B E M É B I C IN F
morrhagies fréquentes . l’irrégularité des règles , les douleurs abdominales, indiquent une irritation grave fixée sur la matrice , qui réagit sympathique ment sur toute l’économie , et contribue singulière-
ment à augmenter l’extrême sensibilité de la malade.
Le troisième principe qu’on a soupçonné chez Madame n’est pas aussi facile à démontrer que les deux précédens. Il y a sur l’existence de l’affection vénérienne une obscurité que la vue même des parties malades n’a pu dissiper. On aperçoit bien un peu de phlogoseaux grandes lèvres et à l’orifice du vagin; on voit l’ouverture de l’anus rouge et enflammée ; on découvre enfin un prolongement de la membrane du rectum , que l’on serait tenté de prendre pour une excroissance vénérienne ; mais aucune de ces affections ne porte un caractère vénérien bien décidé. D’abord l’espèce d’inflammation qu’on remarque à l’intestin rectum et au vagin ne présente pas l’aspect d’une inflammation vénérienne, qui, pour l’ordinaire, n’a pas la vivacité et la rougeur de celle-ci; ensuite on n’observe sur ces parties ni ulcération , ni dureté, ni suintement de matières muqueuses ; il est vraisemblable d’ailleurs que les symptômes dont il s’agit se seraient aggravés et auraient produit bien d’autres ravages, s’ils provenaient d’une carnse vénérienne. Enfin le rétrécissement du rectum et le prolongement de sa membrane ne sont pas deux choses absolument liées au principe vénérien ; elles peuvent être l’effet d une cause qui , eût-elle été vénérienne
5 Go
dans le temps , a pu établir ces vices organiques sans qu’elle continue d’exister.
Ces considérations nous conduisent à. reconnaître dans la maladie de Madame deux affections bien démontrées , et une troisième affection dont le caractère laisse trop d’équivoque pour établir sur elle les in * dications du traitement. L’affection du système nerveux et la lésion de la matrice offrent donc les deux élémens contre lesquels les moyens curatifs doivent être spécialement dirigés , et ils fourniront seuls les premières vues de notre méthode de traitement. On ne s’occupera que plus tard de l’affection vénérienne, et seulement dans le cas où les signes maintenant équivoques de cette affection viendraient à se manifester plus clairement.
i°. Sons le rapport de l’affection nerveuse, il faut adopter une méthode mixte , qui , fondée sur l’usage combiné et alternatif des tempérans et des toniques , combatte tour à tour l’irritation et la faiblesse qu’on voit dominer successivement dans cette maladie.
Dans l’état actuel , il importe de commencer par l’usage des adoucissans et des relâchans. Les bains tièdes continués pendant plusieurs jours , les frictions avec une décoction émolliente , l’eau de poulet , le petit lait , une boisson mucilagineuse , et un régime léger, composé de viandes blanches et de plantes potagères , doivent faire la base de ce traitement. Le petit-lait pourra être mêlé avec l’infusion d’hypericum ou celle de caille-lait jaune. Chaque matin »
DE MEDECINE. 3^ j
Madame prendra un bol composé de dix grains de poudre tempérante de Stahl dans un pende mucilage de gomme; le soir, on lui donnera une émulsion faite avec les quatre semences froides, et une dose médiocre de sel de nitrc ; nous recommandons aussi l’usage des lavemens composés avec une décoction de plantes émollientes.
2°. Lorsque l’irritation générale sera un peu calmée, on s’occupera plus directement de l’affection de la matrice. On fera prendre alors à la malade des bains de siège dans une décoction de jusquiame, de morelle et de grande joubarbe ; on lui fera des injections dans le vagin avec la même décoction , et
on la soumettra à l’usage des pilules suivantes :
2/ Extrait de velvotte. . . . . , . demi-gros.
Extrait de jusquiame blanche. . vingt grains.
Poudre d arnica- montaina, . . . quinze grains*
Faites des pilules de trois grains. La dose sera d’une pilule chaque jour.
5°, Du moment ou cette méthode tempérante aura décidé les signes d’un trop grand relâchement , il faudra la remplacer par des remèdes pris dans une classe opposée : les bains froids , les frictions sèches , les fumigations de plantes aromatiques, l’infusion de quinquina seule ou coupée avec le lait, pourront trouver une place avantageuse dans cette période du traitement. On donnera , par exemple, à Madame, trois ou quatre fois par jour , deux cuillerées d’une
Un
teinture préparée en versant la décoction bouillante d’une tête de pavot sur un mélange de demi-once de valériane en poudre , deux gros de quinquina pulvérisé et une once de racine d’énula campana, qu’on laissera infuser pendant l’espace de dix heures. Dans le même temps on fera prendre de petites doses d’opium et de camphre , auxquels on ajoutera quelques grains de magistère de bismuth; par exemple , un bol dans lequel on fera entrer un grain d’opium , deux grains de camphre , et autant d’oxide de bismuth. Les feuilles d’oranger , les fleurs de camomille , les racines d’énula-campana serviront à préparer les boissons de Madame.
De ces remèdes toniques on reviendra au bout de quelque temps à ceux de l’article précédent , avant que des signes d’irritation ne commencent h se manifester de nouveau.
Si l’extrême susceptibilité de l’estomac de la malade formait un obstacle à l’introduction des médicamens par cette voie ., on aurait recours à la méthode d’absorption pour les introduire. Les frictions sur les bras , les cuisses , la colonne épinière et le bas-ventre , avec une teinture antispasmodique composée de vingt grains d’opium et demi - gros de camphre dans huit onces de teinture spiritueuse de quinquina , pourraient remplir cette indication; On devra également appliquer sur le bas- ventre des linges trempés dans la même teinture; et si les douleurs d’estomac continrent , onplaeerasurla région épigas-
trique un cataplasme (ait avec les feuilles de ciguë et de jusquiame triturées, ou bien un emplâtre de thériaque , de casioréum et de baume du Pérou.
Les bains de Barèges pourront convenir à Madame relativement à l’état de la matrice; mais si elle adopte ce parti, il faudra qu’avant d’en user ( ce qui ne pourrait avoir lieu que l’année prochaine ) „ elle s’arrête quelque temps ù Saint-Sauveur dont les eaux sont moins stimulantes , et qu’elle y prenne quelques bains.
5°. Si , après ce double traitement, les symptômes d’affection vénérienne se prononçaient davantage , on aurait la preuve de la nécessité des remèdes antivenériens , dont l application réussirait d’autant mieux que Madame y serait préparée. Les méthodes préférables dans ces sortes de cas me paraissent être l’ap plication du caloméîas sur l’intérieur des gencives , des lèvres et du vagin , ou bien l’emploi du rob antisyphilitique , ou de la tisane de Feltz réduite à l’état sirupeux , ou la combinaison de la panacée mercurielle avec l’extrait d’aconit et le rob de sureau.
Le régime de Madame devra être modifié suivant les deux périodes du traitement : il sera tantôt adoucissant et léger , tantôt analeptique et fortifiant. Madame évitera la solitude , fuira la vie sédentaire , recherchera les distractions de la société , et bannira de ses lectures celles des livres de médecine , qui la ramènent sans cesse au sentiment de ses maux.
Délibéré, etc.