DE MÉ D E G INT
celles de jusquiame triturées et réduites en bouillie. Dans les intervalles des accès ce cataplasme est remplacé par un emplâtre composé d une once de diabctanum , demi-once de thériaque , un gros d opium
et deux gros de castoréum.
Ces moyens extérieurs furent continués pendant l’espace de deux mois. Durant cet espace de temps , il y eut plusieurs attaques de suffocation que 1 on dissipa promptement par les moyens ci-dessus ; mais la malade ne cessa point d’avoir la déglutition difficile et la respiration gênée , avec une impuissance absolue de rire sans éprouver les plus fortes angoisses.
Aux symptômes ordinaires du spasme tonique se joignirent constamment ceux d’une disposition nerveuse analogue à l’état particulier des constitutions vaporeuses.
On saisit quelques momeus de calme pour faire passer des antispasmodiques à l’intérieur. Après avoir donné trois verres de petit-lait chaque jour pendant une semaine , on fait prendre un bol composé avec trois grains d’assa-fœtida, autant de castoréum , et un grain d’opium gommeux. On répète ce bol toutes les six heures en donnant un verre de petit-lait pardessus.
La malade prend quatre de ces bols sans éprouver ni bien ni mal; mais au cinquième , elle a une attaque de suffocation des plus violentes. Dans cette attaque la figure est rouge , les yeux étincelans, la bouche sèche , les lèvres brûlantes , il y a des quintes
de toux penibies , les crachats sont mêlés de sang, une hémorrhagie nasale survient au momeiït où l’attaque se termine. Le lendemain de l’attaque , application de huit sangsues au bord de l’anus. Le jour suivant ., application de huit autres sangsues à la région de 1 estomac ; et lorsqu’elles ont produit -eur efïet , on place un large vésicatoire entre le cai tilage xiphoïde et le nombril. Ce vésicatoire est entretenu pendant quinze jours: au bout de ce temps on le transporte sur la partie interne des bras, ensuite à l’intérieur des cuisses , enfin on le convertit en cautère.
Pendant cette série de traitemens externes , la malade n use d’aucun remède intérieur, si ce n’est de quelques boissons tempérantes , comme l’eau de poulet dans laquelle on fait bouillir des têtes de pavot.
On ajoute à ces divers moyens les lavemens donnés à la manière de Kempf , en composant le demi-lavement avec une décoction de racine de valériane et de fleurs de camomille , dans laquelle on fait dissoudre vingt grains d’assa-fœtida et demi-gros de camphre.
Les intervalles de calme se prolongent ; les accès s’annoncent toujours de la même manière, iis sont calmés par les mêmes moyens. On croit pouvoir essayer de nouveau le bol antispasmodique d’assafælida , d’opium et de casloréum; mais il produit encore de 1 irritation, on est obligé de le suspendre.
Les attaques deviennent plus rares; on en compte
à peine trois ou quatre dans l'espace d’un mois , tandis que la malade en avait habituellement plusieurs dans la semaine. Chaque attaque est moins longue et plus modérée; mais l’intervalle est toujours marqué par le tiraillement de l’épigastre , l’oppression , la difficulté de rire , de respirer et d’avaler.
On passe à des antispasmodiques d’un ordre différent, on donne l’extrait de jusquiame avec le camphre : on commence par un demi-grain d’extrait de jusquiame et deux grains de camphre en bols ; on donne trois de ces bols dans la journée. On augmente ensuite l’extrait de jusquiame , d’un quart de grain pour chaque prise : au bout de huit jours la dose est portée à deux grains., que l’on répète deux ou trois fois. Ce remède n’a pas les inconvéniens des autres antispasmodiques. Il n'irrite pointeau contraire, il paraît calmer. On insiste sur ce médicament et les applications extérieures pendant plusieurs mois : on vient à bout d’éloigner les attaques , de les rendre moins fortes , mais on ne peut détruire entièrement la gêne de la respiration et celle de la déglutition , ce qui semble prouver qu’outre le principe spasmodique il existe dans cette maladie une légère affection organique , qui est probablement située vers les parties du diaphragme par lesquelles l’œsophage passe de la cavité de la poitrine dans celle du basventre.
OBSERVATION IX
Manie périodique compliquée d’ asthme et de
surdité .
Mademoiselle B. , âgée de dix-huit ans, d’un tempérament nerveux-lymphatique, d’une constitution délicate et lâche , ayant la peau fine, les chairs molles, les yeux bleus , le caractère lent et timide , a été sujette dans son enfance à plusieurs maladies de la lymphe et de la peau. Née d’une mère qui fut atteinte d’une aliénation mentale vers la fin de sa vie , elle a dû porter en naissant une disposition à l’affection maniaque dont elle est attaquée.
Les premières années de sa vie se passèrent dans un état de faiblesse et de langueur extrêmes; ses nerfs paraissaient déjà singulièrement disposés à s’affecter. Elle eut quelques attaques de convulsions; mais ces attaques ne furent ni longues , ni violentes.
A l’âge de cinq ans , elle contracta la gale , et fut soumise à un traitement mal dirigé.
À l’âge de six ans elle fut inoculée : celte opération n’eut aucune suite fâcheuse. Cependant elle a eu
pendant longtemps des croûtes à la lête , des engorgemens dans les glandes du cou , quelques boutons sur la poitrine , et des dartres farineuses sur différentes parties du corps.
Vers l’âge de dix à onze ans , la malade éprouva une fièvre aiguë , qui , d’après ce qu’on nous a rapporte , paraît avoir été du genre des fièvres muqueuses. Il y eut une grande prostration des forces et une sorte d’ataxie générale du système. La convalescence fut longue. La maladie laissa longtemps après elle un tremblement incommode de la tête et des extrémités supérieures.
On a toujours observé chez la malade une tournure d’esprit singulière , l’éloignement pour la société, une disposition mélancolique , peu de goût pour les travaux de son sexe , encore moins pour les plaisirs , une espèce d’insensibilité et d’apathie pour les choses capables d’intéresser les personnes de son âge.
La malade fut réglée à quatorze ans , mais sa menstruation ne tarda pointé se déranger. G’est après quelques dérangemens semblables que se sont manifestés les divers ordres de symptômes qui ont enfin amené l’état de maladie où elle se trouve actuellement.
Les symptômes que la malade présente sont variés * ils attestent plusieurs affections. Le sens de l’ouïe s’est affaibli peu à peu : il est presque aboli maintenant d’un côté , surtout lorsque le vent du midi souffle et que la température de l’air est humide; la tête est habituellement pesante et quelquefois douloureuse;
des matières muqueuses coulent fréquemment et en abondance par les narines et par les oreilles; la physionomie porte 'l’empreinte de l’étonnement; la malade est sans cesse affectée d’inquiétudes et de craintes; elle ne se prête à aucune sensation agréable , elle recherche la solitude , se livre à des impatiences et à des emportemens qui* ne sont point motivés : elle perd de jour en jour la mémoire ; ses idées se forment avec peine , elles sont toujours confuses , incohérentes , bizarres.
De temps en temps , et à des époques qui correspondent assez régulièrement à celles des règles, le désordre de l’esprit devient manifeste ; stupeur, taeilurnité, emportement, accès de fureur , idées fausses sur les objets ordinaires de la vie , etc.
Les organes de la poitrine sont également affectés chez la malade : elle est sujette à des fluxions catarrhales interminables , à des douleurs vagues dans toute la région thoracique , h des toux fréquentes; elle crache continuellement beaucoup de matières glaireuses. A l’époque des accès de manie , elle éprouve la difficulté de respirer , l’oppression , le resserrement de la poitrine et le sifflement qui caractérise une attaque d’asthme.
Le système nerveux est sensiblement affecté; les sensations ne sont point naturelles; la malade éprouve les impressions les plus fortes par les causes les plus légères.
La chaleur est variable , tantôt fort élevée , tantôt
presque nulle; elle se distribue avec irrégularité : les extrémités sont froides , lorsque la bouche , la gorge , la poitrine et tous les viscères du bas-ventre sont brûlans; le pouls est irrégulier, plus ordinairement faible , quelquefois intermittent , presque toujours serré et concentré , pour peu que la malade éprouve quelque impression vive. •
L’action musculaire est lente; la malade répugne à tous les exercices du corps ; la marche , la danse , sont pour elle des choses pénibles.
Les organes digestifs sont en bon état; beaucoup d’appétit, les digestions faciles, les sécrétions naturelles , et l’embonpoint convenable.
Le mouvement des règles ne se fait pas régulièrement; il est le plus souvent retardé ou ralenti. On a quelque raison de croire que les organes sexuels ne manquent pas d’activité.
La peau est molle , le tissu cellulaire lâche , il s’y fait quelquefois des infiltrations séreuses; les membranes muqueuses y sont fréquemment affectées de fluxions catarrhales.
Il y a dix-huit mois que les différentes affections de la malade furent notablement soulagées par une fièvre éruptive inflammatoire qui dura une vingtaine de jours. Il est remarquable aussi que l’éruption des règles procure toujours un soulagement sensible.
Nous trouvons dans celte maladie trois circonstances principales sur lesquelles toutes les vues du traitement doivent porter. La première est relative à
l’état de la tête , qui est devenue le siège d’une fluxion habituelle dont raffaiblissement de îa tête paraît êlre le résultat : elle s’annonce par la surdité , la confusion des idées, le sentiment de crainte, l’étonnement, îa pesanteur de tête, le flux de matières muqueuses des narines et des oreilles, etc.
La seconde se rapporte à l’affection des organes pulmonaires , et des bronches , qui se présente sous forme d’asthme , et qui trouve sa preuve dans .es accès de suffocation , la dyspnée , la toux, 1 expectoration muqueuse , les fluxions catarrhales , etc. , etc.
La troisième concerne la disposition particulière des systèmes nerveux ei lymphatique, qui dérive du tempérament de la malade et à laquelle doivent se rattacher tous les symptômes de sensibilité viciée et de pléthore lymphatique dont il est facile de distinguer les séries dans le tableau général de la maladie.
La méthode de traitement doit être relative à ces trois affections. Celles de la tête et de la poitrine peuvent se combattre par les mêmes moyens.
Bains domestiques, pris chaque jour, et d’une durée proportionnée aux forces de la malade; bains de jambes dans l’eau tiède avec addition de vinaigre et de sel marin ; bains de jambes sinapises ; on fait prendre un et même deux bains semblables chaque jour. Lavemens simples , administrés tous les trois jours; de douze en douze jours, un purgatif composé avec deux gros de rhubarbe et une once de crème de tartre soluble; vésicatoire à la nuque , que 1 on change
cinq jours après pour le transporter sur le bras, et ainsi de suite de cinq en cinq jours sur différentes parties du corps.
Usage alternatif des fondans et des antispasmodiques. On donne quinze grains d'ipécacuanha en poudre pour faire vomir; on purge deux jours après avec la crème de tartre et la rhubarbe; on donne pendant vingt jours les sucs exprimés de chicorée, de cerfeuil , de fumeterre et de cresson mêlés h parties égales, à la dose de huit onces, avec vingt-cinq grains de terre foliée de tartre; on fait boire la tisane de saponaire et de douce-amère à la dose de trois ou quatre verres pâr jour. Au bout de vingt jours on commence l’usage des pilules suivantes :
Gomme de gayac demi-once.
Extrait de douce-amère. .... deux gros.
Fleurs de soufre . demi-gros.
Soufre doré d antimoine. * . . vingt grains.
Mêlez , faites des pilules de trois grains. La malade prend quatre de ces pilules le matin et le soir.
Ce remède est donné pendant cinq jours : aucun changement dans l’état de la malade. On augmente la dose d’une pilule pour chaque prise; au bout de cinq jours on Faugmente encore d’une pilule. Dans cet intervalle de dix jours, il survient une attaque de manie et d asthme des plus violentes : rougeur de la face, yeux égares, tremblement des lèvres, discours obscènes, désordre dans les idées, fièvre, prostration
des forces , anéantissement , difficulté de respirer , toux, suffocation, expectoration abondante de matières muqueuses. Cette attaque dure trois jours.
Après qu’on a usé pendant quinze jours des piluîes ci-dessus , on passe à celles de la formule suivante :
Assa-fœtida
Castoréum
Camphre. . . « . . .
Opium gommeux. . * Mucilage
deux gros, aa un gros.
vingt grains, suffis, quant.
Mêlez, faites des pilules de quatre grains. On donne trois de ces pilules à la place des précédentes; on continue leur usage pendant dix jours, après lesquels on revient aux premières, et ainsi alternativement de dix en dix jours.
Ce traitement, établi sur l’usage alternatif des fondans et des antispasmodiques, est continué sans interruption pendant l’espace de six mois. On n’observe rien de particulier dans cet intervalle; mais vers le sixième mois de ce même traitement , l’état de la malade éprouve des variations qui paraissent augmenter considérablement les symptômes de sa maladie.
La stupeur, l’étonnement, la crainte sont poussés à l’excès; les mouvemens de fureur sont plus répétés; la malade ressent des frissons presque continuels ; elle cherche à se dérober aux yeux de tout le monde ; elle éprouve une ardeur pénible dans les parties génitales;
sa figure est singulièrement changée ; elle a perdu de son embonpoint ; eile n’a plus de goût pour les alîmens; les symptômes d’hystérie prévalent, ceux de i’asthme sont moins dominans; il y a toujours beaucoup de surdité et de lenteur dans les organes des sens.
Après une consultation entre MM. Fouquet , Chrestien , Roucher et moi , je commence un nouveau traitement , dans lequel je me propose , i°. de calmer l’extrême mobilité du système nerveux ; 2°. de faire révulsion des mouvemens fluxionnaires dirigés vers les parties supérieures ; 3°. de provoquer le retour des règles , et de prévenir les accès qui pourraient arriver aux époques du flux périodique.
On ordonne comme moyens propres à calmer la sensibilité des nerfs , les antispasmodiques directs , parmi lesquels on préfère celui dont l’efficacité est bien reconnue dans les maladies nerveuses qui intéressent particulièrement les facultés intellectuelles , surtout lorsqu’elles sont liées avec une affection des parties génitales : on donne le camphre, soit dans des émulsions , soit dans des pilules , en le combinant avec l’aioès. On commence par la dose de six à huit grains ; on l’augmente graduellement, jusqu’à ce qu’on l’ait portée à celle de quatre-vingt-dix à cent grains par jour.
Pendant les trente premiers jours, émulsions matin et soir, dans lesquelles on fait dissoudre depuis cinq grains jusqu’à quarante-cinq grains de camphre.
Dans le même temps , bains de jambes sinapisés , vésicatoires sur différentes parties du corps.
OBS ERVATIONS
Dans le courant du mois , huit jours avant l’époque à laquelle on présumait que les règles devaient correspondre , on fait prendre à la malade une mixture composée avec le safran oriental , la teinture de mars apéritive , la teinture d’aîoès et les fleurs d’armoise.
Vers le milieu du mois , signes d’un accroissement de l’affection delà tête et delà poitrine ; douleurs , vertiges , rougeur de la face , bourdonnement des oreilles , difficulté de respirer » suffocation. Saignée au pied de six onces ; le lendemain application de quatre sangsues à la partie interne de chaque cuisse : les symptômes disparaissent. Il est présumable que l’on a empêché le développement d’une forte attaque d’aliénation et d’asthme.
On insiste de nouveau sur le mélange de camphre et d’aloès. On donne les pilules suivantes :
% Camphre porphyrisé. .... soixante grains.
âloès vingt grains.
Mitre dix grains.
Mêlez avec suffisante quantité de mucilage; faites des pilules de quatre grains. On donne huit pilules matin et soir ; on augmente cette dose de deux pilules tous les deux jours, jusqu’à ce qu’elle soit portée à vingt pilules pour chaque prise.
Dans la suite on divise chaque dose en deux prises , ensorte que la malade prend le nombre des pilules prescrit en quatre fois.
Les accès d’asthme deviennent rares et modérés , les facultés intellectuelles s’exercent d’une manière
plus satisfaisante , la malade reprend de l'embonpoint et de la fraîcheur , on ne peut méconnaître une amélioration marquée.
Vers l’époque des règles , difficulté de respirer , douleurs de tête , sentiment de crainte exagéré , désordre dans les idées , augmentation vicieuse de la sensibilité , etc. On pratique une saignée au pied de huit à dix onces ; la même saignée est répétée le lendemain ; les symptômes disparaissent.
Outre le traitement ci-dessus , la malade prend tous les mois, vers l’époque où elle aurait ses règles si elles venaient régulièrement , la mixture suivante qu’on lui donne par cuillerées :
2 L Safran oriental. : ) M
„ J Ma une once,
r leurs d armoise )
Faites bouillir dans un verre d’eau , passez; ajoutez demi-gros de teinture de mars apéritive, autant de teinture d’aloès et deux gros de sirop d’armoise.
En même temps , lavement avec l’huile de camomille camphrée , bains de siège , frictions à la partie interne des cuisses avec uue dissolution de camphre et d’opium cru dans i’eau-de vie.
La seconde fois que l’on met en pratique ces divers moyens , la pesanteur des lombes , le prurit des organes sexuels , annoncent une tendance à l’écoulement des règles : on la favorise par l’application de deux sangsues à ia partie interne et supérieure de chaque cuisse; les règles coulent et la malade est soulagée.
On continue les applications réitérées des vésicatoires , en les transportant de l’un h l’autre bras , puis aux cuisses et aux jambes.
Vers le milieu de T automne , on fait vomir la malade avec quinze grains d’ipécacuanha; on prescrit un purgatif tonique et quelques amers ; on revient ensuite au traitement ci-dessus. Vers la fin de l’automne , insomnie , agitation nocturne , soubresauts , léger délire. On donne une émulsion avec une once sirop de nymphéa et vingt gouttes de laudanum liquide de Sydenham.
La malade quitte Montpellier et se rend à Bordeaux , sa santé étant visiblement améliorée. Le voyage la fatigue et réchauffe; on la met à l’usage de l’eau de veau et du petit-lait , et l’on reprend celui des pilules de camphre et d’aloès, et des autres remèdes employés dans le cours du traitement.
Les symptômes de manie sont extrêmement diminués ; la malade paraît avoir recouvré entièrement sa raison ; mais l’asthme se fait sentir avec plus d’intensité, et la disposition spasmodique générale augmente. On donne pendant quinze jours , chaque matin, un hol avec un grain de jusquiame blanche, deux grains d’opium et quatre grains de castoréum ; on substitue dans la suite l’assa-fœtida au castoréum. L’asthme et Tétât nerveux cessent; on revient au camphre combiné avec l’aloès dont on a obtenu le meilleur effet. Six mois de traitement rétablissent les fonctions de la tête et de la poitrine; il ne reste plus
que la surdité, jointe à une disposition nerveuse qui semble naturellement attachée à la constitution de la jeune malade.
Nous conseillons d’user encore de temps en temps du camphre, de donner quelques toniques, comme le quinquina et la conserve d’énula-campana. Nouspermettons de diminuer un peu la sévérité du régime.
Au bout d’un an nous voyons la malade : son état nous paraît changé d’une manière si favorable , que nous n’hésitons pas d’engager ses parens à la marier au bout de huit à dix mois, si ce bien-être persiste. Nous avons appris qu’on avait suivi ce dernier conseil , et que depuis son mariage la malade n’avait ressenti aucune atteinte, à la surdité près, de ses anciennes affections.
OBSERVATION X
Stupidité avec affaiblissement de l'action des
organes des sens .
Une fille tirée de l’hôpital général de Montpellier , âgée de dix-huit à vingt ans , née de parens inconnus , d’un tempérament pituiteux phlegmatique , d’une constitution lâche, humide, chargée d’embonpoint, ayant la peau molle , le teint pâle , le tissu cellulaire infiltré * plusieurs glandes engorgées, la tête grosse, les lèvres épaisses , les yeux ternes., le pouls faible, petit , lent , etc. , est depuis trois ou quatre ans dans un état de stupidité absolue qui la rend même incapable de percevoir les sensations les plus ordinaires.
Dans son enfance elle fut sujette à des éruptions fréquentes et à des engorgemens lymphatiques qui se fixèrent à plusieurs reprises sur différentes parties de son corps. Elle a toujours marqué beaucoup de lenteur dans le développement des facultés intellectuelles; cependant h l’âge de quatorze ans elle était parvenue à savoir lire ci h suivre les principales occupations de son sexe. Vers l’âge de quinze ans ,
elle ressentit les symptômes ordinaires de la menstruation ; elle eut en effet pendant deux mois consé cutifs une légère évacuation sanguine , mais depuis elle n’a rien éprouvé de semblable.
Il y a trois ou quatre ans que l’on aperçut chez elle les signes d’un affaiblissement progressif des facultés intellectuelles ; e41e perdit peu à peu la mémoire , sa physionomie prit un caractère singulier de stupeur et d’étonnement. La vue perdit beaucoup de son activité naturelle , le sens de l’ouïe fut également diminué , elle devint presqu’insensible aux odeurs et aux saveurs , elle était incapable de répondre aux questions qui lui étaient adressées, elle écoutait sans avoir l’air d’entendre , etc.
Cette disposition physique et morale est toujours allée croissant. Aujourd’hui elle est arrivée à un degré tel , qu’elle offre tous les caractères de l’idiotisme et de l’imbécillité. Perte absolue de mémoire, aucune apparence d’idées, la malade semble réduite à la faculté d’exprimer ses besoins naturels. Affaiblissement de la vue et de l’ouïe , perte de l’odorat ; il est incertain qu’elle ait conservé le sens du goût.
Les fonctions étrangères aux facultés sensitives et intellectuelles s’exercent comme dans l’état naturel; les digestions se font très-bien , les sécrétions et les excrétions s’opèrent librement , la chaleur est moins développée que dans l’état naturel , le pouls conserve la faiblesse et la lenteur qui appartiennent à la cons-
titution de la malade, et que l’on observait chez elle
même avant que la maladie actuelle se lût déclarée» Dans les premiers temps de cette maladie on a prescrit quelques remèdes toniques , mais sans mettre l’ordre nécessaire à leur administration ; il est d’ailleurs vraisemblable que toutes les méthodes de iraitement n’auraient été suivies d’aucun succès.
Cette fille , entrée à l’hospice vers les premiers mois de l’an 1806, présenta le tableau des symptômes que nous venons d’exposer.
Ces symptômes indiquent tous essentiellement une faiblesse radicale et profonde du cerveau et du système nerveux. Il paraît que cette faiblesse a porté spécialement sur la faculté de sentir; celle de produire ou d’entretenir les contractions et le mouvement n’a point été frappée. Il est vraisemblable qu’une faiblesse aussi considérable a dû vicier l’or
sanisation du cerveau et des nerfs , si toutefois elle r*
ne dépend pas elle-même d’un vice de cette organisation.
Mais en supposant qu’il y ait un vice organique dans le cerveau et dans les principales divisions du système nerveux, il est évident que nous n’avons aucune ressource pour corriger ce vice et pour en arrêter les effets. Nous sommes donc réduits à traiter la maladie comme si elle était indépendante d’une semblable affection , en considérant l’affaiblissement
de la faculté de sentir comme la cause essentielle .et
directe de cette affection.
D’après ces vues nous essayons un traitement fondé
sur l’usage non interrompu des exciians pendant ï’espace de trois mois : on insiste sur les frictions avec des linimens volatiis animés par les cantharides , les teintures spiritueuses , l’usage intérieur du vinaigre distillé , de l’esprit ardent de cochléria , de l’esprit de corne de cerf succiné , de l’ammoniaque et de toutes les substances alcalines.
La malade paraît être insensible à l’action des moyens stimulans les plus énergiques ; il ne survient aucun changement dans son état, on reconnaît l’inutilité de toute espèce de traitement dans une maladie que l’existence de quelque vice organique du cerveau rend vraisemblablement incurable. La malade est renvoyée à l’hôpital général d’où elle était venue, pour servir à l’instruction des élèves.
Une observation analogue à celle-ci m’a offert l’occasion de constater l’état du cerveau et de l’origine des nerfs par l’ouverture du cadavre.
Une dame des environs de Castres tenant à une famille distinguée, d’un tempérament nerveux et lymphatique , d’une constitution délicate, après de violens chagrins , fut d’abord livrée à tous les écarts d’une manie hystérique; mais étant ensuite tombée dans une stupidité complète , elle offrit la plupart des symptômes que nous avons exposés dans l’histoire précédente : perte de mémoire , absence de toute idée, vue faible , ouïe difficile , abolition de l’odorat , etc. , etc.
Placée d’abord danç une chambre h l’hôpital Saint-
Eloi, j’employai dans l’état de manie quelques moyens tempérans et révulsifs qui furent sans avantages.
La malade fut transportée dans un jardin où je continuai de la visiter. Les signes de stupidité étaient alors prédominans. Je voulus exciter le système par quelques moyens convenables; ce fut en vain, la malade repoussait toute espèce de remèdes.
J’avais suspendu toute espèce de traitement, lorsqu’il survint une fièvre aiguë* avec délire. Pendant cette fièvre la malade parut recouvrer par intervalles l’usage de ses facultés intellectuelles ; on voyait surtout qu’elle prenait un plaisir singulier à penser que sa mort serait prochaine ; la malade se refusa constamment h tout remède, le vingt-deuxième jour de la fièvre elle expira.
On fit l’ouverture du cadavre : dans la cavité du crâne on trouva la dure-mère épaisse , fortement adhérente à la partie droite de l’os frontal , où elle avait acquis la consistance d’une membrane muqueuse (1). Le cerveau présenta une consistance molle et lâche ; en le touchant il donnait au tact la sensation d’une espèce de pâte ; la moelle allongée avait perdu aussi sa cohésion naturelle. Le cervelet paraissait au contraire serré et presque durci , il y avait beaucoup de sérosité dans les ventricules latéraux;
(1) Je trouve en note sur le manuscrit de M. Dumas : cette malade a été frappée ; mais il n’est pas dit à quelle époque elle a reçu ces mauvais traitemens. (L. R. )
4 Si
on aperçut enfin , entre les couches des nerfs optiques et les corps cannelés , une élévation de la subs tance médullaire, devenue compacte, qui formait une sorte de tumeur dans laquelle on trouva une multitude de petits corps granuleux. Les viscères des autres cavités étaient parfaitement sains , à l’exception de la matrice, qui se trouvait petite et racornie (1).
(i) Il est très-présumable que les altérations qu’on a trouvées dans le cerveau doivent en partie être rapportées à la maladie aiguë à laquelle la malade a succombé : tel nous paraît être au moins l’épanchement des ventricules. Quant au ramollissement du cerveau , on ne peut guère affirmer s’il existait déjà à quelque degré auparavant, ou s’il a été seulement le résultat de la dernière maladie. ( L. R. )
OBSERVATION XL
Névralgie maxillaire prenant vers 4a fin une
marche périodique .
Un homme âgé de soixante- un ans , d’un tempéra * mentphtagmatique , d’une constitution faible , d’une haute stature, ayant la fibre lâche , le tissu cellulaire bien développé , la peau molle et habituellement humide, a éprouvé depuis environ six ans une douleur fixe sur l’articulation de la mâchoire. Cette douleur , d’abord légère , mais cependant incommode, est devenue ensuite plus forte et plus intense, au point qu’elle empêchait l’exercice de la mastication et de la parole.
Malgré la faiblesse de sa complexion , le malade n’a eu d’autre maladie grave que deux fluxions de poitrine , dont l’une dans sa première jeunesse , et l’autre vers l’âge de quarante-cinq ans : celle-ci laissa après elle une légère affection asthmatique qui dura plu- . sieurs aimées, mais qui se dissipa entièrement dès qu’oo eut établi un cautère à la jambe il y a environ quatre
ans. Le malade a également ressenti à différentes époques des accidens nerveux analogues à ceux qui caractérisent les maux des personnes vaporeuses.
Une fièvre tierce» survenue au malade vers la fin def année dernière, diminua considérablement la douleur , qui reprit h peu près la même violence dès que îa fièvre eut disparu. Cette douleur vient d’être aggravée par l’impression de l’hiver , pendant lequel le malade en a ressenti des retours fréquens et rapprochés. Elle s’est même étendue d’une part jusqu’au sommet de la tête , et de l’autre jusqu’au fond du gosier. Dans cet état le malade avait beaucoup de peine à avaler » à respirer et à parler.
Dans la première fièvre qui diminua la douleur il eût un accès si violent , que le médecin ordinaire en craignant les suites , se crut obligé de l’arrêter par Fadministration du quinquina.
Une nouvelle fièvre double-tierce survenue un mois après , diminua encore sensiblement îa douleur , de manière que pendant l’accès le malade parlait faci» ment, respirait avec liberté et dormait d’un sommeil profond et tranquille ; dans l’intervalle des accès la douleur se développait avec une grande intensité. On ne fit aucun remède pour arrêter la fièvre; elle dis* parut d’elle-même au bout de huit jours, et la douleur reprit alors toute sa force. Aujourd’hui cette dernière affection n’offre plus les redoublemens extraordinaires qu’elle présentait dans le principe.
Les (onctions des principaux organes ne sont poinf
dérangées. Le malade conserve ses lorces , ü reçoit toutes les impressions de la manière naturelle , il a de l’appétit, il digère facilement, ses évacuations ne sont ni augmentées ni diminuées, il n’existe aucune lésion dans l’exercice des mouvemens volontaires , le pouls est naturel et régulier.
En comparant les caractères de cette affection douloureuse, nous n’y voyons que ceux d’un excès de sensibilité joint à un spasme tonique et permaneht des muscles affectés, lequel ressemble à celui qui frappe les muscles de la face dans le tic douloureux et le trismus. Ces deux principes , la douleur et le spasme tonique , affectent une tendance particulière à revêtir la forme périodique commune à un grand nombre de maladies nerveuses. Si le mouvement de la fièvre a diminué la force de celte affection , c est qu’il offre un des moyens les plus propres à résoudre le spasme et la douleur, comme je t’ai prouvé dans ma Doctrine générale des Maladies chroniques .
Dans le nombre des symptômes qui composent l’histoire entière de cette maladie , il n’y en a point qui puisse indiquer l’existence de quelque principe particulier, comme le principe rhumatismal , goutteux, vénérien , scrophuleux ; ce qui la réduit à une affection simplement nerveuse.
Cette maladie, sans être dangereuse par elle-même , peut le devenir néanmoins , par la circonstance d’intéresser les parties situées dans le voisinage de l’origine des nerfs.
La méthode de traitement doit avoir pour objet de résoudre la douleur et le spasme, soit parles révulsifs, soit par les antispasmodiques directs.
On prescrit en conséquence des remèdes généraux et des applications topiques , dans la vue de remplir ces indications.
Le malade prend d’abord dix bains domestiques à une température moyenne , en observant de laisser un jour d’intervalle entr’eux ; on lui prescrit pour boisson l’eau de veau et l’eau de poulet dans lesquelles on mêle l’infusion d’une tête de pavot et de quelques feuilles d’oranger pour boissons ordinaires ; on lui donne un verre de petit-lait clarifié avec la crème de tartre immédiatement après chaque bain ; exercice modéré , régime adoucissant.
On fait cinq ou six fois chaque jour des frictions sur toutes les parties du corps , soit avec un morceau de flanelle , soit avec une brosse d’Angleterre.
Pendant l’usage de ces remèdes , on applique sur la région de la mâchoire des linges trempés dans les décoctions de pariétaire et de jusquiame; on y dirige les fumigations de ces mêmes plantes ; on y porte les vapeurs de cinnabre et de karahé.
Le dixième jour de ce traitement , application de quatre sangsues sur le siège de la douleur ; le len demain , embrocation de la partie affectée avec un Uniment composé d’huile de camomille, d’huile de jusquiame, de baume tranquille et d’ammoniaque.
Au bout de vingt jours on aperçoit quelque rémission dans F intensité de la douleur; un petit mouvement fébrile se déclare , les selles deviennent liquides, la peau se rougit; on profite de ce moment pour appliquer les moyens révulsifs choisis principalement dans l’ordre des purgatifs et des exutoires, On purge avec deux onces de manne et une once de sel végétal dans un verre de petitlait. Les jours suivans on fait prendre des bains de jambes sinapisés , et le cinquième jour on purge une seconde fois avec S’huile de ricin. Le même purgatif est répété cinq jours après.
Après ces trois purgatifs , on place un vésicatoire à la nuque , on l’entretient quelques jours, on le transporte ensuite au bras , enfin on l’établit à la cuisse,
L’effet de ces vésicatoires multipliés et répandus sur différens points de la surface cutanée paraît avantageux. Le jour où le second vésicatoire fut appliqué, le malade ne ressentit aucune douleur à la mâchoire, le lendemain elle fut beaucoup moindre qu’à l’ordinaire , et depuis elle ne s’est plus élevée au même degré.
On entretient long- temps le dernier vésicatoire établi à la cuisse. L’action de ces moyens révulsifs est soutenue par les narcotiques et les antispasmodiques directs ; on donne dans cette vue la préparation suivante :
Qf, Castoréum * un gros.
Opium gommeux demi-gros.
Extrait de jusquiame vingt grains.
Mêlez avec suffisante quantité de sirop de Stœchas ; faites des pilules de trois grains.
On prescrit d’abord une de ces pilules matin et soir. Le troisième jour on augmente d’une pilule , et six jours après on porte la dose à trois pilules pour chaque prise.
Pendant l’usage de ce remède , inquiétudes vagues , douleurs d’entrailles , vertiges : on supprime l’extrait de jusquiame , et l’on ne donne plus que le mélange d’opium gommeux et de castoréum.
Tous les symptômes de la maladie paraissent céder; la douleur laisse des momens de calme parfait ; il y a moins de roideur dans les muscles de la mâchoire : le malade passe des jours entiers exempt de douleur; mais il a de temps en temps quelques mouvemens fébriles. On observe dans les retours de la douleur une certaine régularité qui la ramène exactement plus forte de trois en trois jours. Cette circonstance engage à combiner le quinquina avec les préparations d’opium.
On fait prendre quatre ou cinq fois , dans l’espace de neuf jours , deux gros de quinquina en poudre , et vingt à trente gouttes de laudanum liquide. La douleur , qui diminue graduellement /devient si légère que le malade abandonne de lui-même tous les remèdes.
Six mois après, il éprouve une nouvelle attaque de la même douleur, aussi forte que les premières; mais Fusage de l’opium gommeux et du castoréum suffit pour la dissiper cette fois sans retour»
OBSERVATION XII
Affaiblissement de V organe cle la vue .
Madame D*** , âgée de cinquante-deux ans, d on tempérament nerveux , d’une constitution délicate et lâche, peau fine, blanche, tissu cellulaire dilaté, teint pâle , vaisseaux peu développés , pouls faible et lent , a toujours eu peu de force dans l’organe de la vue. Cependant la conformation extérieure de ses yeux ne présente rien qui soit contraire à leur état naturel; les membranes do 1 œil sont intactes dans tout le champ de la vision , le cristallin jouit de sa transparence ordinaire.
La malade a manifesté dans son enfance une disposition particulière à être faiblement émue par les causes d’excitation les plus fortes. A l’âge de dix ans , elle éprouva un tremblement universel qui laissait après lui une insensibilité absolue dans les extrémités supérieures. Elle a été constamment sujette à des évanouissemens et à des syncopes qui ont décidé une atonie générale.
Il y a près de trois ans que la vue do la malade s’csi
considérablement affaiblie ; la plus forte lumière n y produit plus que des impressions insuffisantes pour développer convenablement les sensations* A cette lésion locale de la sensibilité se joignent un malaise habituel ci des symptômes de vapeurs*
La malade était habituellement affectée d’hémori hoïdes ; ce flux habituel ayant été brusquement supprimé , il s'est formé une tache rougeâtre au bas de la cornée. Le flux menstruel ne suit plus une marche régulière et facile; il est souvent interrompu , et ne fournit jamais une quantité suffisante de sang. Il y a des maux de tête , des vertiges » des bourdonnemens d’oreille et autres symptômes qui dénotent un mouvement fluxionnaire sanguin établi vers les parties supérieures.
!1 existe, en conséquence, deux principes dans cette maladie : l’un est ta fluxion sanguine dirigée vers l’organe de la vue; l’autre est Faffaihlissement de la sensibilité da la rétine , qui coïncide avec l’inertie de tout le système.
Application de dix sangsues au bord de l’anus le
premier jour du traitement.
Eau de veau pour boisson, émulsion mirée , bains
de jambes , lavemens.
Le second jour, application de quatre sangsues à la partie interne de chaque cuisse ; même boisson , mêmes remèdes , bains de jambes.
Cette application de sangsues est réitérée à toutes les époques où la malade devrait avoir ses règles , si
elles venaient régulièrement. Vers ces mêmesépoques, on mêle une certaine quantité de moutarde dans les bains de jambes.
Après la seconde application de sangsues , on prescrit de petites doses de tartre stibié : on fait dissoudre un grain de tartre stibié dans une pinte d’eau de veau > et 1 on fait boire â la malade trois ou quatre verres de cette eau chaque jour.
Pendant I usage de celte boisson èmétisée, les selles deviennent libres, la peau s’humecte, le pouls se relève , la tache rougeâtre de la cornée s’efface ; mais la vue continue d’être toujours très faible.
On donne deux grains de tartre stibié pour décider le vomissement. La malade vomit une grande quantité de matières glaireuses, mais il n’en résulte aucun changement favorable par rapport à la faiblesse de la vue; on observe seulement que les objets sont aperçus d’une manière plus distincte lorsqu’ils sont regardés à une distance convenable; mais il faut toujours une grande intensité de lumière pour qu’ils soient aperçus.
il paraît neanmoins que l’on a détruit l’obstacle que la fluxion sanguine opposait à la vision; Ü s’agit maintenant de fortifier Porgane de la vue et d’y réveiller , s’il est possible, la sensibilité.
Application d eau froide , animée par quelques gouttes d’eau de-vie; collyre composé avec les eaux de rose , de scabieuse , de plantain et de camomille , dans lesquelles on fait dissoudre quelques grains de vitriol blanc.
observations
Les topiques excîtans sont d’une application difficile' dans une partie aussi délicate ; on fait des affusions et des douches avec les eaux minérales sur toute l’étendue delà tête; elles paraissent rendre un instant plus de sensibilité à l’organe*
On applique un vésicatoire à la nuque; la vue
semble perdre sa force pendant cette application. Un
vésicatoire placé sur toute la calotte du crâne diminue
encore davantage la force de la vue. On renonce à
ces topiques excîtans , qui , en faisant une distraction
trop forte de la sensibilité, peuvent épuiser celle qui
existe encore dans l’organe malade.
On essaye l’électricité par communication. La malade voit les objets d’une manière plus nette et plus distincte pendant qu’elle est soumise à l’électrisation; mais l’organe retombe dans la même insensibilité lorsqu’on cesse d’en faire usage.
Tous ces moyens él*ant inutiles , on est réduit à conseiller un régime convenable pour empêcher le retour de la fluxion sanguine que l’on est venu à bout de détruire , et dont la présence affaiblirait encore la seî^sibilité delà rétine, et pourrait en compléter La * paralysie.
OBSERVATION XIIL
Paralysie des extrémités supérieures,]
N. , âgé de dix-sept ans , né dans les monfàgnes de l'Auvergne , d’une constitution forte , d'un tempérament sanguin , accoutumé à un travail pénible , exempt jusqu'alors de maladies, fut frappé subitement d'unpe paralysie des extrémités supérieures. Il jouissait d'une santé florissante au moment de l'attaque.
Toute l'habitude extérieure de son corps était celle d'un homme vigoureux : membres bien développés , muscles prononcés , pouls dur et plein , face rouge , tête grosse et rapprochée du tronc , embonpoint médiocre , poitrine large , peau ferme et rude , tissu cellulaire serré; l’état du système neryeux et l’exercice des organes des sens naturels , systèmes lymphatique et glanduleux peu marqués , système vasculaire dominant , viscères de l’abdomen dans un étal sain , beaucoup d’appétit.
Perte absolue du mouvement dans les extrémités supérieures.
Entré à l'hospice, le malade n’a présenté d’autre
affection que la paralysie ; fourmillement de îa peau , sensibilité constante des tégumens » pesanteur habituelle des membres , perte du mouvement plus com pîète du côté droit que du côté gauche , plénitude et dureté du pouls plus grande du côté où le mouvement se trouve plus complètement aboli , facultés intellectuelles dans l’état ordinaire , respiration gênée , se faisant quelquefois avec soupirs.
D’après le caractère des symptômes , il est évident que le système lymphatique n’est point affecté , mais que la maladie intéresse particulièrement le système vasculaire ; qu il y a une disposition pléthorique avec congestion sanguine locale dans les parties supérieures ; que cette disposition pléthorique gêne l’action des nerfs , et que cette gêne se fait principalement sentir dans les muscles des membres pectoraux*
Les symptômes de cette maladie peuvent donc être rangés sous deux séries*
La première indique la congestion sanguine , et comprend tous les signes de îa pléthore sanguine , la rougeur de la face , la plénitude et la dureté du pouls , la gêne de îa respiration , etc.
La seconde se rapporte à l'affaiblissement de la contractilité musculaire dans les membres supérieurs, et renferme ceux de Fêtât paralytique.
On peut déduire de là l’existence de deux affections qui concourent à entretenir cette maladie; d’où résultent deux indications pour le traitement; la première relative à la pléthore et à îa congestion san-
guine locale ; la seconde relative à la perte de la contractilité musculaire.
Le 1 1 mars 1808 , cinq jours après ISentrée du malade à 1 hospice , on commence le premier ordre de remèdes dirigés contre 1 affection sanguine ; bains de jambes à l eau tiède, dans laquelle on mêle une demipoignée de sel commun et un verre de bon vinaigre; saignée au pied de huit onc?es , tisane émulsionnée et nitrée, un verre de petit-lait avec quinze grains de sel de nitre.
Le lendemain , application de six sangsues à la partie interne de chaque cuisse, même bofsson , mêmes remèdes.
Le i4, application de huit sangsues au bord de
1 anus. Le 16 , nouvelle saignée au pied de douze onces.
Du i4 au a5, nouvelle application de sangsues et nouvelle saignée. A cette époque , la face se décolore, le malade éprouve un sentiment de bien-être et moins de pesanteur : suspension des saignées et des applications de sangsues.
Depuis le 25 mars jusqu au 20 avril , on prescrit chaque jour , matin et soir , des frictions sur les membres paralysés et le long de la colonne vertébrale avec la teinture de cantharides ,* on donne les excitans gradués; on fait prendre quelques boissons sudorifiques.
La contractilité se ranime, le mpuvement se réta-
blit , les forces reviennent ; on prescrit quelques dose$ d’une légère infusion d’arnica-montana. Le malade sort de l’hospice , parfaitement guéri , après deux mois environ de traitement.
OBSERVATION XIV
vi J*
Paralysie douloureuse.
Pierre Fabre, travailleur de terre, âgé de cin quantc-six ans , né aux environs de Montpellier, dans un pays humide et marécageux , d’une bonne constitution, d’un tempérament bilieux , usé par le travail, accoutumé à se nourrir d’alimens échauffans et à boire beaucoup de vin , éprouva une perte subite du mouvement dans le bras droit. Cette paralysie ne fut point précédée d’apoplexie , elle s’établit sans que les fonctions sensitives et intellectuelles fussent dérangées. La contractilité et le mouvement des autres parties du corps ne subirent môme aucune altération.
Cette affection durait depuis un an, lorsque le malade vint à notre hospice,” elle* présentait pour caractères dominant le défaut absolu de contractilité musculaire dans la partie affectée , joint h une sensibilité plus grande qu’elle ne l est ordinairement. L’excès de sensibilité se manifestait par irne douleur vive , qui, à certaines époques devenait excessive. Le défaut de
contractilité était suffisamment indiqué par ! abolition totale du mouvement dans le bras droit , dont les mus» clés restaient constamment relâchés.
L’état général du malade 11e fournissait aucun indice de l'affection paralytique ; les organes des sens exerçaient bien leurs fonctions , la parole était libre et facile , la respiration naturelle » le pouls rare , petit, mais régulier; la chaleur tempérée dans toutes les parties du corps , elle ne semblait pas même diminuée dans celles qui étaient le siège de la paralysie; la face pâle , maigre 9 les yeux vifs , la démarche assurée , b voix forte , le caractère ferme et décidé , l’appétit soutenu, les digestions excellentes; tout allestait que la maladie était purement locale, et qu’elle avait son siège dans l’origine des nerfs qui se dislrh buent au membre supérieur du côté droit.
Ges sortes de paralysies locales tiennent à une lésion profonde des propriétés et souvent même du tissu des nerfs , ce qui rend leur guérison plus difficile que celle de beaucoup d autres paralysies qui dépendent de causes établies dans le cerveau.
Quand on rapproche les symptômes de celte affection , on n’y trouve que deux circonstances qui méritent une attention spéciale , et qui puissent conduire à des vues utiles pour le traitement. L’une est la perle de la contractilité musculaire , qui est constante ; l’autre est la douleur qui se développe de temps en temps. Cette dernière est quelquefois utile dans la paralysie , en produisant sur le système des forces
une excitation salutaire; mais il ne paraît pas qu’elle soit d aucune utilité dans le cas présent.
Le traitement fut combiné de manière à favoriser le rétablissement de la contractilité dans le membre , et à agir sur la douleur par des moyens qui pussent tantôt 1 exciter , tantôt l’adoucir , selon qu’elle paraîtrait être avantageuse ou nuisible.
Les remèdes excitans employés principalement sous forme de topiques , devaient remplir les principales indications de ce traitement : leur usage fut entre” mêlé de celui des narcotiques , auxquels on avait recours toutes les fois que la douleur prenait une intensité fâcheuse.
Le 20 mars on commença le traitement en faisant vomir le malade avec quinze grains d’ipécacuanha en poudre , et demi-grain de tartre stiblé ; le soir on lui donna une potion diaphonique , et l’on fit une friction sèche » d’abord avec un morceau de gros linge , . ensuite avec une brosse, sur toute l’étendue de la partie malade.
Le 21 le malade fut purgé avec ,
Rhubarbe. deux gros.
Sel d’epsom. ....... demi-once.
Manne. ••••«.*... une once et demie.
Dans une infusion de Heurs de pêcher.
Le 22, on fit trois frictions sur le membre paralysé, avec un mélange d’huile de camomille camphrée , d’huile de jusquiame et de teinture de cantharides.
Ces frictions furent continuées jusqu’au 5o. On donnait en même temps une boisson sudorifique ; et matin et soir une potion légèrement diaphonique et tonique» La potion était composée d’une once de racine d’angélique infusée dans huit onces d’eau , de demionce d esprit de mindererus , et demi-gros d’antimoine diaphonique.
Le icr avril , application d’un large vésicatoire à la partie supérieure du bras , sur le trajet des nerfs brachiaux. On continue les mêmes frictions , et l’on passe aux excitans donnés à l’intérieur; en outre, on fait faire chaque jour des douches avec une dissolution de sel ammoniac.
Depuis le 5 jusqu’au io, on administre chaque jour deux verres d’eau de Balaruc. Le soir , on donne demi-gros d’esprit de corne de cerf succiné dans un mélange d’eau de cannelle et d’eau de lavande.
Versle 10, on aperçoit une augmentation manifeste de la douleur, mais sans qu’il y ait aucune diminution dans la perle du mouvement musculaire. L’accroissement de la douleur est donc ici plutôt nuisible qu’avantageux; on s’attache à la calmer en donnant quelques doses d’opium. La douleur devenant plus modérée , quoiqu’elle continue de se faire sentir, produit un effet excitant qui semble rétablir un peu la contractilité des muscles du bras; mais cette exci- . talion n’est que momentanée, bientôt l’atonie prend le dessus , et l’affection paralytique reste prédominante.
À la fin du mois d’avril , on envoie ie malade à Balaruc , où il prend les eaux pendant trois semaines en boisson , en bains et en douches. Les bains sont pris à la température de trente-six à quarante degrés; on fait tomber les douches sur les muscles affectés et sur le trajet des muscles brachiaux.
Revenu de Balaruc , où le malade avait continué l’usage des excitans , soit à l’intérieur , soit à l’extérieur , on ne découvre pas la moindre amélioration dans son état.
Le 25 mai, on revient aux frictions avec la teinture de cantharides , dont la dose est augmentée ; aux vésicatoires que Ton étend et que l’on répète ; enfin aux excitans et aux toniques. Dans ces deux ordres de médicamens on prescrit, i°. la teinture d’aloès et celle de myrrhe avec l’esprit de vin camphré; 2°. l’infusion et la poudre des fleurs d’arnica-montana. Ces remèdes ne produisent aucun effet , l’état paralytique existe toujours au môme degré ; il semble même augmenter plutôt que diminuer.
Dans le courant du mois de juin on soumet le malade à un traitement par l’électricité ; on électrise le membre affecté par communication et par étincelle» Ce moyen est aussi infructueux que les précédens.
Après avoir usé de remèdes aussi nombreux et aussi constamment inutiles , le malade se retire sans espoir de guérison.
Au bout de deux ans nous l’avons revu avec la même paralysie du bras droit , et une paralysie
nouvelle du bras gauche. Le reconnaissant incurable, nous nous sommes borné à lui prescrire un régime et quelques remèdes propres à soutenir les forces de la constitution.
OBSERVATION XV
Jffection vaporeuse .
Une dame, âgée de irente-six ans, d’un tempéra ment nerveux , d’une constitution sèche , qui a mené jusqu’alors une vie inquiète et tourmentée , a ressenti fréquemment de violens chagrins. A la suite de ces émotions répétées , elle a éprouvé un dérangement notable dans l’exercice des forces sensitives , qui a développé chez elle un état habituel de névropathie ou de vapeurs.
La malade a toujours été irritable et sensible à rexcès , les moindres impressions produisaient en elle un désordre singulier; les progrès de l’âge n’ont point corrigé cette sensibilité vicieuse. Réglée à dix-sept ans, cette évacuation périodique a augmenté encore l’exaltation de l’action nerveuse. Aujourd’hui celte exaltation n’a pas de bornes , et l’existence de la malade se compose d’une suite de maux d’autant plus cruels , qu’ils s’accroissent de l’action insuffisante des moyens qu’on leur oppose.
Les symptômes qui caractérisent cette maladie nous
ont paru être de deux sortes : les uns appartiennent évidemment au désordre de la sensibilité; les autres indiquent un vice humoral, qui agit sur les nerfs comme un stimulus propre à jeter le trouble dans l’exercice de leurs fonctions.
Les symptômes de l’état vaporeux sont les inquiétudes générales , les alternatives de chaud et de iroid , les frissons passagers , les bouffées de chaleur inattendues , la douleur de tête , les oppressions de poitrine , les cardiaîgies , la difficulté des digestions , la constipation , la qualité des urines qui sont claires et lim pides , les terreurs de l’imagination , l’état de crainte et d’appréhension dans lequel la malade semble habituellement plongée, la production des vents, le besoin
de changer de place , etc.
L’altération humorale peut être établie sur le tempérament de la malade , qui porte quelque chose de la dégénération bilieuse; sur la chaleur âcre, la sécheresse et la couleur jaunâtre de la peau; sur les éruptions d’apparence dartreuse qui surviennent quelquefois; sur la perte de l’embonpoint, sur les déjections ou vomissemens de matières bilieuses , et l’irritation fébrile habituelle.
Le traitement de cette maladie est ordonné de manière à pouvoir à la fois rétablir 1 ordre dans l’exercice de la sensibilité et corriger l’altération humorale. Gomme l’afTection du système sensible paraît être la plus essentielle et la plus grave , on doit commencer par la combattre : on prescrit , en con-
séquence , les moyens tempérans , les antispasmodiques directs et les bains. On use alternativement et suivant le besoin des eaux de poulet, de veau et de laitue : la malade en boit cinq ou six verres par jour; on fait bouillir dans les deux premiers verres quatre pincées de fleurs de camomille, et cinq ou six feuilles d’oranger. On donne , en outre , chaque matin à jeun , un bouillon composé avec un quart de maigre de veau, une demi-poignée de chicorée et de cerfeuil , le cœur de deux laitues et demi-once de racine de valériane.
Ces bouillons sont pris pendant l’espace de quinze jours, après lesquels on les remplace par les sucs d’herbes et le petit-lait. Alors on donne à l’heure de bouillon un verre de petit-lait bien clarifié, dans lequel on jette un mélange à parties égales de huit
onces- de sues exprimés de chicorée, de laitue, de cerfeuil et de pissenlit, dans lequel on fait dissoudre vingt grains de terre foliée de tartre.
Au bout de quelques jours la malade témoigne une répugnance excessive pour les sucs d’herbes; on se contente alors de faire bouillir le petit-lait avec les racines de polypode, de chicorée, la valériane, les feuilles d’oranger , celles de rhue et les fleurs d’hypéricum.
On recommande chaque jour, le matin, un bain tiède à une température modérée, dans lequel la malade doit rester Fespace d’une à deux heures. Au sortir du bain , elle avale un bol composé avec six grains d’assa-fœtida , trois grains de fleurs de zinc, autant de
castoréum et de camphre. Après ie bol , bouillon , boisson tempérante. Eloignement de toute affaire sérieuse.
Pendant ce traitement , Fordre se rétablit un peu dans Fexercice des forces sensitives : il y a plus de calme et de régularité; mais les digestions continuent d’être difficiles et lentes. On prescrit un grain d’ipécacuanha en poudre dans la première cuillerée de soupe à chaque repas; on fait prendre de temps en temps , dans la même vue , quelques cuillerées de Félixir viscéral stomachique d’Hoffmann.
On remédie à la constipation par des iavemens donnés suivant la méthode de Kempf; le lavement à moitié dose est composé avec une décoction de fleurs de camomille et de fleurs de valériane.
L’état nerveux diminue sensiblement, la chaleur est naturelle , le pouls réglé , les digestions plus faciles ; il y a plus de calme dans l’esprit ; toutes les fonctions s’exécutent librement et sans gêne. Le moment où les symptômes relatifs à l’altération de la sensibilité paraissent être moindres , est celui qui semble réclamer l’emploi des moyens capables de corriger le vice humoral. Outre les boissons tempérantes, le petit-lait , les sucs d’herbes, les bouillons, la terre foliée de tartre , qui ont été déjà prescrits, on ordonne un électuaire composé avec ;
Conserve d’oseille une once.
Pulpe de tamarin. ...... demi-once
Esprit de vitriol demi-gros.
Suc de citron quantité suffis.
On ajoute ce remède auprécédent, que la malade continue l’espace d’un mois,, en ne l’interrompant qu’une fois pour vomir au moyen de quinze grains d’ipécacuanha administrés à raison de l’état saburral glaireux qui se manifeste dans l’estomac par des envies de vomir , des vomissemens décidés , un sentiment de malaise dans les digestions , des affections de tele et de poitrine sympathiques.
Toutes les fonctions se rétablissent; il survient des évacuations abondantes de matières bilieuses; la chaleur âcre se dissipe, les douleurs de tête se calment; il n’existe plus d’autre symptôme qu’une sorte de débilité ressentie principalement à 1 orifice de l’estomac. On substitue à tous les remèdes prescrits jusqu’à ce jour une simple préparation tonique :
y Racine d’ipécacuanha. . . demi-gros.
Écorce de quinquina ) „ ,
^ . . 1 , . } aa demi-once.
Racine de valériane )
Faites bouillir dans trois verres d’eau jusqu’à ré-^ duction de deux verres; passez, ajoutez demi-once de teinture de mars.
On donne trois ou quatre cuillerées de cette mixture dans la journée; on aperçoit qu’elle irrite : on la supprime , pour se borner au vin d’absynthe et à celui de quinquina > qui achèvent de relever les forces et d’assurer la guérison.
OBSER VATI0 NS
******** '■"■i ■'■■■■ mmrnm My
OBSERVATION XVI
Atonie générale .
M..... , âgé de vingt-huit ans , d’un tempérament pituiteux, d une constitution délicate, ayant abusé do ses forces pendant les premières années de sa vie , éprouve une maladie qui demande qu’on le mette à I usage des boissons relâchantes et des moyens débilitons. Ces remèdes altèrent les fonctions de l’estomac, et produisent un affaiblissement notable qui porte spécialement sur le principe de la contractilité. Douleurs et pesanteur de l’estomac , digestions difficiles , état alternatif de constipation et de diarrhée , déglutition lente.
Les fonctions du système nerveux conservent leur vivacité. 11 y a dans les organes des sens toute l’énergie accoutumée. Le sens de l’ouïe paraît même avoir acquis plus de finesse.
La face et tout îe corps sont peu colorés ; la chaleur est au degré naturel; le pouls est faible, mais plein et régulier; les vaisseaux lymphatiques et les glandes sont très* développés , comme chez tous les
individus d’un tempérament pituiteux ; mais on n’observe cependant ni tuméfaction , ni bouffissure , ni engorgement glanduleux , etc.
Les systèmes vasculaire et musculaire sont frappés de langueur , le moindre exercice est suivi d’une lassitude extrême. Les extrémités inférieures sont fréquemment affectées de crampes. Il y a des momens où la faculté de se mouvoir paraît être abolie dans le bras droit.
Les organes sexuels sont dans la plus profonde inertie. Le malade éprouve des désirs , mais il est dans l’impuissance de les satisfaire.
Le système osseux n’offre rien de particulier , si ce n’est qu’il se forme de temps en temps une légère tuméfaction, accompagnée de lassitude, yers les articulations du genou et du pied.
La peau est molle, lâche, humide, le tissu cellulaire dépouillé de graisse; la couleur du corps varie, mais elle est généralement plus pâle dans les parties supérieures que dans les parties inférieures.
Il est évident que l’atonie ou l’affaiblissement de la contractilité dans les divers systèmes d’organes , offre le principe réel , le principe unique de cette maladie. Elle fournit donc un exemple de l’atonie simple , indépendante de toutes les affections qui peuvent s’associer avec elle dans les cas plus composés. Les causes qui l’ont produite sont simples , puisqu’elles consistent uniquement dans l’action trop prolongée des remèdes relâçhans et débilitans»
Cette maladie exige peu de médicamens , un bon régime » et une suite de précautions observées avec constance»
Nourriture analeptique et fortifiante , gelée de viandes et de fruits , chocolat bien préparé » viandes blanches « poisson frais , bon consommé de bœuf et de volaille ., eau ferrée , bon vin vieux , vin de Bordeaux, etc.
Exercice à cheval, exposition fréquente à Faction du soleil. Bains entiers dans la décoction de garance. Le malade prend trente de ces bains , puis il passe aux bains froids , qu’il prend au nombre de cinq ou six.
Pour remèdes intérieurs , eau oxigénée pendant quinze jours, ensuite limonade nitrique, un verre d’eau de goudron matin et soir , quelques cuillerées de vin de quinquina dans la journée.
Ce traitement est employé pendant deux mois; Pétât du malade ne présente aucun symptôme nouveau pendant cet espace de temps ; mais on voit paraître quelques signes d’excitation.
L’estomac reprend des forces , il digère mieux , son état permet d’employer des toniques plus décidés.
On applique sur l’épigastre un emplâtre de thériaque, de baume du Pérou et de camphre. On fait prendre le lait d’ânesse coupé avec l’infusion de quinquina ; l’estomac le supporte ; on répète ce remède le soir. Les forces commencent à se ranimer, l’action musculaire devient moins lente, les crampes cessent ou font moins fréquentes , l’exercice du corps est moins
pénible , il y a moins de langueur dans toutes les fonctions.
On soutient les digestions en donnant un grain d’ipécacuanha dans les premières cuillerées de soupe , et un petit verre d’élixir viscéral stomachique d Hoffmann après le repas.
L’été arrive , qui oblige Je malade de suspendre le lait d’ânesse; on continue les boissons oxigénées , la limonade nitrique, et le même régime, sur lequel on exige cependant un peu moins de sévérité ; on accoutume insensiblement l’estomac à user de toute espèce de nourriture. On prescrit enfin pour remède tonique l’opiat suivant :
y Conserve d’énula-campana. . demi-once.
Quinquina en poudre ) atl demi-once.
Cascarille. * (
Limaille de fer un gros.
Mêlez avec suffisante quantité de teinture aqueuse de cannelle pour un opiat.
Le malade prend demi-gros de ce remède matin et soir. Même boisson , même régime , frictions sèches , bains froids et exercice à cheval.
Amélioration sensible, retour progressif des forces, les chairs acquièrent de la consistance et de la fermeté, les muscles reprennent de la force, la nutrition se fait mieux , il se forme de la graisse dans le tissu cellulaire,
A la fin de l’été le malade va habiter la campagne ;
il se livre aux exercices du cheval et de la chasse , et n’use d’autre remède que des eaux minérales ferrugineuses ; il marche rapidement vers une santé florissante , bientôt on n’aperçoit plus dans aucune de ses fonctions de traces de l’atonie qui avait été portée si loin*