‹ Conte d'Avril; comédie en quatre actes et six tableaux en versChapitre 25 sur 84 · ACTE II, TABLEAU I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, TABLEAU I, SCÈNE II

LE DUC

Oui... mais je ne veux pas douter ainsi; je l'aime, Je l'aime !... Je ne puis à ce point m'abuser... Tiens, la preuve : je viens encor de composer Des vers : c'est un sonnet, et de la bonne marque, Tout plein de traits d'esprit, comme ceux de Pétrarque, Où j'ai, sans me flatter, peint assez galamment Les froideurs de ma belle et mon affreux tourment. Le voici. Prends encor cette bague où s'embrase Un chaton merveilleux fait d'une chrysoprase, Car j'ai compté sur toi, si cela t'est égal. Pour remettre l'écrin avec le madrigal. '

VIOLA, à part, avec tristesse.

Si cela m'est égal !

LE DUC

Mais surtout, fais en sorte De voir Olivia, quitte à forcer la porte; Puis, avant de partir, tu lui demanderas' Son portrait.

VIOLA, avec résignatioft.

Et que lui dirai-je ?

LE DUC

Tu diras...

Tout ce qu'on dit en pareil cas : que dans mon âme Ses yeux ont allumé l'inextinguible flamme ;

Qu'en ses cliaines je suis captif; que ses rigueurs Me plongent nuit et jour en d'affreuses langueurs : Que, dans un seul espoir ayant souci de vivre, Je souhaite parfois que la mort me délivre...

VIOLA

Est-ce vrai ?

LE DUC

Xon, grand Dieu ! c'est fort exagéré, Mais cela fait très bien.

VIOLA

Alors... je le dirai.

— Pourtant, j'aimerais mieux rester.

Enfant timide !

Olivia n'est point l'enchanteresse Armide ; Que crains-tu d'elle ?

VIOLA

Rien, mais je ne sais pounjuoi, Je voudrais bien qu'un autre...

LE DUC

Eh non, ce sera toi.

Oui, mon plus gentil page aura ce privilège. Tu me porteras chance. Et comment cnverrais-je Un autre messager d'amour à ma beauté, Plus pareil à l'Avril, précurseur de l'Été }

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