ACTE II, TABLEAU I, SCENE II 3I
Tout à l'heure, en voyant au loin, de ma fenêtre, A travers les brouillards le gai soleil renaître, J'ai senti dans les cieux, à l'orient vermeil. Dans les bois, sur les eaux, en moi-même, un réveil ! O le riant et frais matin ! l'heure divine ! Un souffle généreux traverse ma poitrine, 11 me soulève, et comme une ardente liqueur. Le printemps et l'amour me bouillonnent au cœur !
VIOLA, appuyant sa tête en arrière, sur la poitrine de son maître.
Oui, dans l'air où les fleurs cette nuit sont écloses Flotte l'encens des lys, des jasmins ou des roses. Selon le vent qui passe, et ces parfums changeants Viennent porterie trouble au cœur des jeunes gens...
Premiers accords de l'aubade.
Maître, elle m'envahit, cette ivresse magique...
LE DUC
La musique commence, — écoutons la musique !
Musique, sur laquelle se disent les vers suivants :
Les yeux battus, fermés au matin qui pâlit, La brune Olivia repose en son grand lit, Sur un épais duvet, sous des courtines blanches Où sa mairr a brodé des oiseaux et des branches. Et, rêvant de l'aubade en son demi-sommeil. Croit entendre des voîx lui chanter le réveil.
« Qu'est-ce donc ? rêve-t-elle, est-ce le chceur des anges
^l'arrivant du divin séjour ?
Non, ce sont les pinsons, plutôt, et les mésanges
Oui me disent : « Voici le jour !
« Vous réveillez-vous, la belle oublieuse ? Belle nonchalante, ouvrez vos yeux doux ! N'entendez-vous pas la chanson joyeuse Que dans l'aubépin, le frêne et l'yeuse
Nous vous chantons tous ?
Vous réveillez-vous la belle oublieuse ?
Vous réveillez-vous ?
« Vous réveillez-vous, la belle endormie ? Pourquoi n'être pas levée avec nous ?
En vain nous chantons : vous n'écoutez mie ! De votre sommeil, ô gentille amie !
Nous sommes jaloux.
Vous réveillez-vous, la belle endormie ?
Vous réveillez-vous ? )-
Elle écoute... Un souris léger plisse sa bouche... Par un coin du volet, sur le bord de la couche, Un furtif rayon d'or vient baiser son bras blanc. Ses yeux sont toujours clos. Mais voici qu'en tremblant Glisse sous sa paupière une lueur d'aurore... — Allez, musiciens ! Plus haut ! plus haut encore !... Non, ce ne serait plus aussi bien, calmez-vous.