‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 18 sur 83 · CONSULTATION XII · texte numérisé non relu

CONSULTATION XII

Aliénation mentale hystérique.

La malade pour laquelle on demande nos conseils est âgée de trente-trois ans , mariée depuis neuf, et nubile depuis l’âge de treize ans : elle est d’un tempérament bilieux, sec, et joint à cette constitution une excessive sensibilité. Dès la première apparition de ses règles , elles furent brusquement supprimées par une imprudence , et l’effet manifeste de cette suppression fut de décider les pales couleurs et plusieurs fluxions sur les dents. On observa que , depuis , les fluxions ont toujours précédé le retour périodique des règles, et accompagné le commencement de ses grossesses.

A l’âge de quatorze ans , la malade donna des marques d’une aliénation d’esprit qui s’annonça par des idées religieuses exaltées et des alarmes exagérées sur sa vie future. Ce dérangement moral dura cinq ou six ans; mais depuis la vingt-deuxième année, qui vit les régi es devenir plus abondantes , la malade a joui d’une santé parfaite jusqu’à ses dernières couches.

Son accouchement fut heureux ; mais ia suppression des lochies, la flétrissure des seins, le découragement , la fièvre et le délire annoncèrent une déviation de la matière laiteuse. On vit succéder une suite d’affections morales caractérisées comme celles qu’elle éprouvait à l’âge de quatorze ans, par la crainte d avoir irrité la colère de Dieu. La malade raisonne judicieusement sur tous les objets étrangers à ceiui-lh ; elle est tombée dans un amaigrissement considérable, avec le pouls petit, profond et accéléré; elle est tourmentée par une petite fièvre lente qui devient plus forte chaque soir; et ce symptôme, comme l'exaltation de la tête , s’aggrave par l’impression du vent du sud et par celle d’une température orageuse.

Plus on réfléchit à la succession des accidens que la malade a éprouvés depuis l’époque où elle fut nubile , plus On a lieu de se convaincre que son état présent offre un grand rapport avec l’espèce d’aliénation mentale dont la première attaque éclata presque en même temps. Le système de la matrice et des organes sexuels acquit, dès ce moment , une influence vicieuse sur le système nerveux sensitif et intellectuel. Cette influence dut s’établir avec d’autant plus de facilité chez la malade , qu’une constitution très-sensible et très- impressionnable forme le caractère réel de son tempérament. Le retour des règles , en rappelant la matrice à l’ordre de ses fonctions , diminua l’influence dominante qu’elle exerçait sur le système nerveux. En conséquence , l’affection morale qui avait

sa source dans l’action désordonnée de la matrice , se dissipa; mais la malade conservait toujours une disposition constitutionnelle qui devait rendre le système sensitif susceptible de reproduire les mêmes maux par des causes légères. Le dernier accouchement a amené à sa suite plusieurs accidens bien capables de mettre en jeu cette disposition une seconde fois ; l’un est la suppression des lochies , l’autre est la déviation de la matière laiteuse, que l’affaissement et la flétrissure des seins indique. La mélancolie maniaque est do»nc subordonné© chez la malade à ces deux causes élémentaires, et elle demeure sous la dépendance de l’action utérine , quoiqu’elle tienne d’un autre coté à une altération primitive et constitutionnelle du système sensitif et de ses forces.

De ces considérations judicieusement présentées par le médecin qui a fait l’exposé de la maladie , il résulte que trois causes concourent à entretenir l’état mélancolique chez madame la Consultante, et que la traitement méthodique doit être relatif à ces trois objets distincts , savoir :

i°. L’altération directe du système nerveux et l’excès de sensibilité qui en est la suite; 2°. l’afFection de l’utérus et son influence vicieuse sur les forces du système sensitif; 5°. la déviation de la matière laiteuse et les effets qu’elle peut produire sur le cerveau , les nerfs et l’utérus. De ces trois élémens de la maladie dérivent trois chefs d’indications curatives qu’on doit chercher à remplir.

Î1 est difficile de déterminer si l’affection dn système nerveux doit être rapportée au spasme ou bien à l’atonie , et laquelle de ces deux causes générales paraît être aujourd’hui prédominante. La maigreur et l’accélération du pouls devraient nous faire pencher à croire que le spasme l’emporte sur l’atonie ; mais d’autres circonstances , et les succès obtenus d’abord des remèdes fortifians et toniques, nous obligent de penser que l’atonie et la mobilité du système nerveux ne laissent pas que d’y jouer un grand rôle; en sorte qu’on ne peut raisonnablement assurer si c’est le spasme ou l’atonie qui dominent , et que le traitement , par rapport au premier objet , doit être mixte et s’accommoder à ces deux élémens réunis chez la malade.

i°. On pourra satisfaire à cette première vue, en insistant sur l’usage alternatif des relâchans , des tempérans et des toniques. Les bains tièdes , continués jusqu’à produire de l’affaiblissement, les frictions avec de l’huile ou quelque décoction émolliente, l’eau de poulet , te petit-lait , l’eau de laitue , et autres boissons relâchantes , fourniront des moyens propres à diminuer le spasme. Le petit-lait pourrait être mêlé avec une infusion d’hypéricum , ou celle de caille-lait jaune, et quelquefois avantageusement suppléé par des bouillons tempérans.

De ces bains tièdes et des boissons tempérantes , la malade passera , au bout de quelque temps , à des bains frais, aux frictions sèches, aux fumigations déplantés aromatiques , aux infusions nervines et aux remèdes

fortifians. ( Les préparations martiales mériteront la préférence , sur- tout dans l’idée où nous sommes que les règles sont supprimées. ) Une teinture composée avec demi- once de quinquina rouge en poudre , deux gros de limaille de fer et une once déracinés d’énulacampana, mises en digestion dans une bouteille de bon vin vieux pendant un jour, donnera une excellente préparation en ce genre. On pourra continuer les bouillons ou le petit-lait, pourvu qu’on y ajoute quelques plantes actives, comme les feuilles d’oranger, les fleurs de camomille et même la racine d’énuia. On reviendra ensuite aux remèdes portés dans l’article précédent ; et ainsi , l’on agira par des alternatives répétées de ces médicamens contraires. Il ne faut pas négliger , dans le même temps , l’usage des antispasmodiques directs , que l’on choisira parmi ceux qui ont une action spéciale sur le système utérin; tels sont le castoréura , le camphre , le succin , sous forme de pilules ou de potions , avec quelques liqueurs appropriées, telles que les différées éthers, l’infusion et le sirop d’armoise , le sirop de stœchas.

2°. Le second point du traitement a pour objet de dissiper l’affection de la matrice par laquelle cet organe influence le système nerveux et le cerveau. Il est probable que le mouvement du flux menstruel est dérangé , et que la matrice souffre de ce dérangement : pour la ramener à son état naturel , il suffira donc de rappeler ce flux périodique à l’ordre de ses lois accoutumées. Les moyens capables de produire cet effet

conviendraient d’ailleurs pour combattre l’affection de la matrice, lors même qu’elle ne dépendrait que d’une disposition spasmodique. Dans cette vue nous conseillons les bains de siège ou de fauteuil dans l’eau tiède , ou dans des décoctions émollientes , comme la morelle , la pariétaire , la mauve, la grande joubarbe etc. ; les pédiluves dans l’eau simple , ou mêlée avec un tiers de vinaigre et une poignée de sel commun , ou bien des doses suffisantes de graines de moutarde : l’acide muriatique oxigéné serait avantageusement substitué au vinaigre. Une méthode qui nous paraît très-efficace pour calmer la tête et la matrice en même temps , c’est d’arroser la tête d’eau froide ou de la couvrir de glace , pendant que la malade a les jambes dans un bain tiède , et de maintenir ainsi la tête et les extrémités dans des températures opposées. Cette pratique doit être précédée de quelques évacuations sanguines; et pour rappeler les règles , il n’y a pas de méthode plus sûre que d’ouvrir d’abord la veine du bras, et de faire une petite saignée , d’appliquer ensuite les ventouses le long des cuisses , et de terminer par l’application des sangsues aux grandes lèvres. Cette méthode réussira surtout à l’approche du temps où la malade avait coutume d’éprouver le flux menstruel; elle sera aidée parles emménagogues directs , comme les préparations martiales , les eaux ferrugineuses, les infusions d’armoise.

5°. On attaquera la déviation laiteuse , en purgeant

la malade de temps à autre avec le petit-lait de Weiss , réformé par la société de Médecine de Paris ; en ajoutant des sels apéritifs et diurétiques , la terre foliée de tartre , le sel polychreste , le sel végétal , aux bouillons et au petit-lait; en usant de lavemens journaliers. Les remèdes proposés contre l’état de la matrice sont , du reste , pour la plupart, adaptés à ce troisième objet, qui pourra dans la suite être rempli avec plus d’avantages par l’ouverture d’un cautère ou d’un séton.

Enfin, si le traitement analytique dont nous venons d’établir les règles est insuffisant , il faudra recourir à l’emploi de certains remèdes spécifiques , dont la manière d’agir dans les maladies de ce genre est in connue. Tel est l’ellébore noir, dont il importe de commencer l’usage par de petites doses , et de surveiller les effets. On pourra donner sa racine en poudre depuis deux grains jusqu’à trente, et en infusion * depuis deux scrupules jusqu’à deux gros; l’aloës , et les pilules d 'Anderson où entre ce médicament , peuvent utilement préparer à l’usage de l’ellébore, qui, outre sa vertu spécifique, convient encore par ses qualités emménagogues.

Le régime de madame la Consultante doit être adoucissant et tempérant. A ces moyens médicinaux et diététiques , on associera tous les secours moraux capables de distraire la malade de ses idées tristes; et sans faire des efforts pour la convaincre en lui présentant la vérité , on s’efforcera de donner une autre

direction à ses idées , de la fixer par des images agréables , et de la ramener à des pensées douces et consolantes , dont l'effet devra être d'autant plus salutaire qu’elles lui seront présentées plus à propos , et par les personnes à qui elle témoignera une bienveillance plus marquée.

Délibéré, etc.

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