‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 20 sur 83 · CONSULTATION S · texte numérisé non relu

CONSULTATION S

la maladie et le traitement méthodique qu’il convient de lui opposer.

Il est étonnant que parmi les médecins qu’on a consultés , aucun n’ait entrevu l'affection des reins comme étant une des causes essentielles de cette maladie. Il semble cependant que cette idée doit se présenter naturellement, lorsqu’on considère que les maux de la malade sont toujours fixés sur les reins, qu’elle a été autrefois sujette à des rétentions d’urine et à des douleurs de vessie, et que ses urines enfin ont souvent déposé des matières sableuses.

Il ne paraît donc pas douteux que les symptômes qui se sont succédé et qui existent encore , ne dépendent d’un vice de la matrice et des parties environnantes, mais spécialement de la matrice et des reins, qui empêche le libre développement de Tune , en rendant les fonctions des autres difficiles ou doulou reuses: les obstacles qui s’opposent au développement de Faction de lâ matrice ont dérangé le cours des règles: ceux qui nuisent aux fonctions des reins resserrent ou crispent leurs vaisseaux avec douleur, et le séjour que Farine retenue dans ses filtres est obligée d’y faire , a occasioné la précipitation des matières sabloneuses qui se sont plusieurs fois mêlées à cette li queur. Continuellement irrités par cette double cause, , les viscères du bas-ventre sont dans un état de souffrance habituel qui détermine les coliques , les épreintes douloureuses , la tuméfaction de l’abdomen- , et tous les autres symptômes dont la malade est affligée.

L’on peut assurer sans crainte que l’affection de îa matrice et des reins dépend d’un spasme et d’une irritation fixés sur ces organes.

Nous ne pensons pas qu’une maladie de ce genre doive être attaquée par des moyens stimulans , toniques et échauffans. Nous estimons, au contraire, qu’un régime et des remèdes reîâchans, combinés avec de doux apéritifs , peuvent seuls amener une guérison parfaite; et c’est dans celte vue que nous proposons les remèdes et le régime suivans :

i°. La malade fera un usage non interrompu de bains et de boissons délayantes. Elle prendra chaque jour un bain à une température tiède , dans lequel elle restera pendant une heure. En sortant du bain , elle aura la précaution de se faire frotter tout le corps , et principalement la région du bas-ventre , avec la main nue, avec la flanelle , ou avec une brosse très-douce. Madame pourra faire ensuite un exercice modéré. Sa boisson ordinaire sera l’eau de poulet , le petit-lait ou une tisane émulsionnée * donnant néanmoins, s’il se peut, la préférence à l’eau de poulet , et s’assujétissant sur-tout à boire avec abondance.

2°. A l’usage des bains entiers et des boissons copieuses , Madame joindra celui des bains de siège et des lavemens. On les préparera avec une décoction de mercuriale et de morelle , qu’on aura fait bouillir dans suffisante quantité d’eau. Les bains de siège seront pris depuis la partie supérieure des cuisses jus»

ques au nombril. On emploiera les lavemens à demiserrngue et à la méthode de Kœmpf. On mêlera un peu d’huile à cette décoction , tant pour les bains de siège que pour les lavemens.

3°. On fera prendre chaque matin à la malade quatre ou cinq onces d’un mélange à parties égales des sucs exprimés des plantes fraîches de cerfeuil, de pissenlit , de chicorée et de laitue , en ajoutant à ce mélange demi-once de sirop des cinq racines apéritives. Ces sucs seront pris le matin seuls ou jetés dans un verre de petit-lait. Dans la suite , on pourra répéter cette prise une et même deux fois par jour , selon l’effet qui sera produit.

4°. On donnera de temps en temps à la malade des potions antispasmodiques et huileuses , dans lesquelles l’on fera entrer l’huile d’amandes douces , l’huile de camomille , et quelques gouttes de liqueur minérale anodine à' Hoffmann. Les huileux sont en général bien indiqués chez Madame par l’état d’irritation où se trouve la matrice.

5°. Afin de rappeler plus sûrement les règles , il faudra que, chaque mois, en se rapprochant du temps où elle devrait les avoir , Madame se fasse appliquer huit ou dix sangsues à la vulve, et qu’elle se procure une évacuation sanguine assez abondante par ce secours. Dans le même temps , elle substituera aux sucs d’herbes la mixture suivante :

y< Eau d’armoise. .

quatre onces.

Sirop d’armoise deux onces.

Limaille de fer un scrupule.

Teinture de mars apéritive. . deux scrupules.

Madame prendra cette mixture et quelques tasses d’infusion d’armoise dans la journée; mais sitôt que l’époque menstruelle sera passée , elle reviendra à ses premiers remèdes.

6°. Lorsque les douleurs des reins et du bas-ventre se feront sentir avec plus de violence qu’à l’ordinaire, on tâchera de les calmer par l’application sur la partie soufFraivte d’une vessie pleine de lait tiède , dans laquelle l’on aura jeté un scrupule de laudanum liquide. C’est aussi le cas de recourir aux potions huileuses antispasmodiques.

7°. La nourriture de Madame sera tirée des végétaux et des herbages plutôt que des viandes. Elle évitera les salaisons , les viandes noires , les ragoûts épicés , etc. Les panades, les crèmes et soupes de riz , d’orge, etc. ; les racines et herbes potagères, les fruits fondans et bien mûrs , les viandes blanches, les poissons , etc. , sont les alîmens qui lui conviennent. Elle usera sobrement du vin , et s’abstiendra des liqueurs et du café. Elle se livrera à des exercices modérés et aux amusemens de son sexe, ayant soin de ne les pas prendre sur son sommeil. Elle tâchera de s’environner d’idées agréables et riantes. Enfin si Madame la Consultante n’est pas encore mariée , elle

CON S UL TATIONS

doit bien se persuader- que loin de nuire à sa santé cet état serait peut-être un moyen de la rétablir elle peut y trouver un moyen de guérison.

Délibéré , etc.

CONSULTATION XIY.

Affection nerveuse compliquée d’un vice humoral .

La nature des symptômes que madame la Consul» tante éprouve depuis long-temps , me paraît indiquer l’existence d’une double affection , caractérisée par Lexcessîve mobilité du système nerveux , et par une altération de la masse des humeurs. Plusieurs causes différentes ont concouru à établir et à combiner ces deux principes , de manière qu’ils forment aujourd’hui une affection compliquée dont le traitement doit être relatif au genre et au mode de cette complication. La disposition nerveuse s'annonce chez Madame par les maux de tête , les oppressions de poitrine, la difficulté des digestions, le malaise générai , la production des vents, les inquiétudes d’esprit, i’état de crainte et d’appréhension dans lequel elle semble habituellement plongée.

L’altération humoraleestcaractérisée par la couleur un peu terne de son teint , par les éruptions cutanées anomales qui se sont de temps en temps maniiqstées

chez elle, et par quelques autres symptômes qui ont précédé,

Il est probable que les méthodes de traitement conseillées jusqu’à ce jour ont affaibli le principe de la maladie, qui ne s’annonce plus avec la même force ni la même gravité; on peut même présumer qu’elles l’auraient entièrement dissipée, si on les eût employées avec plus d’exactitude et de constance. Le vice humoral a été sensiblement corrigé, en sorte que,, dans l’état actuel , l’affection nerveuse conserve une dominance marquée : c’est donc à cette disposition nerveuse que le traitement doit principalement se rapporter , sans négliger toutefois ce qui reste d’altération dans les humeurs.

On remplira le principal objet par l’usage soutenu des boissons tempérantes , des antispasmodiques et des bains. Madame adoptera pour boisson ordinaire l’eau de poulet ou l’eau de laitue , à son choix. Elle mêlera cette boisson avec parties égales d’une infusion légère de fleurs de camomille et de feuilles d’oranger. Le matin , à jeun , elle se fera servir un bouillon composé avec un quart de maigre de veau, une demi-poignée de chicorée et de cerfeuil , le coeur de deux laitues , et demi-once de racine de valériane.

Les bouillons pris chaque matin pendant quinze jours, seront ensuite remplacés par les sucs d’herbes et le petit-lait; alors on donnera à l’heure du bouillon deux verres de petit-lait bien clarifié, et dans le pre mier verre on jettera un mélange de six onces de sucs

DK MÉDECINE.

exprimés de chicorée , de laitue , de cerfeuil et de pissenlit; on y fera dissoudre 20 à 25 grains de terre foliée de tartre. Aux sucs d’herbes on substituera de temps en temps le petit-lait bouilli avec un gros de racine de polypode et de valériane, quelques feuilles d’oranger * de rhue , et une pincée de fleurs d’hypéricum.

Après le bouillon ou le petit-lait , Madame prendra chaque jour un bol composé avec

Assa-fœtida. .

Fleurs de zinc.

Castoréum.. .

Camphre. . .

trois grains, quatre grains.

aa deux grains.

Elle avalera sur ce bol un verre de la boisson tempérante convenue. Ce bol pourra être répété le soir au moment du coucher.

Dans le même temps , Madame usera de la poudre d’ipécacuanha à petites doses , pour rendre ses digestions plus faciles. Il suffira de lui donner un grain de cette poudre dans la première cuillerée de soupe à chaque repas. Si les digestions ne cessaient pas bientôt d’être pénibles , on aurait recours à une potion antispasmodique, dont Madame avalerait une cuillerée avant et après chacun de ses repas; comme serait , par exemple, une potion faite avec 3e gouttes de liqueur minérale anodine à Hoffmann , autant de teinture de castor, et une once des eaux de fleurs

•d’orange, de menlhe et de mélisse simple.

La malade doit faire un usage habituel des bains domestiques à une température modérée. Ces bains généraux u’empêcheront pas qu’on ne prenne souvent des bains de siège et des pédiluves, qui seront très utiles, par rapport aux spasmes établis sur le basventre et sur la tête.

Il importe d’entretenir la liberté du ventre, et d’attaquer les spasmes viscéraux par tous les moyens relâchans et tempérans qu’on peut introduire dans les intestins : à cet effet Madame usera alternativement de lavemens émolliens et antispasmodiques; les premiers, composés avec la décoction de fleurs et de racine de guimauve ; les seconds, avec une décoction de fleurs de camomille et de feuilles de valériane : il sera mêmeutiie de faire dissoudre dans ces derniers un peu de camphre ; dans ce cas l’huile de camomille camphrée remplirait îa même vue.

Lorsque ces remèdes auront été suivis pendant l’espace d’environ deux mois , on les suspendra pour leur substituer des moyens toniques : alors Madame prendra quelques cuillerées de îa teinture suivante :

Qff Racines d’ipécacuanha demi-gros.

Ecorce de quinquina Uademi-gros.

Racines de valériane. ..... )

Faites bouillir dans trois verres d’eau, jusqu’à réduction de deux verres; ajoutez une once de teinture de mars apéritive.

Pour peu que le mouvement des règles se ralentisse ou soit pénible , il faudra l’exciter par les emménagogues , ou le provoquer par l’application des sangsues.

Sous le rapport de l’altération des humeurs qu’on a reconnue chez Madame, elle doit insister sur les boissons délayantes et dépuratives que nous avons déjà recommandées ; elle usera parfois des antiscorbutiques les plus doux , tels que Félectuaire suivant :

Conserve d’oseille une once.

Pulpe de tamarins demi-once.

Esprit de vitriol. . . demi-gros.

Suc de citron.. . . suffis. quant.

Si l’estomac paraît se charger de matières saburraîes , glaireuses ; si la surcharge de ce viscère s’annonce par des envbs de vomir , par un sentiment de malaise dons la digestion , par des affections de tête ou de poitrine sympathiques, etc. ,il faudra employer l’ipécacuanha à la dose de 10 à 32 gr. pour déterminer quelques vomissemens , et on répétera ce remède plus ou moins fréquemment, en proportion du besoin et de l’effet que la malade en éprouvera. Madame pourra d’ailleurs user de l’ipécacuanha sous d’autres formes ,à titre d’antispasmodique, et sous ce rapport nous lui conseillons la teinture suivante :

Ipécacuanha concassé un gros.

Iris de Florence concassé deux gros.

Poudre d’armca-montana. ..... un gros.

Mêlez ; versez sur ce mélange une livre et demie de décoction chaude d’une tête depavet; passez.

La dose de cette teinture est de quatre ou cinq cuillerées à bouche dans l’espace de la journée.

Quant au régime, Madame, en consultant l’expérience qu’elle doit avoir acquise , choisira sa nourriture parmi les substances qui , sous un petit volume , fourniront une grande quantité de principes nutritifs, et qui peuvent en outre exercer une impression fortifiante sur ses organes digestifs.

Délibéré* etc.

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