CONSULTATION XLIII
Coliques nerveuses avec dérangement dans les
fonctions du foie.
L’opinion que Messieurs les médecins ordinaires ont exprimée dans leur Mémoire me paraît si juste et si conforme à la série des symptômes qui se sont manifestés successivement dans cette maladie , qu’il suffît d’en rassembler et d’en peser toutes les circonstances pour établir la preuve de leur sentiment. De toutes les causes auxquelles les coliques habituelles de M. le Consultant peuvent être attribuées , il n’y a réellement que deux principes que l’on puisse y découvrir , et qui concourent d’une manière évidente h leur production. Le premier de ces principes est une irritation spasmodique fixée sur toute l’étendue du système digestif, et que la constitution naturellement sensible du malade et ses travaux habituels de cabinet ont dû entretenir. Cet élément est suffisamment démontré par le caractère nerveux de ces coliques , par leur marche sous forme d’attaques ou d’accès , par îa circonstance d ê!re précédées d une douleur vive sur
la colonne vertébrale autour de la sixième vertèbre du dos; par les vomissemens dont elles s accompagnent et qui les terminent; par la concentration et la lenteur du pouls , par l’oppression subite des forces qui semblent menacées d’une prochaine destruction ; enfin par les heureux effets des antispasmodiques et de l’opium dans la plupart des attaques.
Le second élément qui concourt à la production de cette maladie , consiste dans une faiblesse relative du foie et de tout le système hépatique , qui a décidé quelques engorgemens partiels dans le tissu de cet organe , et une sorte d’embarras dans 1 écoulement de la bile. L’existence de cet élément ne peut être contestée , d’après la douleur plus ou moins vive du foie , qui précède et accompagne les accès de colique; d’après la sensation sourde et pénible que le malade rapporte constamment à la région du foie; d après la faiblesse de cet organe , qui paraît être nereditaire dans la famille de M. le Consultant; d après les évacuations de matières jaunes et bilieuses qui ont souvent amené la solution des attaques , et qui dissipent la douleur du foie lorsqu’on les provoque au moyen
des purgatifs.
C’est contre ces deux principes réunis qui déterminent le retour des accès de colique, que seia
dirigée la méthode de traitement que nous allons
prescrire.
i°. M. le Consultant prendra journellement quatre verres d’une tisane composée avec une once de racine
de saponaire et de racine de chiendent, qu'il fera bouillir dans une pinte d’eau jusqu’à réduction d’un tiers , et dans laquelle il fera dissoudre deux gros de sel de tartre. Il pourra substituer de temps en temps à cette boisson l’eau de veau ou de poulet. Monsieur prendra en outre tous les matins six onces de sucs d’herbes 9 mêlés avec trente grains de terre foliée de tartre. On devra suspendre par intervalles l’emploi de ce remède.
2®. Monsieur fera un usage fréquent des bains tièdes , dont la durée sera d’une heure chaque fois; il prendra ces bains tous les jours ou tous les deux jours , suivant que ses forces pourront le lui permettre. En sortant du bain, il se fera faire des frictions sur toutes les parties du corps , et principalement sur la région du bas-ventre , soit avec une brosse très-douce , soit avec la flanelle d’Angleterre. Tous les mois M. le Consultant se fera appliquer quatre sangsues à la marge de l’anus.
5°. Il importe que le malade se tienne le ventre habituellement libre , et qu’il se procure des évacuations faciles. Dans cette vue , il prendra souvent de petites doses de laxatifs doux , comme la pulpe de casse ou de tamarin , à la dose de deux ou trois gros. Mais un des moyens les plus propres à combattre les spasmes abdominaux, c’est l’usage, répété deux fois par jour, de demiîavemens composés avec une décoction de bouillon blanc, de jusquiame, de mercuriale et de pariétaire.
On fera prendre aussi avec la même décoction des bains tièdes , et l’on tiendra appliqué sur l’abdomen ,
pour calmer l’irritation habituelle de cette partie, Un épithèine composé avec l’onguent d’althéa , l’hüile de lis blanc, Fhuile de camomille et le blanc de baleine. On pourra remplacer de temps en temps cette application par un emplâtre que Ton appliquera sur l’épigastre , et qui sera composé comme il suit :
y, Thériaque. une once.
Camphre. .......... dix grains.
Baumé du Pérou. ....... quant, suffis.
Mêlez exactement ensemble.
4°. Le second point du traitement méthodique aura pour objet de rétablir les fonctions du système hépatique, et de procurer a la bile un écoulement convenable. On obtiendra Ce double effet * i°. en faisant prendre de temps en temps l’ipécacuanha à doses médiocres , de manière à ce qu’il détermine deux ou trois vomissemens; 2°. en usant habituellement de sels tartareux apéritifs avec les sucs d’herbés et le petitdait t 5°. en purgeant quelquefois le malade avec des eaux minérales salines et sulfureuses.
6*. Dans la vue de résoudre les embarras qui existent dans le système biliaire , et de combattre en même temps l’affection nerveuse des organes digestifs , M. le Consultant se soumettra aussi à l’usage des pilules suivantes , dont il prendra d’abord deux matin et soir, et dont il augmentera successivement la dose d’une pilule tous les trois jours, jusqu’à ce qu’il l’ait portée à celle de cinq pour chaque prise.
% Feuilles d’aconit en poudre, vingt grains.
Extr. de jusquiame blanche. vingt-quatre grains.
Extrait de douce-amère. . un gros.
Mercure doux. vingt grains.
Camphre. quinze grains.
Mêlez ; faites des pilules de quatre grains.
Pendant la durée des attaques de colique qui amènent des accidens graves , Monsieur prendra quelques gouttes de liqueur minérale anodine d’Hoffmann » d’éther sulfurique et de teinture de castor , dans un verre d’eau fraîche; ou bien quelques cuillerées de la potion antispasmodique suivante ;
% Eau de camomille de menthe. .
Liqueur minérale d’Hoffmann. demi-gros.
Teinture de mille-feuilles. . . un gros.
Sirop diacode. ........ demi-once.
6e. La nourriture de M. le Consultant devra êtreprise du régime végétal et des viandes blanches ; il rejetera tous les alimens échauffans ou indigestes , les ragoûts épicés , les corps gras , tels que le beurre et le fromage, les boissons spiritueuses , le café, etc. Son régime se composera des viandes de poulet et de veau , du poisson de rivière , des herbages mucilagineux , tels que les épinards , la chicorée et les plantes potagères , et de vin vieux sec , toujours coupé avec deux tiers d’eau. Monsieur devra faciliter le travail de la
| aa trois onces.
digestion en prenant un exercice modéré à pied ou à cheval après ses repas; il se livrera beaucoup moins qu’il ne fait aux travaux de cabinet » et il devra se procurer, autant qu’il sera» en lui, des distractions agréables.
Délibéré , etc.