‹ Constructions Romaines. Anciennes églises des Bouches-du-Rhone. grottes préhistoriques des Bouches-du-RhoneChapitre 7 sur 8 · COMMUNE DE LAFARE · texte numérisé non relu

COMMUNE DE LAFARE

Une image phallique en bronze ayant la forme d’une ancre, dont une tige représente la main impudique, et la seconde le phallus. Au sommet un anneau pour la suspension au cou, et dans le bas les signes de la vieillesse.

Une médaille en argent de la famille G. Metella.

Un Auguste. (G. B.)

Un Auguste. (G. B.)

Un Domitien en argent.

Deux Trajan. (M. B.)

Nous nous arrêtons, mais ce que nous venons d’énumérer est suffisant pour donner l’idée de ce que pourrait être un répertoire archéologique fait pour chacun des départements de notre région.

Un auteur qui dresserait d’après des documents cer- ^ tains et des attestations incontestables une liste complète pour chaque commune, prouverait, sans la moindre difficulté que, du temps des Gaulois, des Grecs asiatiques et des Romains, tous les points de notre chère Provence étaient habités et que, tout aussi intelligents que nous, nos pères savaient, suivant les circonstances, distinguer et les postes de défense, et les quartiers fertiles et les sites agréables.

Parmi les monuments que l’on pourrait citer comme mal connus, nous devons mentionner à cette place la cuve qui sert de fonts baptismaux dans l’église de Gadenet. Une interprétation nouvelle de ce marbre singulier nous autorise à le présenter comme inédit.

nlmpruntons quelques lignes à notre compatriote, M. Pierre Trabaud, l’éminent archéologue, qui publia, il y a peu d’années, dans le tome XX de la Gazette des Beaux-Arts, page 240, un article fort curieux, au sujet de ces mêmes fonts baptismaux ;

« La pièce de marbre se présente de prime abord, dit-il, sous l’aspect ovoïde d’un récipient coupé en sens perpendiculaire, accusant 0“80 de profondeur, et 2“ 40 de tour. On n’explique point comment ce bloc travaillé fut apporté dans l’église, et, à cet égard, les recherches auprès des notables du pays, des doyens de ia fabrique, ont été vaines.

« Un lettré de la ville que j’ai consulté tient à cette opinion : que le marbre aurait pour lieu de provenance l’habitat ceito-gallique nommé encore Castellar, placé sur une éminence où l’on rencontre des ruines, et dans ces ruines, des poteries et des médailles tantôt gauloises, tantôt impériales romaines. Ce n’est là qu’une opinion fantaisiste, car les habitats de Provence excluaient complètementla vie de luxe.))

Les seuls écrivains qui, avant M. Trabaud, se sont occupés de ce monument sont : Achard, Millin, Mérimée, Ch. Rolland (auteur d’une Histoire de Oadenet) et Chaix.

Nous aidant des uns et des autres, mais nous étayant surtout des remarques et des explications de M. Laugier, qui a pu, en dessinant minutieusement la sculpture, en étudier particulièrement les lignes, nous nous croyons en droit d’expliquer ainsi qu’il suit les scènes représentées sur le marbre.

En tête du cortège, dont le mouvement d’ensemble se dirige de la gauche vers la droite du spectateur, on voit : lin centaure tenu en laisse par un jeune dieu im-

herbe, à fnoitié nu, sur un char. Ce dieu est Bacchilâ , couronné de pampres et tenant de la main droite un thyrse, que soutient par la base un génie enfant. Bacchus est placé entre deux bacchants, dont l’un tient la syrinx et le bâton recourbé et l’autre joue de la lyre. Un autre bacchant, qui vient à la suite, porte aussi un bâton recourbé, de la main gauche, tandis que sur son bras droit un enfant est assis. Une peau de panthère couvre son épaule droite.

Sous une énorme tête de lion, d’un très grand relief, que l’on voit ensuite, est figurée Ariane allongée, la tête appuyée sur la main gauche, entre deux petits génies tenant l’un un flambeau allumé et l’autre un flam-^ beau éteint et renversé.

A côté de ce dernier est Morphée portant de la main gauche une branche de pavot, tandis que sa main main droite semble reposer sur la tête d’Ariane. Auprès de lui est un autel sur lequel le feu brûle et qu’entoure une guirlande.

Vient ensuite un centaure jouant de la lyre, précédé d’une ménade et portant en croupe une autre ménade.

Il y a loin entre l’interprétation que nous donnons et celle qu’a fournie M. Trabaud. Mais si nous ne partageons pas toutes ses idées, en revanche nous nous rangeons â celle qui suit, au sujet de l’origine du monument :

« Si l’on ne consulte que le style de la pièce sculptée de Gadenet, dit-il, l’œuvre émanerait d"une époque tardive du III® siècle, alors que la forme semi-barbare s’immisce dans la facture gréco-romaine.

« C’est et ce ne peut être qu’un sarcophage, en aucun 'cas une baignoire, encore moins un cuvier de vendange,

une conque de fontaine. Toutefois , un point essentiel autorise à déterminer le lieu d’origine : le style dans l’exécution , principalement l’expression mobile des physionomies et la contexture gauloise des traits qui est singulière, inégale, dans cette pièce spirituellement fouillée, alors qu’une rectitude dans les lignes, monotone et imposante à la fois , caractérise les figures grecques ou romaines des autres bacchanales recueillies au Vatican, au Capitole et ailleurs. Aussi est-il permis d’en attribuer le faire à. un marteau ciseleur de la localité, à un Gaulois romanisé de la Provence ; et, pour cette raison, il appartiendra au patriotisme local de fixer dans un musée ce rare et brillant morceau de l’art païen succombant, à condition de doter l’église Saint-Etienne d’une conque baptismale digne du cérémonial du culte. »

En examinant le monument, on acquiert la conviction qu’il fut destiné en principe à être appliqué contre un mur. On en trouve la preuve dans le peu de relief de la partie qui représente Bacchus et dans l’énorme relief qui, au contraire, se montre dans la partie opposée. Il en est de même pour les oves qui se montrent seulement au-dessus de la bande qui court de la tête du lion au Centaure portant la ménade. Enfin, en comparant ce monument avec un monument analogue qui se trouve au musée Pie Clémentin, à Rome, on est en droit de supposer que le premier ne se montre qu’à moitié, soit qu’il ait été bâti dans le mur, soit qu’il ait été détruit ou coupé par le milieu.

Si l’autre moitié existait dans le mur, on pourrait croire qu’elle porte entre autres sculptures une seconde tête de lion semblable à tous égards à celle qui est si apparente dans la partie dégagée; malheureuse"

inent, cette autre moitié n’existe pas et nous affirmons

le fait sur le témoignage fourni par le curé actuel de

Gadenet, que des travaux de sondage dans le mur ont ^

parfaitement convaincu, I

Nous donnons ci-joint la reproduction fidèle du dessin de M. Laugier^

D’un simple fias-relief sur marbre passons à un ouvrage, dont les dimensions sont autrement grandes :

1 aqueduc romain de Traconade, l’un des quatre aqueducs qui alimentait jadis la ville d'Aquee Sextiæ.

Ce canal, d’une longueur de vingt-huit kilomètres, commençait à la grotte même d’où jaillit la source de Traconade, dans le territoire de Jouques, à trois kilomètres du chef-lieu de la commune. Au point même de n

départ, une vanne jouant dans des rainures pratiquées dans le rocher, permettait d’élever le niveau de l’eau et d’introduire celle-ci dans le canal qui avait tout d’ahord 60 centimètres de largeur sur 1 mètre 20 centimè- j

très de hauteur. !

M. Gauthier, curé de Jouques , qui a laissé des notes manuscrites d une certaine valeur, raconte ainsi ce qu’il avait retrouvé dans le territoire de sa paroisse :

(( Li intérieur de 1 aqueduc avait 1 métré de largeur,

1“76 de hauteur dans les terres et des dimensions moindres dans les rochers. La construction était en pierres sémillées, avec une voûte à plein cintre. Il a été fait avec une élégance, une solidité et un fini dignes des plus beaux jours de Rome.

« A côté d’un mur élevé dans un vallon pour supporter le canal et dans lequel on avait placé une assise d’immenses pierres de taille, nous avons vu une fosse renfermant encore de la chaux qu’on y avait éteinte ; ^

nous avons reconnu aussi sur les rochers voisins des en-

tailles à distances égales, pour extraire les pierres devant servir au petit appareil de l’aqueduc. Ces entailles sont moindres que celles que l’on pratique de nos jours. »

L’aqueduc se dirige de l’est à l’ouest, en suivant les contours des collines, dans la direction de Peyrolles. Parvenu dans le quartier dit de Pelloutier, il franchissait un vallon d’une largeur de 40 mètres, au moyen d’un pont dont les massifs attenant aux rochers sont encore visibles. Quant aux piles intermédiaires, elles sont entièrement détruites.

« Au départ de ce point, écrivaient les auteurs de la Statistique du département , le canal s’engageait de nouveau sous la montagne pour reparaître à 500 mètres au nord de Meyrargues, au quartier dit la Figueirasse : il a dans cet endroit 60 centimètres de largeur et P“60 de hauteur; l’intérieur est travaillé avec un soin si minutieux qu’on a été jusqu’à y figurer des joints imitant ceux d’une maçonnerie en pierres sémillées. »

En sortant de la montagne, le canal franchissait le vallon dit des Arcs sur un pont qui devait compter huit arches au moins. C’est ce pont que représente notre gravure.

Sa construction est belle ; les piles ont '2 mètres sur chaque face et 7 mètres de hauteur sous voûte ; elles en ont 9 jusqu’à la ligne supérieure terminant l’aqueduc.

A l’ouest du château de Meyrargues, un nouveau pont faisait franchir au canal la vallée par laquelle passe le chemin de Peyrolles, mais depuis la Restauration les gens du pays en ont si bien enlevé toutes les pierres qu’il n’en reste q)lus rien.

Atteignant le groupe des collines de Venelles, le canal s’enfonçait de nouveau dans les terres pour ne plus apparaître au jour qu’à l’escarpement de la colline de Saint-Eutrope, au-dessus d’Aix. « Son issue, disaient les auteurs cités plus haut, a été murée en dernier lieu par mesure de police. »

En 1838, M. Matheron faisant, à la Société de Statistique de Marseille, une communication relative à cette dernière partie du canal , racontait que ce canal , dont l’existence avait été révoquée en doute, venait d’être découvert. Un puits, situé près le four de Bannes, dans le territoire d’Aix, avait été déblayé, et, à la profondeur de 50 mètres, on avait atteint le cerveau de la voûte romaine, mais les travaux ne purent être continués à cause d’une quantité d’eau considérable , accumulée dans la galerie, qui jaillit inopinément.

« Ce puits , dans lequel M. Matheron est descendu, dit le rapport, a un diamètre de 1”50. Ses parois sont en maçonnerie de moellons de petit appareil, recouverts en partie par des stalactites. Gomme il importait de reconnaître un autre point de la galerie, les travaux furent portés en amont de Venelles. Après quelques recherches, on découvrit le point où la galerie entrait dans la montagne, et on effectua le déblayement sur une longueur de 50 mètres.

« La galerie avait environ 60 centimètres de largeur sur 1“*40 de hauteur. Ses parois et sa

voûte étaient en maçonnerie de petit appareil et une concrétion calcaire attestait le passage de l’eau pendant un temps considérable.

« Cette découverte, conclut le rapporteur, est d’une importance incontestable ; elle démontre l’existence d’un monqment remarquable d’un peuple qui n’a pas

craint de creuser, à la profondeur de 50 à 100 mètres sous terre, une galerie de 9,000 mètres de longueur. »

On croit que cet aqueduc, qui a dû être construit à la belle époque romaine, sous Auguste, fut coupé et détruit en partie par les Barbares (Sarrasins), en 731, et qu’il ne fut remis en état que vers la fin du xi® siècle, pour être définitivement abandonné vers 1348.

Ce qu’il y a de positif, c’est qu’il existe dans certaines parties de l’aqueduc deux couches distinctes de tuf; l’inférieure a une épaisseur de 10 centimètres ; la supérieure a 3 centimètres environ. Ces dépôts permettent ainsi de comparer la durée des deux époques pendant lesquelles l’aqueduc a fonctionné.

Occupons-nous maintenant d’un grand bas-relief, situé au sud du département des Bouches-du-Rhône, dans le territoire de Martigues, au quartier de Saint- Julien.

Saint- Julien-lez-Marti gués est un village rural composé d’un assez grand nombre de hameaux bâtis à des distances plus ou moins grandes du chemin d’intérêt commun n° 15, qui, partant de Saint-Louis (banlieue de Marseille), dessert Le Rove, Ensuès, Garri-le-Rouet, Saint-Julien, Les Ventrons et aboutit à Martigues. Sa population est de 250 habitants environ.

L’église et le presbytère occupent un petit mamelon dominant de quelques mètres ce même chemin; la façade de l’église relevée en 1852 fait face à .l’ouest; l’édifice est donc bien orienté; le presbytère attenant est en plein midi. L’église par elle-même n’a rien de bien curieux. Il y a, cependant, placardée dans le pilier qui forme pied-droit de l’abside et d’une petite chapelle latérale gauche, une inscription sur marbre blanc qui est ancienne. Nous n’osons pas pourtant la croire du

xïix® siècle, quoiqu’elle présente le millésime de 1221, le texte latin du chapitre xxxii du livre de Job, qu’elle reproduit, portant le mot abrégé de Chap. au lieu de Cap. Mais nous croyons volontiers que cette date de 1221 rappelle l’époque de la construction de la chapelle sur laquelle l’église actuelle a été bâtie en 1852.

Ce qu’il y a de vraiment remarquable à Saint-Julien, c’est le bas-relief qui occupe une partie du mur septentrional extérieur de l’église, bas-relief représenté ci-dessous.

Nous ne prétendons pas être l’inventeur de ce monument : Millin s’en était occupé avant les auteurs de la Statistique du Nous reproduisons le court

alinéa écrit par les collaborateurs de M. de Villeneuve (t. II, p. 426).

« La chapelle de Saint-Julien, si elle n’est antique qu’en partie, est construite au moins de matériaux et sur des fondements antiques. Sur le mur septentrional qui regarde le cimetière, est un grand bas-relief dont les figures sont de proportion naturelle. Il y en a deux au centre qui sont assises; les autres, au nombre de sept, sont debout des deux cotés. A droite, on reconnaît un guerrier en cuirasse ; à gauche, un jeune homme paraît tenir un cheval par la bride. »

Notre première idée fut de photographier ce monument, pour le reproduire dans ses moindres détails; mais un mur d’enceinte de l’ancien cimetière, placé malencontreusement à 2“ 50 du bas-relief, nous rendait ce travail impossible. Nous avons dû alors avoir recours au crayon d’un jeune dessinateur, M. Ernest Thieux, qui non seulement peut transporter sur le papier, avec une exactitude parfaite, les objets qu’on lui indique, mais qui possède des connaissances étendues au sujet

des mœurs et des vêtements des peuples anciens.

C’est sous nos yeux que M.. Thieux a relevé ce basrelief; c’est le décimètre en main que tous les contours

des personnages représentés ont été marqués et mesurés. Nous garantissons donc l’exactitude rigoureuse des dimensions et des détails de sculpture.

En l’état, ce bas-relief, faisant corps avec le mur sep-

tentrional de l’église, est construit en pierres de grand appareil, de la nature de celles que l’on extrait aujourd’hui des carrières de la Couronne.

La largeur moyenne des assises est de 0“,S5. On en compte encore cinq, savoir : deux pour la base et trois pour le bas-relief lui-même. Les dimension primitives du monument, à en juger par ce qui reste, devaient

être :

Largeur de la base 5“ 50

Plinthe 5“ 10

Bas-relief 4“ 70

Ces dimensions sont réduites actuellement à 4“ 22 pour la base; 4“ pour la plinthe et 3“ 85 pour le bas-relief. Un cinquième environ du monument, du côté gauche, est complètement masqué par le mur d une dépendance de l’église qui a été bâti perpendiculairement et appliqué sur le bas-relief et sa base.

11 est probable qu’un fronton devait couronner le monument et lui donner une hauteur totale de 5 à 6 mètres, hauteur réduite actuellement à 2® 70. Toute la partie supérieure, ainsi que les joints des assises, sont recouverts d’une couche de mortier moderne.

Ce bas-relief est fortement dégradé ; les parties délicates, telles que les figures, les mains et les pieds sont à peu près détruites.

En rétablissant les dimensions telles que nous les avons données, les deux personnages assis se trouvent au milieu du monument. Celui de gauche est un homme et celui de droite est certainemeut une femme: les plis serrés du bas de la tunique et le voile qui, couvrant la tête, retombe sur les épaules, l’indiquent clairement. L’homme est vêtu du pallium et non de la toge, comme on pourrait le croire, au premier abord. Les

plis rares et serrés indiquent parfaitement le pallium, qui collait beaucoup plus que la toge. i

Les deux personnages debout, à droite et à gauche des deux assis, sont également vêtus du pallium; celui de gauche en ramène lé pan sur sa poitrine ; celui de droite paraît le porter comme l’exomis.

Aux deux angles se montrent également debout deux guerriers qui tenaient probablement par la bride deux chevaux; les jambes de derrière de l’un de ces animaux sont reconnaissables du côté droit. Quant au cheval qui devait se trouver à l’angle opposé, il est entièrement masqué par le mur moderne. Le guerrier a, en effet, le bras droit placé dans la position horizontale, tandis que son bras gauche tient appuyé le long du corps un objet dont on ne peut distinguer la nature, mais que l’on peut soupçonner avoir été une épée ou une palme. Le guerrier de droite est seulement revêtu du paludamentnm, manteau militaire spécial aux généraux et aux officiers.

Enfin, derrière les deux personnages assis paraissent, debout et au second plan, deux autres personnages drapés dans le pallium.

Nous pensons que l’objet que la femme tient à la main était un volumen, mais il est tellement mutilé que nous ne saurions nous prononcer formellement. Nous supposons que les deux pointes bien reconnaissables qui subsistent servaient de point d’appui à la partie du volumen qui était développée et se détachait du bas-relief.

La sculpture est trop endommagée pour que nous puissions affirmer que cette femme donnait la main à son voisin de droite ; mais ce serrement de mains ne sauraîf être discuté en ce qui concerne les deux autres personnages debout à sa gauche.

En présence des dégradations qu’a subies le monument et de son état fruste, nous n’osons pas nous prononcer sans avoir eu l’avis des hommes compétents. Mais jusqu’à présent nous pensons qu’il faut voir dans cette page la représentation d’un traité de paix ou d’ailliance.

Pour nous, le monument est romain ; mais tous les archéologues seront-ils de notre avis ?

Le dernier monument dont nous ayons à nous occuper dans ce mémoire, trop long, sans doute, pour ceux qui en entendent la lecture, mais beaucoup trop écourté eu égard à ce que nous pourrions dire encore, est un cippe dont nous mettons la photographie sous les yeux du Congrès. Ce cippe a été recueilli sur l'emplacement d’une ville morte, dont les vestiges gisent sur la limite des communes de Berre et de Saint-Ghamas, s’étendant depuis l’embouchure de l’Arc jusqu’à l’embouchure de la Duransole, et sur les bords de l’étang, entre Morand et le moulin de Ses ruines, pour ceux

qui savent voir, sont encore apparentes ; elles l’étaient bien davantage autrefois (en 1825.)

Lisez ce que disaient MM. Toulouzan et Négrel (Statistique des Bouches-du-Rhône, t. Il, p. 296) :

« Indépendamment des vestiges d’antiquités cités par Papon, nous avons trouvé des ruines considérables qui ont été découvertes nouvellement par de grands travaux entrepris pour la culture d’une partie du marais de Berre. Ces ruines consistent dans un aqueduc, un reste de quai fait avec de grosses pierres de taille tirées des carrières de Saint-Ghamas et de Galissanne, des fondations de murailles dont les unes ont appartenu à des remparts et les autres à des maisons ; une immense quantité de poteries et de briques; des tombeaux en

pierre, des fûts de colonnes et des fragments de chapiteaux qui se trouvent au moulin de Merveille, situé tout près des maisons ; enfin un grand nombre de médailles romaines. »

Depuis cette époque bien des découvertes ont été faites ; mais, ce qui se produit, hélas I trop souvent, menus objets, monnaies et inscriptions ont été éparpillés, perdus ou vendus à des amateurs, qui en ont enrichi leurs collections particulières.

Le cippe dont nous présentons l’image, a été découvert, en 1874, par M. Joseph Artaud, propriétaire de la Durane, à cinquante mètres de son hatitation et pieusement recueilli par lui. Il était placé, face contre terre» sur un terrain rempli de cendres et de débris de charbon de bois.

Nous livrons à la méditation des savants l’étude de cette pierre, qui a les dimensions suivantes : hauteur, 1“15 ; largeur, 0“48 ; épaisseur, 0“3S.

Que signifient ces trois personnages ayant la même attitude et portant, à peu de choses près, un costume semblable?

Faut-il voir là une allégorie, l’image des trois Parques, par exemple, ou le portrait de trois sœurs mortes en même temps, et ensevelies au même endroit ?

Etmaintenant quel était le nom de cette ville ?

Était-ce Maritima ? — Non, assurément ; car Maritima se trouvait sur le point où se voit actuellement la chapelle de Saint-Biaise , au-dessus de l’étang de Laval duc.

Était-ce Mastramela ? — Non, encore, car Mastramela était l’étang de Berre lui-même.

Était-ce Astromela? — Non, pour la troisième fois.

Quoiqu’on ait déjà dit le contraire, Astromela occupait

Bas-relief de la Duraue.

l’emplacement d’istres, ce que nous prouverons, de reste, en temps et lieu.

Cette YÜle portait un nom qui démontre que c’était le centre des populations riveraines, le chef-lieu, la capitale ; elle s’appelait :

GAPDOLIUM

Et, entre autres arguments que nous ferons valoir, quand le moment viendra, nous développerons celui-ci, à savoir ; que c’est dans les noms anciens et purement locaux qu’il faut chercher l’origine des appellations véritables et retrouver l’explication des faits qui nous échappent.

Or le quartier sur lequel gisent ou se cachent ces ruines, s’appelle encore aujourd’hui, d’un côté : Cudué, pour les uns, Caduei^ouv les autres, et Cap-d’Œil pour les topographes modernes, termes dérivant tous de celui de Capdod iumi

Que les savant ne rient pas, car nous leur ferons jeter les yeux sur le gros dictionnaire de Ducange, un vrai savant, celui-là, et ils y liront ceci :

Gapdolium, Capdulium — Domus feudi præcipua, castrum, sic appellatum apud Aquùanos quasi Capitolum : Gapdeulh,

Voilà l’explication d’un point. Et le nom de Merveille... que signifie-t-il? Y a-t-il eu là une des merveilles du monde qui serait la huitième ?

Non.

Demandez l’explication au premier paysan venu des environs. Il vous dira que cet endroit, de tout temps et bien avant la construction du moulin, s'appelait Mer Veille, comme si Von disait la Veille de la Mer.

Ges geiîfe-là parlent latin sans s’en douter : c’est Mards Vigilia, la vigie du port.

Nous espérons démontrer cela et bien d’autres choses encore dans le mémoire spécial que nous préparons et qui, nous 1 avons dit au commencement, s’occupera des deux villes mortes de Lion et de Capdeulh.

Alfred Saurel.

(réponse aux questions 26 A 30).

26. — Moyen Age. — Relever, avec textes à l’appui, les dates exactes de la construction des principaux monuments de l’architecture religieuse, militaire et civile de la région.

27. — Étudier, en s’attachant aux principaux types, les monuments religieux antérieurs aux xii® siècle. Quels sont les caractères qui les distinguent des monuments de la même époque construits dans les autres parties de la France?

28. — Quel est le caractère dominant de l’architecture militaire de la région et principalement du Gomtat-Venaissin au XIV* siècle? — Quels sont les rapports qui existent entre Farchitecture civile et l’architecture militaire ou l’architecture religieuse?

29. Quelle est la date des premières constructions du palais des Papes à Avignon?

30. — Quels sont les monuments de l’architecture civile qui n’ont pas encore été signalés? — Faire la monographie de l’un de ces monuments.

Les réponses à faire aux demandes portées par les numéros 26, 27, 28, 29 et 30, seront certainement données par plusieurs membres du Congrès, car elles embrassent un cadre aussi intéressant que considérable.

Pour ce qui nous concerne, nous croyons utile d’apporter certains renseignements dont quelques écrivains pourront à l’occasion faire leur profit.

Voici d’abord une description succincte de l’oratoire de Sainte-Marie-Madeleine existant dans la crypte de la fameuse abbaye de Saint-Victor de Marseille. Des travaux importants de restauration et d’embellissement devant y être entrepris dans un délai plus ou moins prochain, il est bon de signaler ce que de simples amateurs ont pu découvrir dans une de ses moindres parties.

Ces amateurs sont MM. Guichenné et Thieux, de Marseille, et voici les notes qu’il nous ont communiquées à ce sujet.

Le plan primitif de cet oratoire présentait la forme d un parallélograme un peu moins long que large, qui s étendait du nord-est au sud-ouest, sur une longueur de 6 mètres et de l’est à l’ouest, sur une largeur de 5“50.

Il se composait de trois nefs, savoir : une nef principale de 3“65 de largeur et de deux nefs latérales de 4“45, divisées par trois entrecolonnements de 1“20.

Ges trois nefs étaient séparées de la croisée par un mur percé d’un arc principal, dit triomphal, et de deux petits arceaux secondaires.

La croisée qui occupait de l’est à l’ouest la largeur des trois petites nefs, était voûtée par un arc en berceau, qui s appuyait d un côté sur un cordon bizeauté, recevant la retombée de la voûte {on en a'pevçoit encove quelques morceaux dans l’étroit passage qui longe à l'est le cubiculum de saint Lazare et qui aboutit d'un côté à la porte d'entrée de ce cubiculum et de l'autre au tombeau de sainte Lusébie^ , et d un autre côté au mur extrême du parallélogramme qui fermait la chapelle ; ce mur avait été coupé dans l’axe de la nef principale, pour y ménager un arcosolium, dans le centre duquel on avait placé l’autel.

Nous avons essayé de rétablir, avec les vestiges' actuels, le tracé primitif et l’orientation de cet oratoire ; car telles quelles se présentent encore à nos yeux, les parties antiques sont :

1° Le mur qui fait un avec le cubiculum de saint Lazare et contré lequel s’appuyait le monument antique.

2° Les trois piliers carrés que l’on peut voir derrière le mur contre lequel se trouve actuellement adossé l’autel de la Vierge Noire ;

3° Les deux piliers et le gros contrefort qui contrebuttent à l’ouest la chapelle actuelle.

Ainsi qu’on peut le remarquer, l’ensemble de cette construction ne forma jamais, comme le prétend M. l’abbé Magnan dans son dernier opuscule sur l’abbaye de Saint-Victor (Typog. Jouve et G‘% 1873), une cella particulière, inscrite dans un périmètre de constructions plus considérables.

Le constructeur primitif de l’oratoire de Marie- Madeleine ne s’était pas préoccupé de l’avenir que le temps réservait à son œuvre ; il ne pouvait pressentir que quelques siècles plus tard, lors de l’affranchissement du christianisme, cette petite chapelle servirait de point de départ à un monument plus important.

L’oratoire de l’an 140 était donc un édifice spécial, qui se reliait à un autre édifice plus étendu. Elevé à l’extrémité du terrain occupé par le cimetière dit ossuaire marseillais, il était seul, isolé, indépendant, comme tous les oratoires construits à cette époque et qui n’ont pas encore disparu. Si, plus tard, il fut en partie conservé tel que nous le voyons de nos jours, c’est qu’il fut comme saisi et renfermé dans l’étude générale du plan remanié et exécuté en 1040, lors de la construction de l’abbaye primitive qui avait été renversée de fond en comble par les pirates sarrasins.

Cette reconstruction, comme l’idée, est une.

Les piliers de la grande crypte de Saint-Victor dont la plupart sont en grande partie monolithes et taillés dans la roche vive, devaient servir de point d’appui, de fondement, de support aux grandes piles qui soutenaient la nef de l’église supérieure; enfin les grands arcs-doubleaux qui les contrebuttent sur chacune de la leurs quatre faces devaient arrêter les effets du tassement et de la poussée et les maintenir droits et fermes, afin que l’action de ces forces combinées ne fît pas déjeter les substructions et ne les poussât pas au vide.

C’est donc pour ces motifs que le petit oratoire élevé sous les Antonins fut en partie conservé, modifié et adapté à l’ensemble général des reconstructions de l’abbaye entreprises par saint Isarn et saint Wilfrid.

Une fresque très curieuse que nous avons découverte sous une épaisse couche de mortier et de plâtre, et mise à jour, résoudra la solution du problème de la reconstruction, en lui donnant une date certaine... Cette peinture occupe les trois grandes faces de l’arcdoubleau qui sépare l’ancienne chapelle, où s’élevait autrefois le tombeau de saint Isarn.

Nous l’avons précieusement relevée et recueillie, car l’incurie dont ces cryptes sont l’objet nous fait craindre que bientôt elle ne disparaisse.

« Cette fresque est peinte sur la face intérieure de l’arc-doubleau de l’ancienne chapelle de Saint-Lazare et de Saint-Cassien, au-dessus du tombeau de l’abbé Wilfrid, qui restaura l’abbaye vers 4040.Elleétaitrecouverte d’une couche épaisse de 8 à 10 millimètres de plâtre fin et de badigeon. Elle repose sur une légère couche de mortier fin et parfaitement poli. Les contours

sont faits à grands coups de pinceau. Sa hauteur est de 0“57; sa largeur de 0""S5. La hauteur moyenne des personnages est de 0“3o et* celle de la frise de 0“09. Les couleurs sont, pour le fond ; rouge brique parsemé de fleurons à cinq feuilles qui ont dû êtres dorés autrefois, mais qui aujourd’hui, par l’effet de l’oxydation, sont

Fresque de co aiut-Yictor, à Marseille,

gris pâle; pour la frise : noir et vert. Les personnages sont ainsi représentés : mains et pieds incolores ; tuniques grises, à l’exception du personnage placé a gauche, dont on ne voit qu’une jambe et une partie du corps (couleur verte), de celui qui taille la pierre (couleur jaune pâle), — maillots d’un gris plus pâle que les tuniques et rouge brique pour les deux personnages de A. S. ^

droite. La laie dont se sert le tailleur de pierres a la même forme que celle qu’emploient encore aujourd'hui les ouvriers exerçant la même profession.

Nous osons espérer que, lors de la restauration de 1 église, que nous croyons prochaine, on fera des recherches intelligentes sous le mortier et le badigeon qui recouvre les murs de la crypte.

Qui peut prévoir ce qu’on y retrouvera?

Quoi qu il arrive, nous aurons eu, du moins, la bonne fortune de faire graver la reproduction exacte de cette fresque telle que nous l’avons vue :

Un autre édifice, que les Avignonnais connaissent de plus près que les Marseillais, est la Tour de Barhentane, dont nous allons nous occuper.

Notre but est surtout de donner la reproduction exacte, quoique diminuéedans sesproportions, de cette tour qui s’élève encore si haut au centre même de la commune de Barbentane. Et, à cet effet, nous croyons utile de transcrire ce qu’on lit dans le Livre de dénombrement de tout l’archevêché d’Avignon, t. I, p. 24, à côté même de l’image originale.

Il est presque oiseux de dire que la communication de cette pièce curieuse nous a été faite par le savant M. Duhamel.

L’image a, dans la pièce originale, depuis la base jusqu à la pointe de la lance, 248 millimètres de hauteur. Le vetement qui est suspendu à la traverse de la hampe, n est pas ce que 1 on pourrait supposer tout d abord . c est un rochet, vêtement ecclésiastique connu de tout le monde, et qui marquait la juridiction épiscopale.

Voici le texte latin avec la traduction à la suite :

Traditiones et assignationes pecuniarum facteperme

pro edificio et opéré turris nove hospitii castri de Barbentana, Avenionensis diocesù, appellatae vulgariter Anglesia, a nomine proprio supradicti dommi mei Avenionensis épis copi cujus nomen proprium est Anglicus, qui ipsam funditus est omnino de novo, ad honorent Dei et ejus Matris et ad tutionem dicti castri, quod est predicti domini mei episcopi, et ecclesiae suae Avenionensis , fecit fieri propriis sumptibus et expensis, annis episcopatus sui secundo et tercio , Nativitatis vero Domini millesimo trecentesimo quarto et sexagesimo quinto. Et adeo a dicto domino Anglico actoi'e appellata est in vulgo predicta turris Anglesia seu Anglica... IIIII ft.

« Livraisons et applications des sommes faites par moi pour la construction et l’œuvre de la tour nouvelle de l’hospice du château de Barhentane, diocèse d’Avignon, appelée communément Anglésie, du propre nom de mon maître sus-nommé, évêque d’Avignon, dont le nom véritable est Anglicus, lequel l’a fondée entièrement à neuf, en l’honneur de Dieu et sa Mère et pour la protection dudit château, qui appartient à mon maître précité, l’évêque, et â son église d’Avignon, et l’a fait élever à ses propres frais et déboursés, pendant les années seconde et troisième de son épiscopat, et de la Nativité de Notre-Seigneur mille trois cent soixantequatrième et mille trois cent soixante-cinquième. Et encore aujourd’hui cette dite tour, du nom de son auteur, mon maître Anglicus, est appelée en termes vulgaires Anglésie ou Anglique. 11,111 llorins. »

Il est superflu d’ajouter que cet Anglicus Grimoard était le frère de l’illustre pape Urbain V .

Terminons. Au sud et touchant presque le village de Peyrolles, au-dessus d’un rocher qui domine les habitations et la plaine qui les environne, s’élève un petit

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Turris Anglesia»

monument construit en pierres de taille, d’une forme à la fois singulière et gracieuse. Il est composé de quatre demi-cercles d’égales dimensions se soudant les uns aux autres et formant ainsi une croix grecque. Au sommet apparaît un clocher quadrangulaire.

Cet édifice rappelle tout d’abord à celui qui le contemple la chapelle de Sainte-Croix de Montmajour ; mais s’il est inférieur à celle-ci par son étendue, la délicatesse du travail et le choix des matériaux, il n’en est pas moins digne de fixer l’attention. Placé sur un coteau, il attire les regards, tandis que Sainte-Croix se trouve en contre-bas de l’abbaye de Montmajour.

Le souverain le plus populaire qui ait régné sur la Provence, René, devenu maître de Peyrolles, en 1475, par suite d’un échange fait avec Olivier de Pennart, archevêque d’Aix, vint l’habiter à diverses reprises. Non content de restaurer et d’embellir son château, il fit construire la chapelle dont nous parlons et la dédia au Saint-Sépulcre.

L’intérieur de l’édifice n’offrirait rien de remarquable s’il ne renfermait un tableau peint, croyons-nous, par René et placé par ses soins au- dessus de l’autel.

Ce tableau en bois a 1”" 50 de hauteur sur 1” de largeur ; il représente l’ensevelissement du Christ. Le corps de Jésus, occupant le premier plan, est entouré par la Vierge, deux Maries tenant à la main des vases de parfums et quelques disciples qui placent leur divin Maître dans le sépulcre. Au fond, vers la gauche, apparaît une partie de la ville de Jérusalem, et, vers la droite, le Golgotha avec les trois croix. Sur la pente de la. montagne, se montrent deux enfants précédant un groupe de quelques cavaliers et de quelques autres personnages se dirigeant vers la ville.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce tableau, c’est, à droite, le portrait de René, et, à gauche, celui de la reine Jeanne de Laval, sa femme. L’un et l’autre représentés dans la force de l’âge, sont à genoux et en grand costume de deuil.

Ce tableau est, selon toute apparence, l’œuvre du roi René lui-même. Si un critique plus sévère et plus compétent que nous pouvait nous démontrer le contraire, il ne saurait, dans aucun cas, contester tous les caractères du XV® siècle qui s’y trouvent imprimés et qui militent en faveur de son origine.

Alfred Saurel.

GROTTES PRÉHlSTORIttUES DES BODCHES-DÜ-RHONE

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