‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 33 sur 83 · CONSULTATION XXIV · texte numérisé non relu

CONSULTATION XXIV

U Ic'eres chroniques des jambes , entretenus par une disposition dartreuse et scorbutique .

M. le Consultant est atteint d'ulcères douloureux, fétides, rongeans,aux extrémités inférieures. Ces ulcères saignent facilement, sont variables quant à leur profondeur, diversement colorés, arrosés d’une humeur sanieuse et verdâtre, fongueux en certains points , et caractérisés par une tendance alternative à la cicatrisation et à l’ulcération. Agé de cinquante-cinq ans , avec un tempérament sanguin bilieux , il a toutes les marques ordinaires d’une bonne constitution. La température du pays qu’il habite est plutôt froide que tempérée; les saisons n’y suivent pas leur marche régulière , et l’on y éprouve toutes les vicissitudes d’un climat variable.

Le malade ressent de la tension , des démangeaisons et de la douleur dans les parties de ses jambes

qui sont exemptes d’ulcération; on y trouve quelquefois du gonflement, de la rougeur et des pustules blanchâtres, assez larges, qui tombent en écailles au

bout d’un certain temps. Il se plaint aussi d’éprouver , dans les changemens de température , principalement quand l’atmosphère est humide , des douleurs très-vives, qu’il attribue à la complication d’un rhumatisme goutteux; ses gencives sont d’un rouge-violet et engorgées , elles saignent facilement; les dents ne sont pas vacillantes, mais le malade se plaint qu’elles lui semblent molles et comme pâteuses.

D’après cet exposé , l’état actuel du Consultant doitêtre considéré sous un double rapport. Il offre d’une part de9 ulcères qui établissent une affection locale fixée sur les extrémités inférieures; il annonce de l’autre une cause générale ou constitutionnelle , qui entretient le principe de cesulcères, etqui nous semble participer de l’altération scorbutique et du vice dartreux.

Le traitement doit être relatif, i°. à l’affection générale du système; a0, à l’affection locale des jambes, qui, quoique entretenue directement par l’affection générale, réclame aussi un traitement particulier.

Le premier conseil que nous donnons au malade est de se soustraire à l’influence du climat sous lequel sa maladie a pris naissance; il convient qu’il s’éloigne promptement du pays qu’il habite , pour se transporter dans un lieu plus salubre ; il doit principalement rechercher un pays tempéré , sec , et d’une atmosphère régulière.

M. le Consultant devra rendre son régime un peu tonique , en insistant sur les viandes rôties , le

poisson grillé , les végétaux sans apprêt , les fruits acidulés, etc. Il importe qu’il fasse chaque jour un léger exercice en voiture 9 ou du moins dans sa chambre , avec le secours d’une chaise roulante. À ce régime varié selon les conseils du médecin ordinaire, on ajoutera les remèdes que nous prescrivons dans l’ordre suivant :

i°c On reviendra à l’usage du petit-lait, altéré avec les sucs exprimés de plantes dépuratives : ceux de chicorée, d’endive ^ de heccabunga, de cresson, méritent la préférence. Après chaque prise de petit-lait ainsi préparé , on avalera un demi-setier de lait d’ânesse dans lequel on aura jeté la décoction de demi-once de tiges fraîches de douce-amère. Au bout de quinze jours, on pourra substituer au mélange des sucs et du petit-lait , des bouillons composés avec la chicorée, le cresson, la douce-amère, quelques morceaux de carottes , et les cuisses d’un jeune poulet récemment écorché. On alternera de quinze en quinze jours l’usage des bouillons et celui du petit-lait. Le malade se purgera en commençant ces deux remèdes, et il répétera la purgation au moins tous les huit jours : des pilules faites avec la rhubarbe , l’aîoè's et le diagrède, fourniront un moyen avantageux de ce genre, qu’il sera facile de graduer convenablement.

2°. Dans le même temps , le malade usera d’une tisane préparée avec demi- once de racine de saponaire , demi-once de tiges fraîches de douce-amère , deux gros de racine de salsepareille et de gayac , et

Page 1