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Ces considérations générales vont nous servir à établir les règles d'une bonne prophylaxie du trachome et nous permettre d'étudier la question importante de l'isolement des granuleux.
Faut-il laisser les granuleux dans une famille ? Faut-il, dans un hôpital, instituer des salles de granuleux destinées exclusivement aux personnes atteintes de granulations, séparer les ophtalmiques granuleux des autres malades et les classer également par catégories séparées, d'après le degré de gravité de la maladie, l’abondance de la suppuration, etc. Doit-on renvoyer les enfants granuleux d’un pensionnat chez les parents ? Congédier les militaires qui sont atteints de granulations? Evacuer un établissement où cette affection est devenue endémique ?
Galezowski, attribuant au trachome une extrême contagiosité, semble vouloir un isolement complet.
Pour de Wecker, les granulations à sécrétion conjonctivale sont les seules dangereuses ; les granulations chroniques non enflammées, à muqueuse presque sèche, sont au contraire anodines. Aussi garde-t-iltoutes ses rigueurs pour les granulations fluentes.
Il ne demande pas l'isolement des granuleux secs etne trouve pas d’inconvénient à congédier dans sa famille un militaire ou un collégien présentant cette forme de granulations etàle laisser vivre de la vie commune. Toutefois il conseille de prendre certaines précautions et de surveiller attentivement ces malades. En effet, pendant.un certain temps, ils peuvent présenter une conjonctivite granuleuse non contagieuse ; mais à un moment donné, à la suite d'irritations diverses et répétées, la conjonctive peut s’enflammer, un état de purulence est susceptible de se déclarer, auquel cas ils deviennent subitement un danger pour leur entourage. Aussi déconseille-t-il autant que possible la cohabitation des sujets granuleux avec des sujets sains.
Nous estimons qu'à tout prendre, il est bien préférable de pêcher par excès que par défaut de prudence. Néanmoins, si nous pesons les conditions de contagion et de non-contagion que
50% nous avons précédemment énumérées, nous serons porté à nous faire une opinion qui variera suivant les circonstances et suivant les cas : nous distinguerons les diverses formes de granulations, les formes sèches et les formes fluentes ; nous tiendrons le plus grand compte de l’âge, du sexe, du tempérament des sujets, de leurs antécédents oculaires, de l’état actuel de leurs yeux, de leurs conditions sociales ; nous nous souviendrons que les granulations les plus bénignes en apparence peuvent, à un moment donné, devenir extrêmement contagieuses. Sous des influences irritantes diverses, générales ou locales, il peut se produire une inflammation vive de la conjonctive avec sécrétion purulente, et, dans ces conditions, le sujet peut infecter toute une famille et devenir de ce chef très dangereux.
Aussi, nous pensons que les granuleux aigus ou subaigus, présentant un écoulement purulent, muco-purulent, muqueux ou lacrymal, doivent être soigneusement isolés. Mais, comme l'in fection se produit par le contact seulement (direct ou indirect), cet isolement ne sera jamais absolu.
À l'hôpital, il n’est pas nécessaire d’avoir recours à un isolement complet, d’avoir une salle particulière destinée aux seuls granuleux : mais l'isolement relatif s'impose : il sera d’ailleurs facile de l'obtenir.
Dans les armées, quoique les cas de contagion granuleuse soient aujourd’hui extrêmement rares, il importera néanmoins de prendre certaines précautions. Le métier des armes, par le service de garnison, les marches forcées,les factions en plein air, l’encombrement dans les corps de garde, etc., prédispose auxaffections -conjonctivales de toutes sortes et prépare ainsi au développement de cette affection. On peut ajouter à ces différentes causes les blennorrhées oculaires par cause uréthrale, et peut-être aussi la dépression de l'organisme résultant du passage brusque de l’état Civil à l’état militaire,
Pour tous ces motifs, il importera donc d'isoler les militaires
atteints de granulations, de les hospitaliser et de les soigner jusqu'à guérison suffisante. À leur sortie de l'hôpital, les militaires entièrement rétablis pourront être dirigés sur leur corps, où ils seront soumis à une surveillance active. Si, par exception, un convalescent d’ophtalmie granuleuse est renvoyé dans ses foyers, il sera nécessaire d'indiquer aux parents et à lui-même les précautions à prendre pour empêcher la maladie dont il est atteint de se communiquer à d’autres.
D'autre part, l'ophtalmie contagieuse n’est pas bornée aux armées ; depuis longtemps déjà, elle a fait invasion dans le civil, et, si malheureusement le soldat renvoyé dans ses foyers a contribué à une certaine époque à infecter les populations, celles-ci à leur tour pourraient réimporter l’ophtalmie dans l’armée. Parmi les jeunes soldats qui arrivent au corps on peut en trouver quelques-uns qui présentent des granulations.
Des soldats renvoyés en congé chez eux, et présentant des conjonctives saines en apparence, peuvent également à leur retour présenter des granulations.
Il faudra donc, dans le recrutement, visiter les hommes avec le plus grand soin; visiter aussi tout homme rentrant au corps après une absence quelconque, le renvoyer sur-le-champ en traitement dans les hôpitaux si l’état de ses yeux l'exige, ou le surveiller attentivement s’il est peu gravement atteint.
Dans les écoles, dans les pensionnats, dans les orphelinats, les granuleux, avec sécrétion abondante, pouvant devenir une source constante d'infection, seront soigneusement isolés et traités jusqu’à guérison complète. On surveillera attentivement les granuleux secs. D’ailleurs, il sera toujours possible de les grouper, et, s’ils sont assez nombreux, de constituer pour eux des classes spéciales.
Dans les familles où la contagion est fréquente, il faudra éviter l'encombrement et les contacts intimes, médiats ou immédiats, entre sujets sains et sujets infectés; linges, mouchoirs, éponges,
por essuie-mains, cuvettes, etc..., seront spécialement affectés à chaque membre.
Enfin, on s’efforcera de faire connaître partout que l’ophtalmie granuleuse est une maladie essentiellement contagieuse et, partant dangereuse, puisqu'elle est susceptible de se communiquer d’un individu à l’autre ; on indiquera en même temps les précautions à prendre pour éviter le danger de la contagion.
Eloigner le granuleux de la famille, c’est déjà éloigner la source même de l'infection ; le soigner et le guérir, si possible, c’est la détruire. L'hospitalisation et le traitement actifs des granuleux d’une part, les enquêtes administratives et les instructions médicales d'autre part, sont les conditions nécessaires d'une bonne prophylaxie du trachome.
En résumé, qu'il s'agisse du civil ou du militaire, de la caserne ou dela famille, des crèches, des écoles, des pensionnats, etc... il importera d'éviter les causes qui ont pour effet d'entretenir un état congestif ou irritatif sur les organes oculaires, ou d'en occasionner l’inflammation : le séjour dans une atmosphère froide, humide, chargée de poussière ou de fumée, l’action d’une vive lumière réfléchie par une substance blanche, les refroidissements, etc... Il faudra supprimer également l'abus des boissons alcooliques, et conseiller une nourriture saine et suffisante. On s’efforcera de placer le malade dans des conditions hygiéniques favorables et de lui procurer autant d’air pur que possible. Les malades devront sortir et se promener tant que leur état sanitaire et les conditions atmosphériques le leur permettront. Comme la granulose palpébrale a pour facteurs principaux, outre la présence d'un agent actif, l'influence des causes dépressives de toute nature, il faudra entourer le malade de toutes les conditions propres à relever le moral, s’il est abattu, et la constitution physique, si elle est ébranlée.
OBSERVATIONS