ACTE II TABLEAU I, SCÈN'E II
Plus bas ! plus bas !... Le chant déjà discret et doux S'apaise encor... Ce n'est qu'un murmure d'abeille... Il s'éloigne... il s'éteint...
La musique cesse.
Et ma beauté s'éveille!
« Quoi ! je n'entends plus rien ! dit-elle|; ai-je rêvé ? Car j'ai dormi longtemps : le soleil est levé ! »
Atc nom d'Olivia, Viola d'abord a porté la main, douloureusement, à sa poitrine ; mais, peu à peu, elle s'est abandonnée au charme de la musique et son visage a rayonné.
LE DUC
Silvio, que dis-tu de l'aubade ? Tu l'aimes ?
VIOLA, avec enthousiasme.
Elle trouve un écho dans les profondeurs mêmes Où tressaille l'amour !
LE DUC
Dieu ! quel air triomphant !
Quoi, tu parles ainsi de l'amour, mon enfant ? — Enfant !... Oui, c'est le nom dont encor je te nomme. Car ce serait mentir que t'appeler un homme. Tu le seras trop tôt, hélas ! Même à vingt ans. Que te restera-t-il de ces fleurs du printemps ? jNIais aujourd'hui ta lèvre est riante et vermeille ; Comme un chafit d'oiseau bleu ta voix charme l'oreille ; Tu n'as point nos laideurs, n'ayant point nos soucis ;
L'amour, en te voyant, flotterait indécis, Tant ce visage est pur et semble d'une femme. Et tu parles d'amour ? On dirait, sur mon âme ! A ta mine exaltée, à ton accent vainqueur. Que quelqu'un t'a déjà fait palpiter le cœur... Pourquoi pas, après tout ^
VIOLA
Monseigneur, je vous jure...
Apres une seconde de réflexion et un sourire. Bah ! — Vous avez dit \rai !
LE DUC
Quelle est la créature Qui dans cette jeune ;ime a causé tant d'émoi ?
Silence de Viola.
Voyons, est-elle brune, ou blonde comme moi ?
VIOLA
Comme vous.
LE DUC
Mais encor... son visage ? sa taille ?
VIOLA
Comme vous.
LE DUC
Comme moi toujours ! Oh ! qu'elle vaille