‹ Construction et aménagement des salles d'asile et des maisons d'écoleChapitre 8 sur 223 · ÉCLAIRAGE BILATÉRAL DIFFÉRENTIEL · texte numérisé non relu

ÉCLAIRAGE BILATÉRAL DIFFÉRENTIEL

Ombres portées.

On saisit facilement ainsi quelles sont les ombres, de droite ou de gauche, qui prédominent en chaque point. Au moyen de cette représen tation graphique qui peint le phénomène aux yeux, nous pouvons faire voir combien est peu fondé l’argument principal sur lequel s’appuient les admirateurs de cette innovation, l’éclairage bilatéral et différentiel, qui croyaient avoir trouvé la seule, la vraie, la parfaite solution de l’éclairage des écoles.

Les partisans de l’éclairage différentiel ont affirmé qu’en éclairant plus fortement à gauche, on évite d’avoir des éclairages égaux et des ombres égales, ce qui est, disent-ils, le grand inconvénient de l’éclairage bilatéral : avec celui-ci la vue était tiraillée et fatiguée par la lutte entre deux éclairages d’intensités équivalentes, et par ces deux ombres qui, pendant l’écriture, accompagnent la plume de l’écrivain. D’après eux encore, le nouveau système supprimerait à tout jamais cet inconvénient.

G est une illusion. Avec l’éclairage bilatéral ordinaire, la zone où la lumière et les ombres, de droite et de gauche, sont complètement égales, est celle qui correspond aux points G', G, G", puisque, comme le montraient les figures correspondant à cet éclairage, les courbes MN et M'N' se coupent en O, à l’aplomb de G et de G'. Avec l’éclairage différentiel, les points d’intersection sont simplement reportés sur la droite de O en O", mais tls existent toujours . Il j ci toujours une zone mc~

diane pour laquelle lumière et ombres venant de gauche et de droite sont égales.

Dans la zone qui est à gauche de cette région médiane, prédominent l’éclairage et l’ombre venant de gauche ; dans la zone qui est à droite, prédominent la lumière et l’ombre de droite. Les deux ombres existent toujours: c’est tantôt l’une, tantôtl’autre qui est plus forte, comme le montre notre plan.

L’éclairage différentiel déplace , donc l’inconvénient ; il ne le supprime jamais.

L’avantage qu’il présente, c’est d’élargir la zone de gauche et de rétrécir la zone de droite; mais cet avantage sur l’éclairage bilatéral ordinaire tient simplement à ce que, en empruntant partiellement ce système, on lui emprunte partiellement ses inconvénients ; mais on ne lui prend aussi qu’une partie de ses avantages. On ne corrige plus qu’imparfaitement le défaut de l’éclairage unilatéral : on éclaire moins vivement l’ensemble de la classe, surtout la partie droite, et cependant c’est celle qui précisément manque de lumière.

En résumé, l’éclairage unilatéral a le défaut de ne pas éclairer suffisamment la droite de la classe ; le bilatéral répand une lumière beaucoup plus uniforme et éclaire également la droite et la gauche de la salle. C’est là un grand avantage, mais il est obtenu en établissant deux jours contraires. Cet inconvénient a certes été très exagéré, mais il existe. Le différentiel ne corrige plus qu’imparfaitement le défaut de l’unilatéral, car il n’éclaire pas assez vivement la région de droite ; il déplace le champ où luttent deux jours contraires, mais ne fait pas cesser cette lutte ; ce système est un compromis dans lequel on retrouve, entremêlés et un peu adoucis, à la fois les avantages et les inconvénients de chacun des deux systèmes auxquels il a emprunté.

En d’autres termes encore, on dira : l’éclairage unilatéral laisse la zone de droite dans l’obscurité, mais ne donne pas de lumières ni d’ombres contrariées ; le bilatéral éclaire bien toute la salle, mais donne l’ombre et la lumière contrariées. Le différentiel modifie la répartition des ombres contrariées, sans les supprimer, mais n’éclaire pas aussi bien la zone de droite que le bilatéral ordinaire.

Aussi, quand le règlement dit : « On aura recours à l’éclairage bilatéral, avec éclairage plus intense à la gauche qu’à la droite », il a l’air de ne pas se douter qu’on le mettrait dans un extrême embarras si on lui demandait : Plus intense, où cela ?

Veut-il, comme il est probable, l’éclairage de gauche plus intense partout ? — Cela est impossible avec l’éclairage bilatéral.

Le veut-il seulement dans la zone de gauche ? — Cela a toujours lieu , que l’éclairage soit unilatéral ou bilatéral.

Le veut-il également dans la zone de droite ? — Cela

ECLAIRAGE

ria jamais lieu , que l’éclairage soit unilatéral ou bilatéral.

C’est donc, en fait, un problème insoluble que pose le règlement en croyant donner une solution.

Et remarquons que d’autres raisons encore le rendent insoluble, quoi qu’en disent les défenseurs de l’éclairage différentiel, aimé du règlement. Voici une salle d’école dont la droite regarde l’est, et la gauche regarde l’ouest ; les baies de droite sont réduites de moitié : le soir il y aura lumière plus vive à gauche et le différentiel fonctionnera parfaitement dans le sens indiqué ; mais le matin ce sera tout le contraire : il y aura lumière bien plus vive au levant, qui compensera amplement la différence de section des baies et donnera un éclairage plus vif à droite qu’à gauche, contrairement à ce qu’on désire. De même si la gauche regarde le nord et la droite le sud ; de même si l’on élevait un mur à gauche, etc.

Que conclure de ceci? Que la distinction qu’on veut établir entre l’éclairage bilatéral ordinaire et le différentiel est le plus souvent illusoire; que, bien employés et à propos, l’un de ces deux systèmes vaut l’autre, car nous ne voyons vraiment pas, dans toute cette analyse que nous venons de faire, une raison quelconque de regarder l’un comme absolument bon, l’autre comme absolument mauvais ; ni de mettre l’un bien au-dessus de l’autre.

Conclusion. — Pour terminer cette première partie de notre critique, disons donc qu’un principe nous paraît dominer toute cette question ; avec les hygiénistes nous pensons qu’il faut chercher le plus de lumière possible, venant par tous les côtés possibles ; et c’est à peu près le seul principe généralement admis.

Ne s’agit-il que d’une très petite classe — on y vient peu à peu, — nous accepterions l’éclairage unilatéral qui peut convenir alors, mais sans nous faire grande illusion sur l’efficacité des baies d’insolation que le règlement exige dans la face opposée à celle des fenêtres. Nous avons rappelé que le soleil, pénétrant par ces baies, ne peut exercer son action salutaire que dans une région peu étendue ; encore l’existence du couloir latéral s’oppose-t-elle le plus souvent à cette action déjà bien restreinte. Les baies dont nous parlons ne peuvent, en réalité, servir qu’à l’aération de la classe. Il faut donc que celle-ci soit assez étroite. Si l'on ne doit raisonnablement compter, pour l’insolation, que sur les baies d’éclairage, il faut donc bien se garder de les tourner vers le nord. Nous pensons que, pour fixer la largeur qu’il convient de ne pas dépasser avec l’éclairage unilatéral, on fera bien de suivre la règle indiquée précédemment : hauteur égale aux deux tiers de la largeur augmentée de l’épaisseur du mur, comme l’indique le règlement, seulement dans le Midi; dans le Nord, hauteur égale à la largeur, comme l’indiquent les hygiénistes. On voit que

la largeur ne pourrait pratiquement excéder 6 mètres dans le premier cas, et 4 à 5 mètres au plus dans le second.

Pour des classes plus larges, il faut autant que possible, selon nous, éclairer sur plusieurs faces et sur le plus grand nombre de faces possible.

Si l’on peut prendre jour sur deux faces parallèles, l’éclairage bilatéral sera différentiel ou non, cela nous touche peu, et nous laisserions bien volontiers l’architecte absolument libre de choisir entre ces deux systèmes, comme il l’entend, ou d’après les circonstances locales ; et nous nous garderions bien de lui imposer le système différentiel ainsi que le fait le programme.

Si les deux faces par lesquelles on peut éclairer sont contiguës, placées sur le même angle, nous accepterions parfaitement, outre le jour sur la gauche, le jour sur l’arrière, ce que le programme interdit, — et nous le regrettons. — Nous serions même très curieux de voir essayer l’éclairage par devant, moyennant les précautions nécessaires ; mais nous le disons tout bas, car nous avons contre nous, sur ce point, la Faculté et le Règlement.

Quant au jour par le plafond, qui n’est guère possible que dans les écoles rurales, pourquoi le règlement l’interdit-il encore? — On dit : la neige l’hiver, la chaleur l’été ! — Combien d’ateliers, répondrions-nous, sont éclairés ainsi, moyennant des dispositions que tout le monde connaît, et qui empêchent parfaitement la neige de s’accumuler et le soleil de pénétrer? L’objection a pu être faite par des personnes peu au courant des systèmes employés dans la construction, mais évidemment la commission n’ignorait pas que ce petit problème a été résolu depuis longtemps. Faut-il encore citer comme exemple nos bibliothèques publiques et particulièrement la belle salle de lecture à la Bibliothèque nationale ? Alors pourquoi cette inexorable sévérité pour un système d’éclairage qui, dans les cas où l’on peut l’employer, serait peut-être le meilleur de tous ?

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