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Comment se fait la contagion granuleuse ? Les avis des auteurs sont assez partagés à ce sujet.
Giraldès croit à l'infection par l'air, qui jouerait le rôle d'agent intermédiaire en transportant les germes et en les déposant sur la muqueuse oculaire.
D'après cet auteur, lorsque plusieurs individus atteints d'ophtalmie granuleuse se trouvent réunis dans un même local, l'atmosphère pourrait peut-être se charger de molécules contagieuses par le fait de l'évaporation du pus qui s'échappe continuellement des yeux ophtalmiques. Et il appuie cette manière de voir sur des analyses de l'atmosphère des salles contenant
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des enfants atteints de trachome, analyses dans lesquelles on & découvert des globules de pus et des plaques épidermiques.
De Græfe croyait également à l'infection par l'air.
Cette même théorie a servi au D’ Gendron (Thèse de Paris, 1882) pour expliquer l'apparition subite, eu pleine mer, d’une ophtalmie granuleuse à bord des cuirassés le Sufren et le Friedland. Ces vaisseaux étaient mouillés à Cattaro, dans le voisinage d’un navire russe contaminé, sur lequel passait le vent du nord avant d'arriver aux bâtiments francais. Ces derniers, qui étaient partis de leur port dans un très bon état sanitaire, virent, après un court séjour dans ce voisinage, éclater tout d’un coup une épidémie granuleuse. Toute cause de contamination directe ou indirecte fut facilement écartée, puisque le personnel d'aucun bateau français ou russe n’eut de relations : l’air fut dès lors considéré comme l’agent seul capable d’avoir pu transmettre la maladie.
Sulzer, de son côté, ayant constaté en Arabie et aux îles de la Sonde que le trachome est particulièrement fréquent pendant la saison des pluies et au moment des mo ussons, admet aussi le mode de transmission par l'air.
La contagion par l’air est possible, mais parait cependant peu probable. Il se peut, accidentellement, que le vent transporte dans l'œil le germe de l’ophtalmie granuleuse ; mais d'ordinaire l’air, comme le froid, l'humidité, la grande chaleur, le vent, les poussières, les brusques changements de température préparent, en déterminant l'irritation de la conjonctive, un terrain favorable à l'infection. Si les granuleux observés par Sulzer étaient plus nombreux à l’époque des moussons ou des pluies, c’est que, fort probablement, la plupart de ces patients étaient déjà porteurs de granulatious latentes, sans réaction et qui avaient été jusque-là méconnues; sous l'influence de l’intempérie du temps, de la pluie, du vent, ces granulations avaient été irritées et les patients avaient été amenés à consulter. À Montpellier, par
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le mauvais temps, le mistral surtout, nous voyons les granuleux venir nous consulter en plus grand nombre. Cette affluence de malades s'explique surtout par l’irritation oculaire que produisent le vent, la poussière, le mauvais temps; peut-être aussi, est-il bon de faire remarquer que la plupart de nos granuleux, étant pauvres et réduits à travailler même avec des yeux malades, profitent du mauvais temps pour venir se faire traiter.
La coutagion entre l'œil sain et l'œil malade se fait généralement par le contact direct ou indirect. Si le germe du trachome était le gonocoque, il faudrait aussi admettre le contact du pus blennorrhagique avec l'œil.
Dans certains pays, on n'a pas manqué d’incriminer les insectes, auxquels on ferait jouer le rôle de porte-virus. En Egypte notamment, certains auteurs prétendent que de grosses mou ches, en se portant des individus granuleux aux individus jusquelà indemnes, communiqueraient à ces derniers des granulations. Les doigts, les mouchoirs, les linges et les objets de toilette (serviettes, éponges, cuvette, etc.) sont à bon droit accusés. La contagion parait se faire d'autant plus facilement que l’encombrement est plus considérable et les rapports plus intimes. Plus le contact est fréquent et prolongé, plus la diffusion des liquides granuleux est facile, plus rapide et plus étendue est la contagion.
D'ailleurs la contagion exige d'ordinaire une certaine prédisposition générale ou locale.
Le germe, pour se développer, a besoin d'un terrain convenablement préparé.
La race, le climat, l'hygiène générale, l’âge, le sexe, l’altitude, la constitution individuelle, les inflammations, ont été invoqués.
Pendant longtemps on avait cru que les nègres étaient absolumeut réfractaires au trachome, que les israélites au contraire et les juifs y étaient prédisposés : aujourd’hui, il faut en rabattre. Le nègre, bien que moins fréquemment atteint, peut présenter
a 4 is cependant des granulations, et, parmi les juifs, les plus éprouvés par la maladie sont précisément les plus pauvres, ceux qui vivent dans de mauvaises conditions d'hygiéne, mal nourris, entassés dans des logements restreints, sales et peu aérés.
Chibret a observé que la race celtique jouissait d’une immunité à peu près complète vis-à-vis du trachome, et que le virus trachomateux, après son passage sur un Celte, perdait de sa virulence pour les autres Celtes. Il appuie son observation sur des arguments tirés de l’anthropologie,de la géographie,de la clinique et de l’histoire du trachome. Partout en Europe, sauf pour le Piémont, le trachome ne sévit point là où l’élément celtique domine franchement et devient contagieux là où cet élément est moins pur. Et cette immunité persiste quand les Celtes quittent leurs montagnes pour s’établir dans les plaines.
Le même auteur a signalé également ce fait qu’en Belgique, en Suisse et en France, le trachome perd sa contagiosité audessus de 200 mètres. Sur le plateau central, le trachome est presque absent (0,31 o/, sur 3000 malades).
L'altitude, en effet, semble constituer une condition favorable pour faire perdre au irachome sa gravité et le rendre même inconnu dans certains pays élevés. Mais dans certaines contrées où la chaleur est plus forte, en Algérie, dans le Brésil, dans la Bavière, il faut monter beaucoup plus haut pour rencontrer l’immunité granuleuse ; ce n’est guère qu’à 7 ou 800 mètres qu'on n’observe plus de granuleux.
Les pays chauds et bas, les bords de la mer, sont plus particulièrement exposés au trachome ; toute la région qui encadre la Méditerranée, la Belgique, la Hollande, l’frlande, paraissent largement infectées.
Lorsqu'on visite les familles des granuleux, on est souvent frappé de voir les divers membres qui les composent, vivant dans les mêmes conditions, ayant des rapports intimes depuis des mois et des années, être les uns indemnes, les autres gra-
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nuleux, et, d’une façon générale, la plupart très inégalement touchés : l'explication de ce fait se trouve dans une prédisposition individuelle générale à l'infection.
Les granuleux sont presque toujours des pauvres ; et la contagion se produit d'autant plus facilement qu'il s’agit de misérables, mal nourris, vivant dans de mauvaises conditions hygièniques.
Les bléphariles, les conjonctivites, les kératites, les affections lacrymales, etc., préparent le terrain et créent uu «locus minoris resisteniiæ » : aussi voii-on la plupart des granuleux signaler dans leur jeune âge ou dans le courant de leur vie des poussées du côté des yeux qui ont laissé souvent persister des taies ou des leucomes de la cornée.
La scrofule, le lymphatisme, offrent un terrain favorable à la propagation du trachome. Arlt admet son action, Venneman, Panas et d’autres lui font jouer aussi un certain rôle. Avec le professeur Truc, nous reconnaissons au lymphatisme une influence prépondérante.
Les enfants, les adolescents, les jeunes femmes, à peau fine, à grosses lèvres, à chair molle et flasque, à ganglions cervicaux généralement développés, sont, dans les neuf dixièmes des cas, les seuls atteints, surtout au début. La plupart de nos granuleux ont été ou sont encore des lymphatiques.
La contagion granuleuse dépend donc de germes infectieux et d’une prédisposition générale. Elle varie d'intensité suivant les milieux, suivant les individus et le degré de virulence, C'est là un fait que l'on a toujours constaté. Il semble même aujourd'hui que l'ophtalmie granuleuse aille en diminuant et que la contagion tende à s’affaiblir. En Europe, sa diffusion est moins grande : on ne voit plus ces redoutables épidémies qui, au commencement du siècle, ont ravagé presque toutes les armées d'Europe et fait tant de victimes. Les foyers endémiques, à l'heure actuelle, sont absolument rares. Les germes de l'ophtal-
mie granuleuse ont-ils diminué de virulence, ou le terrain auquel ils s’attaquent ordinairement est-il devenu plus résistant par le fait des progrès de l’hygiène ? Il se peut que la thérapeutique, en guérissant ou modifiant de nombreux granuleux, ait diminué, dans une notable mesure, la propagation du trachome.
On peut, semble-t-il, trouver ailleurs une autre explication de ce fait. Pour ne parler que de Montpellier, au début, les granuleux sont venus consulter en grand nombre, alors que les autres malades ophtalmiques étaient relativement peu abondants. À ce moment, leur proportion était considérable. Aujourd'hui, les granuleux n'ont pas augmenté : grâce à une bonne hygiène et à un traitement bien conduit, ils ont a plutôt diminué. Les autres malades viennent au contraire en bien plus grand nombre. Il est facile de comprendre que la proportion des granuleux par rapport à ces derniers soit aujourd'hui beaucoup moins forte.
L'ophtalmie granuleuse purulente, qui est la forme la plus virulente, est absolument rare dans nos pays; la forme sèche, la plus commune, est beaucoup moins dangereuse. C'est là ce qui explique la diminution du trachome que les auteurs sont d'accord à constater.
Dianoux n’a jamais observé de contagion à Pen-Bron ; Chibret, à Clermont-Ferrand, ne relate qu'un seul cas de contagion sur plusieurs milliers de malades ; sur 275 écoliers silésiens, Cohn a trouvé à peine !°, de granuleux ; dans les familles que Venneman a visitées en Belgique, il y a peu de granuleux ; les différentes enquêtes auxquelles nous nous sommes livré à Montpellier, à Cette ou dans les villages des environs nous ont donné cette conviction, que la contagion, dans tous ces divers milieux, est assez faible. Nous allons donner d’ailleurs, à ce sujet, plus de détails.
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