CONSULTATION XX III
Leucorrhée habituelle ,
Quelque légère que soit l’espèce d’incommodité à laquelle Madame est sujette depuis quatre ans , il importe d’en tarir la source , parce qu’il serait possible qu’en se prolongeant elle prît un caractère plus grave, et qu’elle pût même aujourd’hui former un obstacle suffisant à la conception. Pressée par le désir de devenir mère, Madame a, sous ce dernier rapport , un motif de plus pour détruire complètement une des causes qui peuvent s’y opposer.
La perte blanche habituelle qui fatigue Madame , ne présente pas le moindre caractère de gravité; toute présomption relative à quelque vice organique de la matrice , comme engorgement , squirre , ulcère , etc.> doit être absolument écartée. Madame ne doit avoir aucune crainte à cet égard , et nous nous empressons de confirmer ici tout ce que nous lui avons dit de vive voix pour la rassurer.
En remontant à l’origine de cette perte , on voit qu’elle fut décidée par une maladie que Madame a
éprouvée à îa suite d’un grand chagrin , et qui porta principalement son impression sur la matrice. Une forte hémorrhagie, une douleur vive dans le bas- ventre et le bassin, la fièvre , îa faiblesse, l’amaigrissement , etc. , furent les symptômes de cette maladie. U ne paraît pas cependant qu’ils ayent eu jamais le degré d’intensité nécessaire pour annoncer un ulcère de la matrice , comme un chirurgien de Nîmes l’avait affirmé. Cette maladie a laissé dans la matrice un principe d’irritation qui se propage le long de ses ligamens et qui semble même occuper toutes les parties environnantes. La perte blanche n’a d’autre cause que cette irritation, à laquelle tiennent aussi les douleurs du bas-ventre , l’extrême sensibilité du vagin , la difficulté du flux menstruel, et tous les accidens qui se réunissent pour ôter à Madame la faculté d’être mère. L’objet du traitement doit'se borner à calmer cette irritation excessive, et pour atteindre ce but, on emploiera des moyens aussi simples que le principe du mal contre lequel on le dirige.
i®. Madame usera pendant quinze jours d’une boisson tempérante, comme eau de poulet, eau de veau, eau de laitue, à son choix, observant de boire chaque jour trois ou quatre verres de celle de ces boissons qu’elle aura préférée. On fera infuser dans chaque verre deux pincées de fleurs de camomille et trois ou quatre feuilles d’oranger. Au bout de quinze jours on cessera d’en prendre; mais on leur substituera un verre de petit-lait, pris tous les rtiatins à
jeun j dans lequel on aura fait dissoudre demi-gros de magnésie blanche. On pourra continuer de faire infuser les fleurs de camomille et les feuilles d’oranger dans le petit-lait.
2°. Nous recommandons à Madame l’usage habituel des bains de siège , pris d’abord simplement dans 1 eau tiède , et ensuite dans une décoction de jusquiame » de morelle et de mauve. On donnera des lavemens avec les mêmes décoctions. Les lavemens seront plus efficaces , si on fait précéder un lavement simple, et qu’on donne à demi-seringue seulement celui qui sera composé de ces décoctions. Aux approches des règles , il faudra rendre ces remèdes plus caïmans, par l’addition de six grains de camphre et de deux grains d’opium , surtout si les règles menacent d’être pénibles et douloureuses. Dans ce cr^ , il sera nécessaire de faire une ou deux applications de dix sangsues chaque fois h la partie interne des cuisses ou à la vulve , et l’on y reviendra encore une ou deux fois dans le cours du traitement émollient,
3*. On appliquera sur la région de îa matrice des linges trempés dans une dissolution d’opium; on pourra même leur substituer par la suite un emplâtre composé avec l’opium , le camphre et le baume du Pérou. On dirigera sur les parties sexuelles des fu migations tantôt émollientes, tantôt aromatiques.
4°. Pendant cette première époque du traitement. Madame prendra , pour tout remède intérieur , les pilules suivantes :
Üf Succin demi-gros.
Camphre . dix grains.
Fleurs de zinc quinze grains.
Nitre vingt grains.
Mêlez avec la conserve de roses ; faites des pilules de quatre grains.
Madame prendra trois de ces pilules matin et soir.
5®. Après avoir suivi cet ordre de remèdes pendant l’espace de deux mois , Madame changera le traitement, si, l’écoulement des règles étant devenu facile, et toutes les douleurs étant calmées , la leucorrhée persistait encore : elle le rendra alors fortifiant et tonique. Dans cette vue , aux bains de siège prescrits ci dessus elle substituera d’autres bains dans la décoction de garance ; elle fera des injections avec un mélange de demi-once d’eau de chaux, trente grains de myrrhe et autant de cachou , dans suffisante quantité d’eau. Si les injections faites avec cette liqueur ne suffisent pas pour tarir la perte , elle essaiera d’en faire avec une légère dissolution de sulfate de zinc ou vitriol blanc. On appliquera sur la région de la matrice des épithèmes avec l’eau végéto - minérale , l’infusion de grenade , etc.
6°. Les remèdes, à cette époque, devront, comme les applications extérieures , être pris dans la classe des fortifians et astringens. Les pilules ci-dessus se^ ront avantageusement remplacées par un opiat préparé avec :
Quinquina en poudre demi-once.
Magnésie blanche. ....... un gros.
Rhubarbe pulvérisée un gros.
Vitriol de mars. ........ demi gros.
Conserve d’enula-campana . . , une once.
Madame avalera matin et soir un gros de cet opiat ; mais ce remède , comme ceux des deux articles précédens , ne pourra être de misequ’après un usage suL fisant des moyens tempérans et caïmans.
7°. Parmi les remèdes capables de détourner l’irritation , on ne doit point omettre les légers purgatifs répétés de temps en temps, et les vésicatoires appliqués sur différentes parties du corps , seulement dans la vue de rougir et d’exciter l’organe cutané.
Le régime, que nous abandonnons à la sagesse éclairée du médecin ordinaire, répondra aux deux indications contraires qu’il nous paraît nécessaire de remplir dans les deux périodes du traitement,
Délibéré , etc.
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