ACTE I, SCENE II
C'était un frère, aimé d'une amitié bien tendre, Un frère que je pleure... Et vous n'aviez pas là Silvio, braves gens, mais sa sœur, Viola !
S' avançant vers l'hôtellerie.
Les tristes souvenirs!... — ■ Hermann de Moravie, Notre oncle, se croyant près de quitter la vie. Exprime le désir de nous revoir tous deux. J e suis femme ; ce long voyage est hasardeux ; Mon frère me ressemble au point qu'on nous confonde, Car nous sommes jumeaux... Or, pour courir le monde, Quel moyen de parer à tout événement ? Prendre le même nom, le même vêtement... C'est convenu ; l'idée est folle et nous enchante. Et sous ce leste habit nous quittons Agrigente. Oh ! que la terre est verte et que le ciel est clair ! Quel plaisir, le voyage à cheval, au grand air ! Je ne suis plus vêtue ainsi qu'une poupée. Mais je porte la cape, et le feutre, et l'épée ! On s'embarque, la mer étincelle au soleil. C'est un rêve charmant !... — Mais quel affreux réveil ! La tempête, nos mâts brisés, notre tartane Échouée aux récifs du golfe de Catane, Et moi seule sauvée... et mon unique ami, Mon frère, dans les flots pour jamais endormi !
Elle se passe la main sur les yeux, puis regardant autour d'elle.
Voici donc l'Illyrie où nous devions ensemble Nous arrêter !... Eh bien, malgré tout, il me semble, — C'est la jiremière fois depuis notre malheur, — Que moins sombre est ma peine et moins navrémon cœur.
Je suis presque joyeuse et j'en ai presque honte ! Serait-ce le printemps ? la jeunesse qui monte ? Je ne sais, mais je sens mon fardeau s'alléger. Comme si ce pays n'était plus étranger. II est vrai que le duc vint jadis chez mon père. S'il est encor vivant, il voudra bien, j'espère. Ainsi qu'il fut reçu chez nous, me recevoir.
Le maître de l'auberge paraît sur sa porte, la face épanouie, les couteaux de cuisine passés à la ceinture.
L'aubergiste !... Par lui je m'en vais tout savoir. • — Allons, beau cavalier, il faut jouer ton rôle : Fais le vaillant, morbleu ! pour parler à ce drôle, Car il ne s'agit pas de donner le soupçon Que tu n'es qu'une iîlle habillée en garçon.
Elle enfonce son feutre sur sa tête avec crânerie, rejette son manteau sur l'épaule et, d'un air délibéré, va s'asseoir à la table sous la treille.