ACTE II, TABLEAU III, SCENE V
LE DUC
La pauvre jeune fille !
A son âge, mourir ainsi ! Mais cet amant Était stupide, aveugle et sourd, assurément. Ah ! voilà bien les gens que le ciel favorise !
VIOLA
Il peut s'être mépris...
LE DUC
Il n'est pas de méprise Possible, en vérité ! Les furtives rougeurs, Et la voix caressante, et les regards songeurs, N'est-ce donc pas assez ? Peut-on ne rien comprendre ? Ne pas voir ce visage ému ? ne pas entendre S'exhaler les soupirs naïfs de ce cœur pur ? Oh! moi, j'aurais bientôt compris!
VIOLA
Ce n'est pas sûr.
Avec une émotion croissante.
Qui sait, ô mon seigneur? peut-être qu'une femme, Ainsi que Viola, vous appelle en son âme, Ainsi qu'elle, a le cœur de tendresse altéré, Et^soupire après vous comme elle a soupiré !
LE DUC, pensif.
Oui... Quand Olivia me repousse et me glace.
Il me semble, parfois, que quelqu'un prend sa place.
Oui ? je ne sais. Je suis à l'aveugle pareil :
Ses )eux clos n'ont point vu la splendeur du soleil,
.Mais des rayons dorés qu'il ne peut pas connaître
La douceur, cependant, l'échauffc et le pénètre :
Ainsi j'ai cru sentir, en des instants d'émoi,
Un amour inconnu flotter autour de moi.
— Une femme qui m'aime ? — Oh ! s'il en était une,
Quels que fussent son rang, ses aïeux, sa fortune,
Je me proclamerais aujourd'hui son amant
Et demain son époux...
VIOLA, à pLirt.
Ah!
LE DUC
J'en fais le serment.
VIOLA, à pari.
Moi, j'ai lait un serment aussi, bien téméraire !
LE DUC
La connaitrais-tu ?
VIOLA, dans un suprême effort.
Non.
A part.
Tu l'as voulu, mon frère!
Avec un-e exaltation douloureuse.
Ah ! tenez, monseigneur, il faudrait en hnir : L'incertitude ciît trop ( ruelle, et l'avenir