CONSULTA TIONS
CONSULTATION LÏV.
Fièvre intermittente prolongée .
La jeune dame pour laquelle on nous consulte est âgée de vingt ans ; elle est d’une constitution faible , d un tempérament nerveux, et très-sensible. Quoique bien conformée en général , elle a cependant la poitrine un peu étroite; le son aigu de sa voix a fait soupçonner chez elle une certaine délicatesse des poumons. Elle a été sujette aux érysipèles pendant son enfance; elle en porte même les traces sur quelques parties du corps. s
Madame s’est mariée à l’âge de dix-sept ans , lorsque sa constitution n’avait pas encore acquis toute sa force. Les premiers temps de son mariage furent pénibles , par le chagrin qu’elle éprouva en s’éloignant de sa famille. Madame n’a pas eu d’enfans , mais on présume qu’une perte en rouge qu’elle éprouva il y a deux ans , fut suivie de l’expulsion d’une masse charnue , qui pouvait être regardée comme l’effet d’une
fausse couche. Cette perte en rouge dura quelque temps; elle fut remplacée par une perte blanche , qui n’était ni considérable ni constante.
On a toujours remarqué chez Madame une facilité très-grande à s’enrhumer; heureusement, tous ses rhumes se dissipent en peu de temps et n’ont aucune suite fâcheuse. Une fièvre d’accès légère attaqua Madame l’hiver dernier; elle s’accompagnait de toux et de maux de tête incommodes; elle dura l’espace d’un mois et conserva le type quarte jusqu’à la fin. L’approche du printemps guérit cette fièvre: Madame en fut exempte pendant une vingtaine de jours; mais depuis elle en a éprouvé une nouvelle attaque , et cest en quoi consiste principalement aujourd’hui la maladie pour laquelle on nous consulte.
La fièvre dont il s’agit a marché en tierce depuis son retour. Ses accès sont réguliers , ils viennent tous les deux jours à midi ; ils commencent et finissent par une chaleur très-intense , qui n’est précédée ni suivie de frissons. La malade a maigri , elle est très-faible , elle a une perte blanche habituelle , mais le cours naturel des règles n’est point dérangé. Les remèdes qu on lui a prescrits se réduisent au quinquina , donné à très-petites doses , au lait d anesse , et à l’ipécacuanha qu’on a fait prendre une fois pour exciter le vomissement.
Ce tableau raccourci de la maladie , qui nous a été tracé de mémoire par le mari de madame la Consultante , ne peut , si 1 exposé en est exact , laisser aucune
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inquiétude sur la nature de cette affection* L'extrême sensibilité du système nerveux , et la réaction de ce système sur celui de la circulation , olfrent les seules causes présumables auxquelles ou puisse rapporter immédiatement la lièvre habituelle dont Madame est affectée. On conçoit, en effet, que sur une constitution faible , délicate et sensible , l’action des nerfs excitée par les moindres circonstances , peut influer sur le système sanguin , et non-seulement déterminer des mouvemens fébriles divisés par accès , mais entretenir ces mouvemens plus ou moins longtemps par l’effet de l’habitude. En nous dirigeant d’après cette idée, nous sommes conduits à reconnaître que la maladie de Madame résulte d’une action trop vive du système nerveux , et d’une faiblesse générale de la constitution ; et si l’on se rappelle que Madame fut autrefois sujette aux affections érysipélateuses , on sera fondé à croire qu’un vice humoral , tel que l’altération bilieuse, peut entrer aussi comme principe secondaire dans la .formation et le renouvellement des accès de cette fièvre. On ne trouve d’ailleurs , parmi les symptômes qui la caractérisent, aucune raison de soupçonner qu’elle dépende d’une lésion organique de quelque viscère important comme le poumon, puisque si cette fièvre était liée à une lésion semblable , elle aurait déjà le caractère des fièvres lentes , avec lesquelles elle n’a aucune ressemblance, ni quant à la nature des symptômes , ni quant à l’ordre de leurs
mouvemens.
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L objet du traitement de cette fièvre doit être, i°. de modérer 1 action excessive du système nerveux et de la sensibilité; 2°. de rétablir les forces de la constitution; 5°. de réprimer la disposition générale aux mou vemens fébriles; 4°* comme indication accessoire et secondaire , de favoriser l’écoulement de la bile.
i°. Madame commencera tout de suite à user de quelque boisson tempérante, comme l’eau de poulet, l’eau de veau , l’eau de laitue ou le petit-lait , dont elle prendra chaque jour trois ou quatre verres à quelques heures de distance* les uns des autres. On fera infuser dans le premier verre trois ou quatre feuilles d’oranger, et une forte pincée de fleurs de tilleul; on ajoutera au second une once de suc de chicorée , et autant de suc de cerfeuil et de laitue. Les deux autres verres seront pris sans aucune addition.
2 . Le soir, au moment du coucher, Madame prendra une émulsion préparée avec les quatre semences froides , dans laquelle on aura fait dissoudre huit grains de camphre , quinze grains de nitre , et à laquelle on associera une once de sirop de nymphéa. On continuera longtemps ces combinaisons de camphre et de nitre sous celte forme ou sous telle autre , parce qu’elles fournissent un des moyens les plus efficaces pour modérer la disposition fébrile, surtout lorsqu’elle paraît dépendre de l’influence vicieuse du système nerveux.
3°. On tâchera de rompre la disposition aux accès fébriles, en faisant prendre chaque jour un bain de
si éçe dans de l’eau tiède , ou dans une décoction émoiiiente , jusqu’au nombril. Madame ne restera que peu de temps dans ce bain. La durée plus ou moins longue en sera déterminée d’après Fétat des forces.
4°. Si les forces le permettent , Madame prendra encore un bain de jambes , à l’eau tiède , quelques heures avant de se coucher; mais il convient de n’insister sur ce second moyen que lorsqu’on aura éprouvé les forces de Madame » qui dans ce moment ne pourraient peut-être pas suffire à 1 action de deux bains chaque jour.
5°. On entretiendra la liberté du ventre par des lavemens répétés , qui seront composés avec une décoction émolliente, et que l’on pourra de temps en temps rendre antispasmodiques et nervins en y mêlant un peu de décoction de valériane sauvage, et une petite quantité d’huile de camomille camphrée. Ces derniers laveinens devront être donnés seulement à demi-seringue.
6°. On fera sur toute l’habitude du corps des frictions légères avec de la flanelle sèche , que l’on trempera ensuite dans une teinture antispasmodique faîte avec une dissolution de demi-gros de camphre et dix grains d’opium dans cinq ou six onces d’une forte teinture spiritueuse de quinquina.
70, Lorsqu’on aura employé les remèdes ci-dessus pendant une dixaine de jours , on attaquera plus directement la fièvre par des moyens qui agissent en même temps et contre le principe nerveux , et contre l’acte fébrile lui-même : Fadmimstration du quinquina com-
biné avec les opiacés remplira cette double vue. Ou prescrira d’abord, dans l’intervalle apyrétique , la mixture suivante :
% Quinquina rouge pulvérisé. . . . une once.
Valériane en poudre trois gros.
Mêlez, et versez sur ce mélange une livre d’une décoction bouillante de deux têtes de pavot. Faites infuser; passez. Ajoutez à la coîature une once de sirop diacode.
On donnera demi-once de cette teinture trois fois par jour. Si la fièvre résiste à ce remède, mais qu’il y ait néanmoins une amélioration dans l’état de la malade, il faudra employer la combinaison directe du quinquina en suostance et de l’opium , suivant les proportions que les circonstances détermineront, et qui seront appréciées par M. le médecin ordinaire.
La plupart de ces moyens sont, également indiqués par l’état de faiblesse, ils serviront à rétablir les forces ; seulement on pourra augmenter leur effet par l’administration graduée de quelques autres toniques et analeptiques , comme la conserve d’énula campana l’extrait de quinquina et de gentiane, les martiaux, un bon régime , etc.
S . Afin d empêcher 1 action de i burnous* bilieuse qui peut xoncourir à i’enireiien de l’état fébrile, if est essentiel que la malade bannisse de son régime et de son ti alternent les alimens gras et onctueux, les différentes espèces de fromage , et qu’elle se nourrisse
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autant qu’il sera possible d’aiimens tirés des végétaux. Les plantes potagères et chicoracées , les fruits acidulés, formeront les bases principales de son régime» Le lait d’ânesse ou tout autre ne saurait convenir qu’à la fin du traitement , pour relever les forces ; encore serait-il indispensable alors de le mêler avec l’infusion de quinquina. Si l’indication d’évacuer la bile se prononçait évidemment , on aurait recours à des laxatifs appropriés , tels que les tamarins, la crème de tartre , le sulfate de magnésie, la rhubarbe, etc. Les eaux minérales de Gransac ou celles de Vichy pourront être utiles dans cette dernière partie du traitement.
Délibéré, etc.