‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 76 sur 83 · OBSERVATION XVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVII

Rhumatisme chronique .

Un militaire, âgé de trente-six ans, né h. Grenoble , d’un tempérament sanguin , d’une constitution vigoureuse, accablé par les fatigues de la guerre, ayant habité des lieux humides , fut, après la bataille d’Austerlitz, affligé d’un rhumatisme dans les extrémités inférieures. I! souffrait depuis douze ou quinze mois , lorsqu’il fut conduit à l’hospice.

Le malade avait mené jusqu’alors une vie pénible; il s’était livré sans ménagement à l’usage du vin , de l’eau-de-vie et des femmes. Il était d’un caractère violent, susceptible de fortes passions , et disposé naturellement aux affections inflammatoires.

Il n’y avait point eu de maladies graves dans sa famille; et à l’exception de quelques maladies vénériennes traitées avec soin , il avait lui -même constamment joui d’une bonne santé.

Les extrémités inférieures étaient seules affectées : la tête , le tronc et les membres supérieurs se trouvaient dans l’état naturel. Aucune lésion dans l’exer-

cice de la sensibilité et des organes des sens : chaleur naturelle dans les parties non affectées , mais chaleur intense avec alternatives de froid dans les parties malades; couleur de la peau rouge et animée , mouvemens irréguliers de fièvre , sécheresse et rigidité de la peau , transpiration difficile , sueurs épaisses , abondantes , à l’extrémité du tronc et à la face interne des cuisses; douleurs déchirantes fixées sur le bassin, les cuisses, les jambes et les pieds. Ces douleurs sont plus vives en .«e rapprochant du talon et de la plante du pied ; elles empêchent le mouvement de ces membres; le malade ne peut faire un pas sans s’aider de deux béquilles.

Les jambes sont retirées vers les cuisses, les tendons des muscles fléchisseurs de la jambe sont durs et saillans; la station est impossible ; et lorsque le malade veut s’appuyer sur ses jambes , il y éprouve des mouvemens convulsifs qui le font vaciller.

Les articulations des genoux sont tuméfiées ; il y a de l’amaigrissement dans les jambes et surtout dans celle de gauche.

Les divers traitemens employés contre cette maladie dans les divers hôpitaux n’ont été suivis d’aucun succès : le mal s’est exaspéré chaque jour au lieu de diminuer.

Cet ensemble de symptômes laisse entrevoir dans cette maladie trois affections distinctes : i°. l’affection rhumatismale essentielle , qui a été la cause et le principe des deux autres; 2°. une disposition inflam-

matoire , qui se lie au tempérament du malade et qui est indiquée par le caractère de la maladie principale; 5*. la douleur , qui se montre tantôt dominante, tantôt faible.

Le traitement de cette maladie devait combattre ces affections Tune après l’autre, selon qu’elles paraissaient plus essentielles et plus dominantes. La disposition inflammatoire étant celle qu’il importait le plus d’écarter , on commença le traitement par les moyens propres à la dissiper.

Entré à l’hôpital au commencement de mars, le malade fut purgé , le 10 , avec une dissolution de sel végétai dans une légère infusion de follicules de séné. Le 1 1 , il fut mis à l’usage d’une tisane émulsionnée ; on lui donna le soir un julep avec le camphre et le sel de nitre.

Le 12, application de huit sangsues à la partie interne de chaque cuisse ; tisane d’orge et de saponaire miellée , lavemens.

Le i4, application de quatre sangsues autour de l’articulation de chaque genou : même boisson , même julep. Le gonflement des genoux augmente , les douleurs deviennent plus vives , il survient un mouvement de fièvre.

Le 1 5, le 1 6 et le 17, diminution des alimens, boissons émulsionnées, addition d’une demi-once de sirop diacode au julep camphré et nitré.

Le 18, les douleurs semblent se diriger vers l’extrémité des jambes et se fixer plus fortement sur les

pieds. Application de quatre sangsues aux malléoles , tisane de saponaire miellée : on augmente un peu la dose du camphre et du nitre.

On aperçoit moins de force et de plénitude dans le pouls. Les signes de Fétat inflammatoire disparaissent , mais la douleur persiste; elle offre même plus d'intensité , elle prend un caractère plus nerveux. On croit devoir insister sur les narcotiques : on prescrit d'abord trois grains de pilules de cynogîosse, matin et soir; on fait, le long des extrémités inférieures, des fomentations avec une décoction de fleurs de pavot et de feuilles de jusquiame blanche; on applique sur les articulations des morceaux de flanelle trempés dans du lait chaud où Fon a mêlé du laudanum liquide.

Le 24, on passe à l’administration de Fopium gommeux , que Fon combine avec la gomme de gayac , dans la vue d’attaquer en même temps la douleur nerveuse et Fétat rhumatismal.

% Opium gommeux. dix grains.

Gomme de gayac demi-gros.

Mêlez, faites des pilules de trois grains. Le malade en prend une toutes les quatre heures. On continue la tisane de saponaire.

Même traitement, soutenu pendant l’espace de dix jours.

Le 5 avril les douleurs diminuent, mais les autres symptômes de l’affection rhumatismale subsistent; l’appétit manque, les digestions deviennent

lentes et difficiles , la fièvre se manifeste , la langue prend une couleur jaunâtre ; il survient des envies de vomir : on prescrit deuxgrains de tartre stibié, et le lendemain de l’émétique on purge avec le sel végétal.

À dater du 8 , pâleur de la face , mollesse de la peau , état de relâchement , liberté des évacuations , douleur modérée , retour de l’appétit; mais tuméfaction articulaire , roideur des muscles et des tendons , sécheresse de l’organe cutané, mouvemens convulsifs dans les parties affectées. Boissons incisives , sel tar® tareux , potion diaphorétique avec l’antimoine et le camphre. On use pendant quelque temps de ces divers moyens ; et comme i’état nerveux se manifeste encore assez vivement par les mouvemens convulsifs et par la douleur , on choisit dans l’ordre des remèdes appropriés à l’état rhumatismal , un de ceux qui semblent le mieux convenir sous le rapport de la lésion , de la sensibilité et de la contractilité , ce qui décide l’emploi de l’extrait d’aconit. On le commence à la dose d’un demi-grain trois fois par jour, et Ton augmente cette quantité d’un quart de grain * jusqu’à ce qu’ello soit portée à deux grains pour chaque prise.

L’effet de ce remède est soutenu par l’application répétée des vésicatoires, que l’on ne laisse pas séjourner long-temps * et par les boissons sudorifiques. Le mouvement des extrémités inférieures se rétablit peu à peu , l’état convulsif cesse , la douleur se calme , il ne reste plus qu’une faiblesse locale dans les parties qui étaient le siège de l’affection. L’utilité des toni

ques est reconnue: on prescrit l’infusion d’arnica» montana , on permet un régime fortifiant, on recommande un exercice modéré. Les forces se réparent , et après trois mois de séjour dans l’hospice le malade se retire entièrement guéri.

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