‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 64 sur 83 · CONSULTATION LV · texte numérisé non relu

CONSULTATION LV

Hémiplégie survenue à la suite d’une apoplexie .

Le malade pour lequel on nous consulte est âgé de quarante-trois ans; il a un tempérament sanguin et bilieux , il est issu d’un père et d’une mère qui sont morts apoplectiques , il offre lui-même tous les caraG < tères d’une disposition naturelle à cette maladie. Ayant mené une vie fort tranquille jusque vers la fin de 1 8o5 , il s’est livré depuis aux occupations du barreau , qui lui sont devenues très-pénibles , parce qu’il n’avait pas l’habitude du travail*

Après avoir éprouvé deux attaques de fièvre bilieuse inflammatoire » il fut atteint d’une légère apoplexie il y a près de vingt mois , par suite de laquelle il perdit la faculté de parler et de mouvoir le bras droit. Une fièvre semblable aux précédentes survint , et le malade guérit de ses infirmités.

Au mois de septembre dernier , le malade a éprouvé deux nouvelles attaques d’apoplexie qui ramenèrent les mêmes symptômes. Des évacuations bilieuses procurées par de doux purgatifs dissipèrent encore les accidens. Mais le 29 décembre le malade a été frappé d’apoplexie pour la quatrième fois * et cette nouvelle

attaque a décidé l’hémiplégie complète du côté droit , 1 affaiblissement du cerveau , la perte de la parole , et la paralysie du gosier et du tube intestinal : les saignées, l’émétique , les excitans, les révulsifs, enfin les toniques 5 ont été employés vainement contre cet état ; l’affection paralytique subsiste, et quoiqu’il y ait quelque amélioration du côté de l’action musculaire, il existe toujours une altération profonde des facultés intellectuelles , qui n’a pas du tout diminué.

L'histoire de celte maladie, indique chez le sujet une disposition héréditaire aux affections les plus graves du cerveau. Cette disposition a été fortifiée par la vie sédentaire du malade , et par les travaux de l’esprit à une époque de la vie où le défaut d’habitude les rendait pénibles. Les fièvres aiguës que le malade a éprouvées ont dû contribuer à affaiblir le système des forces, quoique d’ailleurs leur résultat ait été avantageux sous le rapport de la guérison des aceidens paralytiques que l’apoplexie avait occasionés.

On a malheureusement à présumer ici une altération profonde du cerveau , sur laquelle les secours de la médecine ne peuvent avoir qu’une bien faible influence; mais il y a d’autres circonstances qui concourent à entretenir celte maladie, et qui peuvent être combattues. Peut-être aussi sera-t-il oossible de diminuer , par un traitement soutenu , la gravité des accidens que la dernière attaque d’apoplexie a laissés, et d’empêcher qu’il ne s’établisse des fluxions ou des congestions d’humeurs après elle. Dans l’état actuel

des choses , le traitement doit avoir pour objet , i°. de prévenir l’établissement de nouvelles congestions sur

le cerveau ; d'exciter l’action des forces motrices

dans les parties paralysées ; 5°. de tortiller toute la constitution , en tâchant de ranimer particulièrement l’action du système nerveux. Les révulsifs , les excitans et les nervins toniques , fournissent les moyens de remplir cette triple indication.

i°. On fera des frictions sèches sur les extrémités inférieures , et après chaque friction le malade prendra un bain de jambes dans de l’eau tiède « à laquelle on aura mêlé une poignée de graines de moutarde en poudre. On aura soin d’entretenir la liberté du ventre par l’usage journalier des lavemens d’eau pure ; on rendra de temps en temps ces lavemens laxatifs , en les composant avec une décoction de mauve, de camomille et de fleurs de rhue, dans laquelle on mêlera une once de sirop de nerprun. On procurera par intervalles des évacuations au moyen des purgatifs toniques , comme l’infusion de rhubarbe et la dissolution des sels neutres dans un véhicule abondant; et si, malgré cela, l’estomac vient à se charger de matières muqueuses , il faudra les évacuer par l’émétique.

Une méthode avantageuse pour détourner les mouvemens fluxionnaires de la tête , est d’exciter en même temps toutes les excrétions. Les diaphoniques et les diurétiques seront employés utilement dans cette vue ; mais il importe de choisir parmi les diaphoniques

ceux d une activité modérée , et d’en surveiller l’application , afin de les supprimer s’ils viennent à échauffer. On pourra remplir les différentes vues que nous venons d’exposer , en donnant pendant quelques jours des pilules composées d’aîoës , de myrrhe et de galbanum ; puis un gros de sel de corne de cerf dans les eaux distillées de lavande et de romarin; ensuite une infusion de sassafras et de gayac , dont

1 effet sera soutenu par quelques amers pris tous les matins.

2 . Pour fortifier tout le système, on insistera sur les frictions faites avec des linges échauffés et chargés de vapeurs d’encens et de succin , sur les épaules , sur les hanches et sur l’épine du dos. Les douches avec une dissolution de sel ammoniac seront utiles pour relever le tondes parties affectées. Nous recommandons encore des frictions sur les membres paralysés et Je long de l’épine dorsale avec un liniment composé ainsi qu’il suit :

Onguent populéum.

Poudre de cantharides

Alcali volatil .....

une once, trente grains, un scrupule.

Ce liniment pourra être employé alternativement avec le suivant :

Sf, Huile essentielle de romarin. . . quatre onces. Eau de la reine de Hongrie.. . . huit onces. Savon de Starkey demi -once.

Camphre deux gros.

Teinture de cantharides demi-gros.

Le malade boira tous les jours plusieurs tasses d’une infusion faite avec le romarin , l’écorce d’orange et la gentiane ou la petite centaurée. Les fleurs d’arnicamontana en poudre , à la dose de dix à quinze grains , dans une infusion aromatique , sont un des stimulans du système nerveux les mieux appropriés à son état. Cette dose sera répétée cinq ou six fois par jour. Si le malade recouvre l’usage de ses jambes et qu’il puisse marcher, on lui fera faire chaque jour un peu d’exercice , et l’on prescrira de temps en temps quelques bains domestiques , de manière cependant à ne pas trop l’affaiblir.

5°. Mais si les excitans prescrits au paragraphe précédent n’ont point le succès désiré , on devra tenter les douches faites avec de l’eau très- chaude ; on aura recours aussi aux applications de vésicatoires et à l’électricité.

Les eaux de Balaruc conviennent au malade sous divers rapports ; il serait bon qu’il s’y rendît dans la belle saison, et qu’il prît ces eaux d’abord intérieurement , et ensuite en bains et en douches. Les bains seront pris à la température de trente -six degrés, et seront continués pendant un espace de temps que leur effet déterminera. Le jour du bain , on fera des douches peu fortes sur la tête , et de plus fortes sur les parties affectées, principalement sur le trajet de

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