C. — Combattre la constipation
III. — La médication narcotique, indispensable dans le traitement de la péritonite, détermine de la constipation et du tympanisme. Il importe cependant d'assurer le bon fonctionnement de l'intestin, sans provoquer de coliques, ce qui est parfois difficile. Dans ce but, je fais prendre chaque matin deux ou trois capsules d'huile de ricin. Il y a souvent avantage à donner le calomel à doses fractionnées ;
Calomel à la vapeur 20 centigr.
Sucre blanc pulvérisé 1 gramme.
Pour 10 paquets. Un toutes les deux heures.
La magnésie calcinée est le laxatif qui convient le mieux dans les affections abdominales de la femme.
IV. — Les eaus minérales purgatives sont préférables dans la période subaiguë ou chronique. Enfin, lorsque la constipation persiste ou lorsque l'estomac rejette les laxatifs, il faut recourir aux lavements à ia glycérine, aux suppositoires a la glycérine solidifiée et, en cas de nécessité absolue, au lavement purgatif traditionnel qui vide facilement l'intestin et fait disparaître le tympanisme sans provoquer trop de douleurs:
Follicules de séné 8 grammes.
Sulfate de soude 15 —
Miel de mercuriale ,.60 —
Eau bouillie 400 -
V. — Les applications mercuriclles ne conviennent que lorsque la péritonite est arrivée à l'état subaigu el alors
que le diagnostic sera déjà bien établi. J'emploie la formule :
Onguent mercuriel simple 20 grammes.
Eïtrait de belladone. , 1 -
lodure de potassium j "* "
Appliquer de cette pommade gros comme une noisette dans la région hypogastrique, trois fois par jour ; recouvrir ensuite d'un cataplasme de farine de lin. Cesser s'il y a de la salivation.
Commelapéritoniteehoz lafemine estprcsquetoujours d'origine utérine ou puerpérale, il faut établir le diagnostic d'une façon précise aussitôt que l'atténuation des symptômes aigus permet l'exploration vaginale et abdominale. II ne faut cependant, dans aucune période de la maladie, négliger le lavage et l'asepsie des organes génitaux. Je conseille donc de pratiquer fréquemment des injections vaginales eliaudes (37" ou 38°) avec une solution phéniquée à 10/1000.
VI. — Enfin, lorsque la péritonite est d'origine perpuérale el qu'on soupçonne la rétention de produits placentaires dans l'utérus ou l'existence d'une suppuration pelvienne, ce qui est indiqué par les hautes températures (40" à 41"), on ne saurait s'en tenir à la médication symptomatique que je viens d'exposer. Je conseille, dans ces cas, d'anesthésier la malade, d'établir d'une façon précise la cause des symptômes graves et d'intervenir selon les indications (curetage, ouverture des abcès pelviens, laparotomie, etc.).
(cellulite pelvienne)
L'envahissement, assez justifié du reste, de la pathologie utérine par la chirurgie, qui semble devoir ramener toutes les maladies et suppurations pelviennes au pyo-salpynx, me paraît cependant devoir s'arrêter devant un type morbide toujours très fréquent : le phlegmon péri-utérin, que les Anglais et les Allemands désignent sous le nom de cellulite pelvienne.
Le phlegmon utérin occupe le sommet ou la base du ligament large ; il siège derrière l'utérus (phlegmon utéro-sacré), ou en avant (paramétrite antérieure, phlegmon de la cavité de Relzius).
Le phlegmon péri-utérin ne se termine pas nécessairement par la suppuration. Dans ces cas, la thérapeutique n'a rien de chirurgical. C'est celle que je vais formuler. Au point de vue du traitement, il faut distinguer la période aiguë et la période chronique.
A. — Période aiguë.
I. — La première indication est le repos absolu. Le toucher révèle l'existence d'une tumeur bombant le plus souvent dans le vagin et dont le siège varie selon l'emplacement qu'occupe la phlegmasie. Cependant, cette tumeur n'est pas facilement accessible au toucher dans les cas où le phlegmon occupe le ligament large. La douleur, qui est toujours très intense, indique, mieux que l'examen bimanuel, le siège de la maladie.
II. — Combattre la douleur par la médication que j'ai indiquée pour la péritonite : opiacés par le rectum, narcotiques, etc. (Voir p. 111).
III. — Combattre les vomissements qui constituent un des symptômes fréquents de la maladie (Voir Vomissements d'origine utérine.
IV. — Combattre la fièvre et l'hyperthermie. Les analgésiques nouveaux sont très utiles dans le phlegmon péri-utérin ; ils agissent à la fois sur la température et sur la douleur. Je prescris la potion suivante :
Antipyrine 2 grammes.
Sirop de pavots blancs 30 —
Alcoolat de menthe 10 —
Eau de tilleul 60 —
Une cuillerée à soupe toutes les heures.
Mciliralioii locale.
V. — Applications de sangsues à l'hypogastre du côté où il est possible de percevoir la tumeur et lorsque la phlegmasie s'étend jusqu'à la paroi abdominale. Applications d'onguent mercuriel et de cataplasmes sur la même région.
VI. — Applications d'ovules médicamenteux & glycérine dans le vagin, ou de tampons imbibés de :
Glycérine officinale 30 grammes.
Chlorhydrate de eoeaîne i gramme.
VII. — Maintenir l'asepsie du vagin par des irrigatk chaudes, trois ou quatre fois par jour, avec :
SK' | ** l0 6 ramra e 8 .
Acide thymique ) gramme.
Alcooi 210 grammes.
Deux cuillerées à soupe par litre.
On peut employer tout autre agent antiseptique, l'exception du sublimé, dont l'action prolongée est trop irritante.
- Période subaiguë ou chronique.
Aussitôt que les symptômes aigus sont dissipés qu'il n'est plus nécessaire de combattre l'élément dou leur, un examen plus approfondi permet de se rendre un compte exact de la situation ainsi que du volume
TRAITEMENT l)U PHLKGMOM i'Élil-UTÉRIN ilU
! la tumeur et, dans quelques cas, de constater ou suppuration ou la tendance à la résolution.
a. Suppuration. — Lorsque la suppuration est nettement démontrée, le traitement ne comporte pas nécessairement l'intervention chirurgicale. Sans doute, il convient de donner issue au pus le plus tôt possible chaque fois que la tumeur fluctuante émerge dans une partie accessible du vagin. Mais cela est rarement le cas. Le plus souvent, la poche purulente ne peut être atteinte que par la laparotomie et, dans certains cas, il faut pratiquer l'hystérectomie vaginale pour atteindre sûrement le sac.
Je nediscuterai pas ici ces interventions, souvent justifiées, puisque je n'aborde pas, dans ces formules, la thérapeutique chirurgicale. J'insiste seulement sur un point, à savoir : le phlegmon suppuré de la cavité de Hetzius s'ouvre le plus souvent spontanément dans le rectum, dans le vagin ou dans la vessie. Cette ouverture spontanée fait disparaître immédiatement les symptômes graves et, dans quelques cas, peut être suivie par la guérison définitive. J'en ai connu de nombreux exemples authentiques. Dans d'autres cas, au contraire, l'ouverture spontanée du sac dans les cavités voisines donne lieu à des symptômes variés : fistules, abcès pelviens multiples, qui rendent la laparotomie ou l'hystérectomie inévitables.
b. Résolution. — S'il n'y a pas suppuration, le phlegmon péri-utérin se termine par laformation d'une sorte de tumeur indurée, rarement douloureuse au toucher,
ayant pour principal inconvénient de déterminer des adhérences de l'utérus et des annexes. La thérapeutique non chirurgicale reprend ici ses droits; elle consiste à :
Favoriser la résolution complète de la tumeur ;
Rompre les adhérences et rendre à l'utérus sa mobilité.
VIII. — Un grand nombre de cliniciens croient encore à l'efficacité des vésicatoires et des pointes de feu, appliqués dans la région hypogastrique, le plus près possible du siège de l'induration. Une telle pratique, contestée par l'école chirurgicale absolue, me paraît soutenable en se plaçant sur le terrain purement clinique. J'y ai recours dans un bon nombre de cas, ainsi qu'aux autres révulsifs (teinture d'iode, huile de croton, etc.), en surveillant avec soin l'état général de la malade et le bon fonctionnement de la vessie.
IX. — Comme traitement général, je conseille les iodures associés à la médication reconstituante. Voici la formule que j'emploie le plus habituellement et qui est, du reste, celle qui s'applique à toutes les indurations et adénopathies :
lodure de sodium 20 grammes.
Sirop d'écorce d'oranges amères 500 —
Une à deux cuillerées à soupe par jour.
X. — Enfin, le véritable traitement local du phlegmon péri-utérin chronique non suppuré et compliqué d'adhérences consiste dans le massage. Je ne puis, dans une
simple formule, exposer la technique détaillée de ce traitement, sur lequel j'ai déjà publié divers travaux. Un ou deux doigts seront introduits dans le vagin jusque sur le col utérin ou sur le siège de l'induration, pendant que la main gauche, appliquée sur la paroi abdominale, fera une contre-pression. On arrive ainsi à saisir entre les deux mains la masse indurée ou l'utérus enclavé et, par des pressions et massages gradués, à détruire les adhérences. Le massage est une des actions thérapeutiques les plus efficaces que je connaisse dans les affections chroniques de l'utérus et de ses annexes.