‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 27 sur 83 · CONSULTATION XIX · texte numérisé non relu

CONSULTATION XIX

Hépatite des nouveau-nés .

La mort successive de deux enfans , arrivée aux mêmes époques de la naissance , accompagnée des mêmes accidens , déterminée par îe même genre d’affection , inspire à madame la crainte de ne pouvoir en conserver à l’avenir, et d’être pour jamais privée des douceurs de la maternité. Agée de vingt-cinq ans , d’une bonne constitution , d’un tempérament lymphatique et sanguin, elle a eu pendant sa première jeunesse des maladies qui ont toutes porté l’empreinte du caractère inflammatoire. Dans sa dernière grossesse, la fièvre de lait se soutint pendant trois jours avec des maux de tête et une rougeur du visage qui dénotaient l’abondance et l’agitation du sang.

Le mari de madame , âgé de trente-trois ans , d’un tempérament bilieux , n’a éprouvé aucune maladie qui puisse avoir quelque liaison avec la mort de ses enfans , et il n’offre dans l’ensemble de sa constitution aucune circonstance qui ait du influer sur leur destinée.

Le premier de ces enfans vint au monde avec toutes îes apparences de la meilleure santé. Il fut allaité par une nourrice étrangère. Il éprouva le quinzième jour de sa naissance un engorgement au testicule qui devint très-considérable , et qui décida un météorisme extraordinaire auquel l’enfant succomba le dix-huitième jour.

Le second enfant , né de même avec tous les signes de la santé la plus brillante, offrit , dès qu il eut vu le jour , les caractères les mieux prononcés de la vigueur et de la force. La mère le nourrit de son lait. Il fut bientôt fatigué de cette nourriture; une grande irritation du bas-ventre se manifesta , des coliques , des tranchées, des selles jaunes, ensuite verdâtres , survinrent ; la vessie poussa les urines avec une force qui n’est point ordinaire à cet âge ; la face , les yeux et le nez prirent une couleur rouge, très-animée ; les vomissemens , les douleurs intestinales, les convulsions , et divers accidens inflammatoires se joignirent aux premiers symptômes. Il s’éleva des boutons et des taches rouges sur différentes parties du corps ; il se forma des gonflemens inflammatoires aux deux extrémités , et après bien des tentatives infructueuses, l’enfant expira le dix-septième jour de sa naissance.

L’ouverture du premier cadavre fit découvrir un abcès purulent dans le foie , un dépôt semblable dans les bourses et un épanchement dans le bas-ventre. Celle du second présenta un dépôt sur chacune des extrémités où le gonflement inflammatoire s’était fixe,

un foyer purulent dans la substance du grand lobe du foie , et une grande quantité de bile épaisse , gommeuse , à peine colorée , dans la vésicule.

Maintenant voici ce qui nous semble résulter du mémoire très-exact qu’on nous a envoyé , et dont nous avons lait avec soin l’analyse { i°. La prédominance du sang dans le tempérament de Madame a paru se mêler à toutes ses affections physiques, et elle se retrouve dans toutes ses maladies , soit avant , soit après ses grossesses. 2°. Dans ce dernier état , le sang exalté se produit en telle abondance , qu’il imprime une disposition inflammatoire à tout le système. 56. La diathèse sanguine inflammatoire a été transmise par la mère à ses enfans , chez lesquels tous les signes d’une santé florissante , d’une force extraordinaire, d’une irritation vive* la décèlent suffisamment, 4°. L’impression du méconium retenu , la présence d’une bile âcre ont pu fixer la cause générale de l’inflammation sur le bas-ventre et spécialement sur le foie , pour occasioner cette espèce d’affection qu’on nomme hépatite des nouveau- nés , et qui, plus fréquente sous les climats chauds , y fait périr un si grand nombre d’enfans. 5°. L’hépatite n’ayant point été combattue à temps par les remèdes convenables , dont l’application était bien difficile à travers la grande obscurité des symptômes , les abcès purulens qu’elle a décidés chez les deux fils de Madame ont oecasioné leur mort.

D’après les considérations précédentes , on voit

que la perte de« enfans de Madame a été causée par îe progrès de l’hépatite , et que cette affection grave a pris sa source dans une disposition inflammatoire communiquée par leur mère, et qui s’est développée principalement dans le foie après leur naissance.

Si l’on peut espérer de prévenir la répétition d’un semblable malheur, on ne doit l’attendre que des moyens propres à diminuer la pléthore et à modérer l’état inflammatoire qui en est le produit chez la mère, ainsi que par d’autres moyens également capables d’éteindre la disposition à ce même état , et d’en écarter la fixation sept le foie chez les enfans. Cette double vue conduit à deux méthodes de traitement correspondantes , l’une relative à la mère , Taulre applicable aux enfans , qui seront établies et dirigées comme nous allons l’exposer.

i®. Avant que d’être enceinte. Madame fera un usage habituel de boissons rafraîchissantes, comme eau de laitue* eau de poulet, d’orge* de riz. Elle prendra de temps en temps quelques verres de petit-lait, où l’on aura fait dissoudre une légère dose de sel de nilre. Elle usera souvent des bains domestiques; elle se fera faire une petite saignée à la fin de l’hiver et au milieu du printemps. Elle adoptera enfin le régime et le traitement de précaution indiqués pour éloigner les maladies inflammatoires chez les personnes qui en sont menacées.

ü°. Si Madame devient enceinte, il faudra pendant le cours de sa grossesse employer une méthode sem-

blable , qui sera même d’autant plus utile, que la disposition inflammatoire est toujours augmentée ou favorisée par l’état de grossesse. Les premiers mois , on insistera sur les boissons tempérantes , sur le régime rafraîchissant et sur les émulsions nitrées. Les bains domestiques seront pris à des époques plus ou moins rapprochées , suivant les forces de Madame. On suivra les progrès de la pléthore , afin de la combattre directement par la saignée , dans le cas où M. le médecin ordinaire jugerait qu’elle fût assez dominante pour nécessiter ce moyen. Alors on fera une saignée au bras vers la fin du troisième mois , c’est-à-dire après la troisième révolution menstruelle. Nous laissons à la sagesse d*u médecin à déterminer si elle doit être avancée et placée à la fin du deuxième mois ; si l’on peut s’en abstenir , s’il convient de la répéter , et s’il faut la remplacer par les sangsues.

En admettant le besoin de nouvelles saignées , on les pratiquera seulement vers les derniers mois de la grossesse. On entretiendra la liberté du ventre par l’emploi journalier de lavemens ; et si le médecin aperçoit des signes de gastricité , il n’hésitera pas de prescrire quelques substances laxatives , comme les tamarins , la casse , etc.

Vers la fin de la grossesse on pourra substituer en partie aux boissons délayantes précédemment indi quées , l’infusion de feuilles d’oranger, dès fleurs de camomille 3 de petites doses d’extraits amers, la limonade composée avec l’acide nitrique.

3®. Les secours relatifs à l’enfant seront dirigés d’après les mêmes vues. Si , comme on est fondé à le croire , il naît ÿ ainsi que lesprécédens , avec l’apparence d’une forte constitution , l’accoucheur aura soin de laisser répandre une certaine quantité de sang par le cordon ombilical, et de n’en faire la ligature qu’après cette saignée. On lui fera boire une infusion légèrement lax-ative , telle que l’eau de chiendent adoucie par quelques cuillerées de miel. On le lavera avec de l’eau tiède , et on se bâtera de procurer l’expulsion du méconium en lâchant le ventre avec le sirop de chicorée.

4°« Dès que l’on apercevra les moindres signes d’irritation et de malaise , on appliquera deux sangsues aux malléoles. Si l’irritation paraît se fixer sur le bas-ventre , et qu’il survienne des coliques , des tranchées , des vomissemens , on fera de nouveau l’ap pîication d’une ou de deux sangsues aux bords de l’anus. Enfin , on pourra les transporter sur la région même du foie, «si les douleurs du bas- ventre résistent aux premières applications. Les lavemens adoucissans , les fomentations émollientes , les cataplasmes sur l’abdomen seront employés dans le même dessein.

5°. Pour peu que la fluxion inflammatoire menace de s’établir sur le foie , on placera un petit vésicatoire à l’endroit de l’hypoeondre qui répond à ce viscère. Lorsqu il aura produit son effet, il conviendra de le porter à la partie interne de la cuisse droite , et de 1 y laisser séjourner quelque temps.

6°. Nous n’avons pas besoin d’observer que les phé« nomènes accidentels devront être convenablement attaqués par leurs remèdes respectifs , de manière à affaiblir leur influence; ainsi les convulsions, par des antispasmodiques ; les acides des premières voies , par des absorbans , etc.

7°. Si , malgré ces secours convenabiemen dirigés, les symptômes de l’hépatite se soutiennent , on aura recours au traitement par le mercure doux , qu’on donnera en dissolution et à très-petites doses. Mais nous ne proposons ce moyen , qui a été recommandé par plusieurs praticiens , que comme une dernière ressource dans le cas d’insuccès du premier traitement.

8°. On n’a pas de raisons suffisantes pour décider si Madame doit nourrir son enfant ou le confier à une nourrice étrangère. Le premier de ses fils est mort , quoiqu’elle ne Fait point allaité , et le second a également péri , quoiqu’il ait reçu la nourriture de sa mère. Cependant, comme l’enfant que Madame nourrit à la place du premier fut tourmenté par des coliques et des douleurs ; comme nous avons reconnu Finfluence qu’elle a sur îa nature des affections qui ont terminé si promptement la vie de ses deux fils , nous croyons le conseil de ne pa«s nourrir elle-même son enfant, plus sage et plus exempt de danger; mais il faut apporter une grande attention au choix d’une nourrice , dont 1e, lait doit être jeune ci assorti à Fâge et h ia constitution du nouveau-né.

9*. Le régime de ia nourrice sera conforme à

DE MÉDECINE. l5l

celui que nous avons conseillé à Madame pendant sa grossesse : alimens légers, viandes blanches, poisson de rivière , préparés avec peu d’assaisonnement; plantes potagères, fruits fondans bien mûrs; eau rougie de vin pour boisson ; usage des moyens diététiques propres à tempérer la chaleur , à calmer l’irritation , à modérer l’effervescence du sang , à entretenir la liberté du ventre ; tels sont les objets du régime que le médecin ordinaire réglera , par rapport à la mère et à la nourrice , en les combinant d’après toutes les circonstances imprévues qui pourront influer sur les dispositions naturelles du nouveau-né.

Délibéré, etc.

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