ACTE II, TABLEAU III, SCENE V 7I
Non, maître Vous ne l'êtes pas tant que vous le croyez être : Vous avez du dépit, mais les grandes douleurs D'amour n'en ont jamais : elles n'ont que des pleurs.
LE DUC
Pour la seconde fois ta science m'étonne !
Qu'en sais-tu, si tu n'as aimé d'amour personne ?
VIOLA
Aucune femme.
LE DUC
Alors, qui donc te révéla Ces choses ?
VIOLA, après une hésitation.
Une sœur : c'est ma sœur Viola, Qui plus que vous, allez ! connut cette souffrance Dont on ne guérit pas, d'aimer sans espérance.
LE DUC
Ainsi ta pauvre sœur aimait un inconstant, Un ingrat ?
VIOLA
Non, mais tout les séparait. Pourtant, Auprès du cher seigneur qui lui prenait sa vie. Cachée, elle ^'ivait. Le cœur tout gros d'envie. Elle voyait, alors, dans un rêve enchanté Passer le fier essaim des dames de beauté,
Regardant vers la maison d'Olivia.
De celles qu'on admire et de celles qu'on aime, Sans qu'un rayon d'espoir brillât pour elle-même. Et lui, devant les pleurs qu'elle versait tout bas Restait indifférent... et ne comprenait pas ! Car Viola devait se taire, et, dans la fièvre. Jamais le doux aveu ne sortit de sa lèvre. Comme un ver qui flétrit et qui ronge une fleur, Son secret la rongeait ; sur son front sans couleur, Que l'amour aurait fait re\'ivre d'une étreinte, La résignation laissait sa pâle empreinte ; Elle allait, se minant ainsi, de jour en jour...
Après un court silence, et comme pont réagir contre l'émotion qui l'oppresse :
Ah ! dites, monseigneur, était-ce de l'amour ? Aimait-elle vraiment ? Grand Dieu! nous autres hommes. Nous faisons des sennents bien pompeux, mais nous
[sommes Plus pauvres en amour qu'en tous ces grands mots-là, Et nous ne savons pas chérir comme cela ! Pour nous.quecc soit l'une ou birii l'autre, cpTimporte!
LE DUC
De ce fatal am.our, enfant, ta saur est morte, Car tout à l'heure encor tu paraissais joyeux. Et maintenant je vois des larmes dans tes yeux ? Dis ^