CONSULTATION LVII
Engorgement et douleurs des jambes 9 succédant
à un asthme nerveux.
Madame h Consultante a passé l’âge de 70 ans ; elle est d’une constitution éminemment nerveuse; elle a éprouvé toute sa vie des maux de nerfs qui s’accompagnaient d’une foule de symptômes aussi nombreux que variés : ces attaques présentaient les circonstances les plus extraordinaires, et elles se sont reproduites avec la même intensité jusqu au moment où Page critique pour les femmes a déterminé une révolution dans son tempérament. A ces attaques près , Madame jouissait d une santé robuste , et la force de son esprit répondait à celle de son corps. Elle n’a commencé â se sentir véritablement incommodée que dans ces derniers temps , où le principe de ses affections nerveuses a paru changer de caractère.
La constitution nerveuse de Madame a vraisemblablement été la principale cause de l’espèce d’asthme qui la tourmentait, et dont elle se trouve maintenant débarrassée. Mais depuis la suppression de cet asthme, il
s’est développé une douleur considérable dans les jambes, avec engorgement, irritation, faiblesse locale, sans que le reste du système paroisse affecté. La respiration est devenue entièrement libre ; il n’y a que les jambes, sur lesquelles toute l’affection s’est portée , dont Madame ne conserve plus le libre usage. Elle n’éprouve du soulagement dans ces parties que lorsque la respiration est gênée de nouveau.
Il suit de cet exposé que Madame a été sujette pendant long-temps , par l’effet d’une disposition constitutionnelle , à des maladies nerveuses qui ont pro« duit habituellement des accidens spasmodiques , et qui se sont tour à tour présentées sous la forme de vapeurs, sous celle de convulsions , sous celle de l’asthme, sous celle des douleurs, etc. Les autres symptômes ont été suspendus tant que l’asthme a dominé ; mais l’asthme ayant cessé , la même irritation nerveuse s’est fixée sur les jambes, où elle a depuis excité des douleurs vives, et attiré des fluxions d’humeurs qui ont occasioné l'engorgement des extrémités inférieures. La cessation soudaine de l’asthme, et son remplacement par une douleur fixée sur les jambes , attesterait le caractère nerveux de cette première maladie , quand même ses phénomènes propres et la connaissance du tempérament de Madame ne nous en auraient pas donné la preuve.
La situation actuelle de la malade présente trois indications principales qui sont : i°. de calmer l’irritation nerveuse constitutionnelle et d’en combattre
successivement les symptômes ; 2°. de dissiper îa douleur des jambes et de détourner le mouvement fluxionnaire qui se porte sur ces parties ; 5°. de s’opposer en même temps au renouvellement de l’asthme et au retour de ses accès.
i°. Quoique l’âge ait dû apporter du calme à l’irritation du système nerveux chez Madame , il sera nécessaire de combattre cette disposition par un régime et des remèdes tempérans appropriés. 11 faut que Madame se nourrisse d’alimens légers , d’une bonne qualité et d’une digestion facile. Elle s’abstiendra de toute nourriture échauffante; épicée, flatueuse. Elle se privera des liqueurs et du café , ou du moins elle n’en usera qu’avec beaucoup de modération. Il convient d’entretenir la plus grande liberté du ventre et de toutes les excrétions : Madame prendra de temps en temps des lavement» composés avec des herbes émollientes, surtout lorsqu’elle sera menacée de constipation; mais elle n’en viendra aux purgatifs que dans une extrême nécessité; encore faudra-t il alors qu’on les choisisse parmi les purgatifs acidulés , comme serait une limonade composée avec quelques tranches de citron , et dans laquelle on ferait entrer unç once de crème de tartre soluble pour environ cinq verres de limonade.
L’exercice en voiture à la campagne , les frictions sèches sur toute l’habitude du corps , et tous les moyens capables d’animer l’organe de la peau et de favoriser la transpiration, seront employés avantagea-
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semerit dans les mêmes vues. À cet effet. Madame fera bien de se vêtir avec une camisole de flanelle , qu’elle appliquera immédiatement sur la peau. Si l’âge et les forces de Madame le permettent, elle fera un usage fréquent des bains domestiques pris dans l’eau tiède , ou du moins des bains de siège dans quelque décoction émolliente , comme dans Geîle de pariétaire , de grande joubarbe , etc. On lui fera prendre de temps en temps pour boisson ordinaire de l’eau de poulet ou de l’eau de veau, dans lesquelles on aura fait infuser quelques feuilles d’oranger et des fleurs de camomille romaine.
2°. On s’efforcera de calmer les douleurs et de résoudre les fluxions établies sur les extrémités inférieures , par l’emploi des antispasmodiques et des cal mans à l’intérieur ou à l’extérieur , et par le moyen des révulsifs propres à rompre les spasmes et les mouvemens fluxionnaires qui entretiennent l’engorgement des jambes. On frottera les parties souffrantes tantôt avec un mélange d’éther vîtriolique , de laudanum liquide et de baume du Pérou , tantôt avec l’huile de ver, à laquelle on aura mêlé une suffisante quantité de camphre et d’opium convenablement dissous. Indépendamment des antispasmodiques ordinaires , tels que ia liqueur minérale anodine d’Hoffmann , la tein lure de succin , le castoréum , mêlés avec les sirops diacode ou de karabé dans les eaux de tilleul et de menthe, on choisira de préférence , dans cette même classe de remèdes , ceux qui possèdent la plus grande