pratiquée dans la paroi.
Pour une salle d’école, l’intensité d’éclairage en un un point O est mesurée par l’angle tétraèdre en O, qui a pour base le contour rectangulaire ABCD de la face
MESURE DE L’iNTEXSITÉ DE L’ÉCLAIRAGE.
éclairée. En réalité, il faudrait déduire les trumeaux, mais nous admettons que ceux-ci sont très étroits, et pour le moment, afin de simplifier la question, nous n’en tiendrons pas compte. Il suffirait d’ailleurs de réduire le résultat trouvé, en prenant le rapport de la surface vitrée, déduction faite des trumeaux, à la surface totale.
On comprend tout de suite que plus le sommet O recule vers la droite ou vers les extrémités de la salle, la base de la pyramide restant toujours ABCD, et plus l’angle au sommet diminue, plus, par conséquent, l’éclairage devient faible.
COMPARAISON DES DIFFÉRENTS SYSTÈMES D'ECLAIRAGE
Cette décroissance est très rapide. M. Trélat, reconnaissant plus tard l’exis tence de cette décroissance, avait cherché à l’évaluer et croyait prouver que, même d’après cette dernière manière de compter, l’intensité lumineuse étant représentée à gauche de la classe par 100, elle serait encore représentée par 60, adroite ; et que la différence serait tout aussi considérable avec l’éclairage bilatéral.
A première vue, ce résultat paraît bien extraordinaire: une pièce de 7 mètres de largeur, parexemple, est certainement beaucoup plus sombre au fond que dans le voisinage des fenêtres, et, d’un autre côté, il est bien difficile d’admettre que l’éclairagesur deux faces ne donne pas une lumière plus uniformément répartie que l’éclairage d’un seul côté. Il y a sans doute quelque inexactitude dans le calcul d’évaluation ; M. Trélat aura peutêtre évalué simplement l’angle plan donné par une section verticale, au lieu de calculer 1 angle solide.
Nous avons fait, de notre côté, ce calcul qui doit trancher une question très importante, pour plusieurs points d’une salle qui rentre dans les dimensions réglementaires : 9m.70 sur 7,n .30. Gomme nous le pensions, il y a désaccord complet entie les résultats que nous obtenons et ceux fournis par M. Trélat, aussi allons-nous indiquer en détail la marche que nous avons suivie.
Le rectangle de la pièce étant marqué, nous traçons
MESURE DE L’iNTENSITÉ D'ÉCLAIRAGE EN UN POINT DE LA SALLE.
Coupe veiTicale.
la coupe verticale RB' et la coupe longitudinale de haureur BU" égale à BB'. Tour comparer avec l’éclairage bilatéral, et prendre, par conséquent, lesmêmes éléments de comparaison, nous supposons que la hauteur soit de
3 mètres au-dessus des points, tables ou pupitres, pour lesquels nous cherchons à évaluer l’éclairage ; ces points étant eux-mêmes à un mètre par exemple, au-dessus des planchers, la hauteur totale serait de 4 mètres.
Soit un point 0; les quatre arêtes qui limitent le trétraèdre sont représentées par ÜB, OA en projection horizontale; par Û'B' sur le plan vertical de face, ou par Û"A, O "B, O" A", Q"B" sur le plan vertical de côté. Il faut mesurer l’angle au sommet: pour cela traçons une sphère dont le centre soit en O, et de rayon égal à l’unité. La surface de la portion de sphère interceptée par le tétraèdre mesure l’angle au sommet; cette surface, nous la mesurons elle-même en multipliant la demi-somme des arcs d’intersection sur les plans AOB, A"0"B", par la demi-somme des arcs d’intersection sur les plans B"0"B et A"0"A. Celte évaluation esta très peu près exacte.
Pour cela nous traçons l’arc de rayon égal à l’unité sur l’angle AOB qui est représenté en vraie grandeur. Ensuite nous relevons le plan B"0"A" horizontalement, ce qui amène le sommet en O',, nous avons ainsi cet angle en vraie grandeur : BO',A; nous traçons l’arc de cercle. Nous faisons la demi-somme des longueurs de ces premiers arcs.
Nous ramenons la face B"0''B parallèlement au plan vertical de gauche; le point B vient en b et l’angle se projette verticalement en vraie grandeur, suivant <5"0''B. Nous traçons l’arc. Nous trouvons de même l’angle a"0"A.
Nous faisons la demi somme des arcs.
Le produit des quantités ainsi obtenues donne la surface cherchée ou la mesure de l’angle au sommet.
Intensité de la lumière et de I ombre avec /’ éclairage unilatéral. - — Par ce procédé nous avons mesuré l’éclairage aux trois points ACD du plan (voir plus loin le plan des ombres portées), le point G étant au milieu, les points A et D à un mètre de chaque paroi, suivant l’axe transversal. Pour avoir une image graphique de l’éclairage aux points A, G, D, nous reportons sur la ligne droite ACD des verticales AM, CO, DN Extrémités de la salle. proportionnelles auxtiois
quantités lumineuses que nous venons de calculer en