‹ Conte d'Avril; comédie en quatre actes et six tableaux en versChapitre 46 sur 84 · ACTE II, TABLEAU III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, TABLEAU III, SCENE V

LE DUC

La pauvre jeune fille !

A son âge, mourir ainsi ! Mais cet amant Était stupide, aveugle et sourd, assurément. Ah ! voilà bien les gens que le ciel favorise !

VIOLA

Il peut s'être mépris...

LE DUC

Il n'est pas de méprise Possible, en vérité ! Les furtives rougeurs, Et la voix caressante, et les regards songeurs, N'est-ce donc pas assez ? Peut-on ne rien comprendre ? Ne pas voir ce visage ému ? ne pas entendre S'exhaler les soupirs naïfs de ce cœur pur ? Oh! moi, j'aurais bientôt compris!

VIOLA

Ce n'est pas sûr.

Avec une émotion croissante.

Qui sait, ô mon seigneur? peut-être qu'une femme, Ainsi que Viola, vous appelle en son âme, Ainsi qu'elle, a le cœur de tendresse altéré, Et^soupire après vous comme elle a soupiré !

LE DUC, pensif.

Oui... Quand Olivia me repousse et me glace.

Il me semble, parfois, que quelqu'un prend sa place.

Oui ? je ne sais. Je suis à l'aveugle pareil :

Ses )eux clos n'ont point vu la splendeur du soleil,

.Mais des rayons dorés qu'il ne peut pas connaître

La douceur, cependant, l'échauffc et le pénètre :

Ainsi j'ai cru sentir, en des instants d'émoi,

Un amour inconnu flotter autour de moi.

— Une femme qui m'aime ? — Oh ! s'il en était une,

Quels que fussent son rang, ses aïeux, sa fortune,

Je me proclamerais aujourd'hui son amant

Et demain son époux...

VIOLA, à pLirt.

Ah!

LE DUC

J'en fais le serment.

VIOLA, à pari.

Moi, j'ai lait un serment aussi, bien téméraire !

LE DUC

La connaitrais-tu ?

VIOLA, dans un suprême effort.

Non.

A part.

Tu l'as voulu, mon frère!

Avec un-e exaltation douloureuse.

Ah ! tenez, monseigneur, il faudrait en hnir : L'incertitude ciît trop ( ruelle, et l'avenir

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