ACTE I, SCENE III
De la cour, le marquis Astolfo. Ce seigneur,
Assez présomptueux, en dépit de son âge,
— Soixante ans, disait-il : il avait davantage, —
Osa prendre pour femme, et chacun l'envia.
Cette altière beauté, madame Olivia.
Il en mourut, voici bientôt deux ans. Sa veuve
Jure de s'en tenir à la première épreuve.
Quoique d'un œil peu triste et d'un cœur peu marri
Elle ait vu décéder son illustre mari.
Mais bast ! trois amoureux voltigent autour d'elle
Comme des papillons autour d'une chandelle.
Et d'abord c'est un vieux garçon, un sien cousin,
Ivrogn-e... puisqu'il boit au cabaret voisin.
Le second amoureux serait un tout jeune homme;
On ne sait ce qu'il vaut ni comment il se nomme,
Je passe. Le troisième, oh ! c'est très différent :
Parti superbe ; esprit, âge, fortune, rang.
Tout s'y trouve : il s'agit du noble duc lui-même !
VIOLA
Nous y sommes enfin ! — C'est donc le duc qu'elle aime ?
l'hôtelier.
Point. Voilà le plus fort ! Le jeune homme inconnu, Ce prétendant obscur, serait le bienvenu.
VIOLA, avec cviriosité.
Quoi ! le duc est donc laid ?
l'hôtelier.
Non, très aimé des femmes.
Au contraire ! On prétend que les plus nobles dames, Les plus sages, l'auront ou l'ont eu pour amant. La seule Olivia lui résiste.
VIOLA, rêveuse.
Vraiment ?...
Je voudrais bien le voir.
l'hôtelier.
Pour courtiser sa belle Oui va, dans un instant, sortir de la chapelle, Son Altesse le duc viendra l'attendre ici. Restez en cet endroit, vous le verrez.
VIOLA
Je descendrai chez vous.
Merci.
L HOTELIER.
Dans ma meilleure chambre :
On y gèle en juillet, on y grille en décembre.
Fausse sortie.
Si ^Monseigneur chez nous veut prendre ses repas, I\îa cuisine à coup sûr ne lui déplaira pas : J'excelle dans cet art, et moi-même j'opère.
Même jeu.
Mes aïeux étaient grands moutardiers du Saint-Père !
// rentre dans l'auberge.