‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 4 sur 83 · CONSULTA T 10 A' S · texte numérisé non relu

CONSULTA T 10 A' S

alors le pouls devint fréquent; une légère douleur fixe se fit sentir vers l’extrémité sternale droite des côtes , entre la cinquième et la sixième ( elle subsiste encore aujourd’hui ) ; des lassitudes , un malaise général , des crachats plus épais et plus abondans laissèrent parfois un mauvais goût à la bouche ; de pénibles inquiétudes décidèrent chez lui un peu d’amaigrissement et de pâleur. Son état s’améliora au mois de mars , et les symptômes qui l’avaient alarmé se calmèrent.

L’hiver survint , et le visage de M. le Consultant se couvrit de taches dartreuses qui persistèrent jusqu’à l’été , et qui , depuis cette époque , ont reparu en divers temps de l’année, particulièrement au printemps. Les attaques d’hémoptysie se sont répétées dans un ordre périodique de trois en troi's mois , avec plus ou moins de violence. Dans l’intervalle , le malade se sent bien , à l’exception de quelques malaises accompagnés de mouvemens fébriles , de crachats plus ou moins abondans, expulsés de la poitrine sans toux, et d’i.ne maigreur qui devient plus grande en été. Une circonstance qui mérite toute notre attention , c’est que l’hémoptysie qui devait avoir lieu vers le vingt unième mois après son retour périodique , fut prévenue par une grande quantité de furoncles et de petits boutons qui survinrent le long des cuisses du malade, et qui, se succédant les uns aux autres, y séjournèrent pendant plus d’un mois, et se terminèrent par suppuration. Le crachement de sang ne parut point , et son apparition

fut retardée jusqu’au neuvième mois à dater de fa dernière attaque ; c’est-à-dire que deux paroxysmes de trimestre manquèrent successivement. Enfin l’attaque qu’il éprouve aujourd’hui , après neuf mois d’inter valle , est marquée par un crachement de sang plus copieux et plus opiniâtre. La maladie n’a pas produit de changemens notables dans la constitution physique du malade; ils se réduisent à une diminution: d’embonpoint et de coloris , à des retours fréquens de mélancolie, à des sueurs qui l’affaiblissent; son appétit n’est point altéré , son sommeil est tranquille ; ses attaques ne sont point suivies, précédées, ni accompagnées de toux; dans tous les temps, excepté celui du paroxysme , il peut se livrer à ses exercices et à ses travaux ordinaires.

Le Consultant est âgé de trente-six ans, d’un tempérament sanguin et un peu mélancolique , d’une taille moyenne et grêle; il n’a jamais eu aucune maladie vénérienne , ni aucun symptôme de scorbut; il n’a été sujet ni aux hémorrhagies nasales* ni aux hémorrhoïdes , à la toux, au rhumatisme , ni à la goutte; il est né de paréos sains ( on compte cependant deux individus morts de phthisie dans sa famille ), Il y a dix -huit ans qu’il eut une gale dont il négligea le traitement , et dont il a regardé l’impression sur les organes pulmonaires comme la cause de sa maladie actuelle. C’est d’après cette vue qu’ont été dirigées toutes les méthodes de traitement qu’il a suivies jusqu’à ce jour. Cinq mois avant la première attaque

d’hémoptysie qu’il éprouva en 1792 , le malade fut affecté d’une inflammation de poitrine avec crachats sanguinolens , douleur au côté droit , fièvre assez forte, etc. , qui fut traitée par des saignées , des tisanes adoucissantes , etc. , et qui se termina du quatrième au cinquième jour par une sueur abondante. Il ne lui resta qu’un point douloureux au côté droit., sur lequel on lui fit dans la suite appliquer un moxa.

L’histoire de cette maladie, dont j’ai cru devoir rappeler les principaux caractères , indique suffisamment un état de congestion sanguine habituelle sur les organes pulmonaires , sollicitée sans doute par la faiblesse relative de ces organes, qui sont devenus un centre vers lequel le sang aboutit et se porte périodiquement. L’hémorrhagie pulmonaire, ou l’hémoptysie qui est la suite de cette congestion périodique, paraît aussi dépendre en partie d’usa état d’irritation dans le système vasculaire des poumons , et il est à craindre que l’engorgement et l’irritation fréquente des parties qui avoisinent ces vaisseaux , ne détermine à la longue l’ulcération ou la dégénérescence de leur tissu, et la formation de tubercules. Cependant il n’existe chez le Consultant aucun des signes qui annoncent que l’hémoptysie décide la phthisie pulmonaire , ou qu’elle peut y tendre d’une manière prochaine. Nous estimons en conséquence qu’elle est dans l’ordre des ma» ladies curables , et qu’il est possible d’empêcher les suites fâcheuses d’une affection placée sur des organes de cette importance. Le malade, en effet , n’éprouve,

ni difficulté de respirer, ni toux sèche accompagnée d’expectoration abondante , suspecte , ni soif ardente , ni fièvre hectique. Il ne s’est point aperçu que le sang rejeté par les crachats ait un goût désagréable et salé ; on ne distingue, en un mot, dans l’énumération de ces symptômes , aucun de ceux qui attestent l’exis tence ou même le commencement de la phthisie pulmonaire.

Plusieurs causes ont concouru à entretenir cette hémoptysie et à l’aggraver : telles sont la faiblesse héréditaire ou native des poumons , indiquée par les affections de poitrine qu’on a eu lieu d’observer dans la famille du consultant; son tempérament sanguin et sa constitution sèche et grêle; l’inflammation de poitrine qui précéda la première attaque d’hémoptysie; le dérangement des fonctions de l’organe cutané, qu’une gale mal traitée , et le prurit habituel qui lui succéda, ont nécessairement entraîné. G’est h ces causes réunies qu’il faut rapporter le principe de la faiblesse et de l’irritation pulmonaire , ainsi que tous les accidens qui en sont dérivés; mais je ne pense pas qu’il existe chez le malade une disposition phthisique héréditaire , à moins qu’on ne veuille donner ce nom à la faiblesse naturelle qui fut probablement transmise par voie d’hérédité à ses poumons. Il est difficile de déterminer si le vice dartreux a pu avoir une influence directe sur cette maladie. Les éruptions qui ont paru à diverses reprises au visage , prouvent bien qu’il existe chez lui une disposition constante au développement

dt>s affections darireuses ,* mais rien n’annonce que le vice d art peux soit fixé sur les poumons, et qu’il entretienne la maladie par sa présence, puisque l’éruption des dartres a paru s alterner avec les attaques d’hémoptysie, et que les moyens propres à déplacer un tel principe , s si existait , ont été tous inutilement employés. Quant au vice psorique auquel le malade rapporte son état , on ne conçoit pas qu’il se soit tenu caché un espace de temps considérable, pour se porter ensuite sur les poumons ; qu’il y demeure fixé depuis longtemps saris déterminer les plus profondes altérations, et qu’enfm il n’agisse pas d’une manière à-lafois plus constante , plus rapide et plus funeste. Nous observons ejue les affections de poitrine produites par une gale répercutée tendent promptement h une terminaison fatale; nous savons aussi qu elles ont une marche continue , puisque la cause qui les entretient étant présente, elles ne peuvent suivre un ordre de périodicité ou d’intermittence qui , dans les intervalles, la suppose éloignée. Ces caractères ne se rencontrant point chez le Consultant , nous sommes fondé à croire que sa maladie n’est pas sous la dépendance d’un vice psorique, et notre opinion à cet égard se trouve confirmée par l’inutilité des remèdes administrés dans la vue de le combattre ou de le déplacer.

Maintenant que nous pouvons nous former une idée plus juste de la maladie et de ses causes , il sera facile d’établir les bases d’un traitement méthodique. Il doit se rapporter à trois indications principales :

i°. s’opposer aux congestions sanguines dont la nature a contracté l’habitude ; 2°. fortifier l'organe pulmonaire dont la faiblesse relative les favorise ; 3°. corriger la disposition du corps à la reproduction de l’affection dartreuse , et adoucir l’irritation nerveuse qui existe chez le malade.

La première indication ne peut être remplie que par l’usage heureusement combiné des révulsifs. Ceux qui agissent sur le système sanguin méritent la préférence , sans donner toutefois l’exclusion à d’autres , qui , placés h une distance convenable de la poitrine , peuvent détourner et rompre les mouvemens de fluxion qui se dirigent vers elle. On pratiquera donc au malade de petites saignées dans l’intervalle des attaques , en se rapprochant des époques où elles ont coutume de paraître. On ouvrira les veines du pied plutôt que celles du bras. On pourra tenter les saignées à la Salvatelle, que les anciens préféraient. Les saignées seront distribuées de manière qu’il puisse en supporter une au moins dans l’intervalle d’une attaque à 1 autre. Dans le même temps , le malade appliquera des sangsues aux malléoles , le long des cuisses et aux veines hémorrhoïdales. Il insistera sur cette application aux parties des cuisses qui se couvrirent une fois de furoncles et de boutons; et pour en augmenter 1 effet révulsif * il aura soin d’appliquer auparavant des ventouses. G est surtout à l’époque qui avoisine 1 instant de 1 attaque, qu’il convient d’employer et les ventouses et les sangsues aux cuisses. Le malade

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