CONSULTATION XLII
Coliques nerveuses habituelles.
Quoique ies renseignemens qui nous ont été transmis sur la maladie de la dame pour laquelle on nous consulte ne présentent pas tous les détails nécessaires, nous pensons néanmoins qu’en saisissant les principales circonstances de cette affection , il sera facile de la juger
et d’établir la méthode de traitement qui lui convient
le mieux.
Après un chagrin très-vif , Madame a éprouvé de violens accès de colique qui ont déterminé le vomissement des matières qui étaient contenues dans l’estomac. Ces accès sont revenus tous les huit ou quinze jours. La malade a rejeté d’abord tous les alimens qu’elle a pris, ensuite une grande quantité de matières glaireuses qui se mêlent à la salive.
Madame , jusqu’àcetie époque, avait joui d’une santé parfaite. Elle n’a dans sa constitution aucun vice que l’on doive regarder comme la cause déterminante des coliques actuelles. Elle fut atteinte dernièrement d’une
lièvre catarrhale bilieuse , pendant laquelle Madame il a point ressenti ses coliques accoutumées.
Si nous rappelons la cause morale qui a donné lieu aux premières attaques de cette maladie, nous verrons qu’elle doit être principalement rapportée à l’ordre des affections nerveuses , et que le retour de ses accès est dû à rétablissement d’un spasme sur l’estomac et les organes voisins. Mais comme l’impression réitérée du spasme a dû nécessairement occasioner le séjour prolongé de la bile dans les organes digestifs et les rendre plus sensibles à son impression stimulante , on est fondé à croire que cette condition entre aussi pour quelque chose dans la production des coliques. Il importe donc de considérer ces deux élémens dans le traitement qui aura pour objet de faciliter l’écoulement de la bile et de calmer les spasmes nerveux fixés sur l’estomac. Les moyens suivans nous paraissent propres à atteindre ce double but.
i°. Lorsqu’on aura fait vomir Madame en lui donnant douze grains d’ipécacuanha en poudre , immédiatement après la première attaque de coliques qu’elle aura éprouvée , on lui fera prendre pendant quatre jours deux verres de petit-lait, dans chacun desquels on fera dissoudre trente à quarante grains de terre foliée de tartre : on jetera dans le premier verre deux onces de suc de chicorée et autant de suc de cerfeuil. Pendant ces quatre jours, on donnera tous les soirs à Madame un lavement avec une décoction de chicorée et de fleurs de camomille. On ajou-
tera au lavement du dernier jour six gros de sel de
2°. Le cinquième jour , on commencera l’usage des pilules suivantes :
y, Assa-fœtida . demi-gros.
Camphre. .......... quarante grains.
Castoréum vingt grains.
Nitre. . quinze grains.
Extrait de menthe suffis, quant.
Mêlez , faites des pilules de quatre grains. La malade prendra trois de ces pilules le matin, quatre à midi, et cinq le soir en se couchant. Elle continuera l’usage de ce remède à la même dose jusqu’au retour de l’attaque de colique , si cette attaque doit avoir lieu.
On fera chaque jour sur toute l’étendue du basventre des frictions avec un mélange à parties égales d’huile de camomille camphrée et d’huile de rhue ; on pourra par la suite ajouter à ce mélange une certaine quantité de laudanum liquide. On donnera matin et soir un lavement composé avec une décoction de fleurs de camomille et de valériane sauvage , dans laquelle on fera dissoudre dix grains de camphre et un grain d’opium. Dans l’intervalle des onctions cidessus prescrites , on appliquera sur la région épigastrique un grand sachet piqué et rempli de camphre grossièrement pulvérisé.
Pendant l’accès de colique , si la malade en éprouve le retour , il faudra préparer une potion avec
Eau de menthe - deux onces.
Eau de camomille trois onces.
Éther vitriolique demi-gros.
Laudanum liquide quinze gouttes.
La malade prendra une cuillerée de cette potion toutes les heures.
Après l’attaque , on reviendra au petit-lait et aux lavemens pendant quatre, jours , puis aux pilules; et l’on continuera de la même manière , soit pendant les attaques , soit dans les intervalles qu’elles laisseront.
Déns le cas où l’affection de colique résisterait anx remèdes que nous venons d’indiquer , il faudra employer les antispasmodiques révulsifs. On choisira dans cet ordre les bains entiers, les bains de siège, les frictions sur la peau , et les vésicatoires appliqués successivement à différentes parties de la surface
cutanée.
La nourriture de la malade sera tirée des substances les plus légères , d’une digestion facile , principalement des végétaux et des viandes blanches. Sa boisson ordinaire sera de l’eau de poulet ou de 1 eau de veau , dans laquelle on fera infuser quelques feuilles de fleurs d’oranger et de menthe ; à ses repas elle boira de l’eau coupée avec une petite quantité de vin.
Délibéré, etc.