‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 28 sur 83 · CONSULTATION XX · texte numérisé non relu

CONSULTATION XX

Constipation habituelle et inertie des intestins.

L’incertitude et l’obscurité qui régnent sur la maladie habituelle de l’enfant pour lequel on nous fait l’honneur de nous consulter , ne permet guère que d’établir des conjectures plus ou moins vraisemblables touchant son origine et ses causes. En considérant néanmoins que cet enfant éprouve depuis sa naissance la même difficulté de rendre ses excrémens; que les matières rendues ont toujours manifesté, par leur extrême consistance et par leur couleur blanchâtre et cendrée , un vice dans la digestion in testinale; que l’ensemble de la constitution de l’enfant dénote les caractères de la faiblesse , nous nous croyons fondé à conclure que cette affection est liée à un état d’inertie des intestins , et à un vice habituel de l’action de la bile , qui ne concourt pas suffisamment à l’acte de la digestion. Or le défaut d’action de la bile peut venir ou de ce qu’eile n’est pas sécrétée par le foie en quantité assez considérable ou avec les qualités nécessaires ; ou de ce

qu’étant convenablement sécrétée , elle trouve des obstacles qui l’empêchent de se porter en quantité suffisante dans le duodénum. Il est possible que l’un ou l’autre de ces vices dépende seulement d’une faiblesse native du système hépatique , sans aucun défaut d’organisation réel et permanent. Cette cause offrirait sans doute la chance la plus favorable pour ha jeune malade, chez laquelle l’âge, l’éducation phy** sique et les remèdes amèneraient des changemens capables de rendre le système biliaire à ses forces naturelles et à ses fonctions. Cette chance, du moins, est la seule qui puisse nous promettre une guérison complète , et balancer les craintes d’incurabilité qu’un vice d organisation devrait nous inspirer.

L établissement d’un vice organique dans quelqu un des points du système biliaire ne nous intéresse guère sous le rapport de la méthode de traitement que nous devons déterminer pour la malade, puisque tout vice organique serait de nature à ne pouvoir être attaqué par les moyens de l’art , et que, pour le détruire, il ne faudrait rien moins que changer l’organisation des viscères ,* c’est donc à la faiblesse relative du système hépatique et à celle de toute la constitution de l’enfant, que les vues du traitement peuvent se rapporter. D’après ces considérations, les principes du traitement nous paraissent devoir être établis sur les trois indications suivantes :

i c Corriger la faiblesse des organes sécrétoires de la bile et le défaut ou les vices de cette liqueur;

2°. combattre l’inertie des intestins ; 3°. fortifier le système général de la constitution.

Les progrès de l’âge , une éducation bien dirigée , un régime approprié , un choix d’alimens convenables, un petit nombre de remèdes, voilà sur quels objets peuvent reposer nos espérances pour le soulagement de la jeune malade et pour le rétablissement futur d’une des fonctions les plus importantes à la vie.

i°. Considéré par rapport aux qualités de la bile et à l’état de ses organes sécrétoires , le traitement doit avoir pour objet de favoriser la production de ce liquide et de fortifier les organes qui le séparent. Dans ce dessein, l’enfant continuera sans interruption et presque exclusivement l’usage d’une nourriture animale; ses aîimens seront tirés des substances grasses et nourrissantes; les gelées de viandes, les consommés s-eront fréquemment employés dans son régime ; le laitage, le beurre, le fromage, le chocolat, en feront également partie. On lui permettra de temps en temps du gibier et des viandes noires; mais on aura toujours le soin de partager sa nourriture en petites portions souvent répétées* de manière qu’elle prenne en plusieurs fois la quantité d’alimens qui lui est nécessaire.

On s’occupera en même temps de la faiblesse présumée du foie; et pour y remédier, on usera, à l’intérieur et à l’extérieur, des remèdes fortifians qui peuvent exercer une action plus directe sur ce viscère. On commencera par faire chaque jour, matin et soir,

des fomentations sur la région du foie , avec un morceau de laine trempée darrs la décoction suivante :

Ecorce de chêne. ........ deux onces.

Faites bouillir dans quatre livres d’eau jusqu’à réduction de deux; ajoutez à la fin .*

Écorce de grenade écrasée. . une once.

Roses rouges. ...

Fleurs de grenade.

Yin rouge » demi-livre»

Après un usage soutenu de ces fomentations pen~ dant quinze jours , on placera sur le même endroit un emplâtre ou épithème composé avec le diabotanum, le baume du Pérou , la thériaque et la poudre de quinquina. On fera porter à l’enfant une ceinture élastique, qui, en joignant et comprimant par degrés les viscères du bas-ventre , les force à s’exciter mutuellement les uns par les autres.

On ne négligera point de donner les remèdes ex-1 citans et fortifians à l’intérieur. Les remèdes qui conviennent sous le rapport de la faiblesse générale seront choisis parmi ceux qui paraissent avoir une action plus particulière sur le foie : ainsi , les sels tartareux , les préparations ferrugineuses , l’aloës et fa racine de garance , fourniront dans cette classe la partie la plus considérable des médicamens. Les sucs exprimés des plantes , comme ceux de chicorée , de cerfeuil, de cresson, de pissenlit, avec 10 à 12 grains.

jaa deuxpoigm

de terre foliée de tartre, occuperont une place avantageuse dans ce nouvel ordre de moyens. Une décoc tion de glands de chêne un peu torréfiés, de racines de garance et de gayac , à laquelle on ajoutera une certaine quantité d’une solution alcaline , fournira la boisson tonique la mieux appropriée à l’état de la malade. On donnera des lavemens avec la même décoction de garance et de glands torréfiés; enfin, on fera prendre de temps en temps des pilules composées d’extrait de garance , de savon antimonial et d’aloès. Dans la suite ces pilules pourront être remplacées par d’autres ou 1 on ferait entrer îaracine de garance en poudre, l’aloës et la limaille de Fer. Ces médicamens, sous quelque forme qu’on les emploie, doivent être prescrits d’abord à des doses très-faibles, qu’on proportionnera graduelle ment à leur effet sur la constitution de la malade.

2®. La partie du traitement relative à l’inertie des intestins commande l’usage des lavemens , soit toniques, soit adoucissans. On leur donnera alternativement ces deux propriétés contraires , selon que les intestins se montreront plus ou moins irrités ou relâchés. On évitera de laisser les excrémens séjourner long-temps; on tâchera d’en procurer la sortie par tous les moyens connus : les purgatifs forts seront proscrits ; mais on se permettra quelques laxatifs doux , comme la marmelade de casse , le sirop de chicorée composé, pour aider l’expulsion des matières que l’inertie du canari intestinal retient. Dans la vue de combattre plus sûrement cette inertie , il con-

viendra peut-être de substituer quelquefois aux doux laxatifs une légère infusion d’un gros de rhubarbe * dans laquelle on jettera quinze à vingt gouttes de teinture de mars tartarisée.

Les divers' genres de suppositoires rentrent dans cette partie du traitement t et tout nous invite à les essayer , en variant leur composition et leur calibre* Mais un moyen préférable aux suppositoires , serait l’introduction d’une sonde de gomme-élastique dans l’intestin rectum , qu’on tâcherait d’y maintenir constamment assujettie , afin de déterminer sur la membrane muqueuse de cet intestin une titillation continuelle qui ne cesse de l’exciter. Cette sonde, creusée en forme de canule, dont le diamètre pourra être augmenté au besoin , serait enveloppée d’un intestin de poulet et enduite à son extrémité d’huile de palma-christi ; au défaut de cette huile, on pourrait l’imbiber d’une teinture purgative préparée avec le jalap ou la scammonée.

5°, En tout ce qui concerne la faiblesse générale de la constitution , le traitement n’aura d’autre objet que de fortifier par tous les moyens connus de l’éducation , du régime et de la médecine. L’exercice à l’air libre et frais , l’habitation de la campagne , l’éloignement de toutes les causes affaiblissantes , la promenade , la danse et tous les jeux de son âge qui pourront exercer son corps , telle est la suite . des moyens iortifîans que l’éducation prescrit. Nous nous proposons le même but , en conseillant les bains froids ,

malgré l’extrême sensibilité propre à l’âge et au tempérament de la jeune malade ; ces bains seront donnés avec ménagement , d’abord à une température modérée , ensuite à une température décidément froide; on graduera sur leur effet le temps de leur durée : ils pourront être pris ou dans l’eau simple ou dans la décoction de quelques plantes nervines , ou même enfin dans la décoction de racines de garance , dont nous avons déjà remarqué plusieurs fois les bons effets.

Les moyens fortifians fournis par le régime, se déduisent des articles précédons, où le régime conve* nable à la malade se trouve détaillé; nous ajouterons seulement que sa boisson doit être toujoursmêlée avec un peu de bon vin , et qu’une attention également utile sera de ferrer l’eau dont elle usera à ses repas. Les eaux ferrugineuses, naturelles ou artificielles, peuvent, sous ce point de vue ,être d’un grand avantage.

Délibéré , etc.

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