ACTE IV, SCEXE VII
Et je mesure cnlm jusqu'où va ma disgrâce : Ce cœur que je croyais insensible, ce cœur Dédaigneux et superbe, a trouvé son vainqueur ! Moi, vouloir être aimé ? Je n'en étais pas digne ; Mais le triomphateur, mais le héros insigne, C'est mon page!
OLIVIA, montrant la blessure de Silvio.
Il suffit. Ne causez point d'émoi A cet ami vaillant qui s'est battu pour moi. De mon émotion vous me faites un crime. Et pourtant, monseigneur, n'est-il pas légitime Qu'à ces marques d'amour mon cœur se soit troublé, Que mon sang ait frémi... quand le sien a coulé ?
LE DUC
Quelles marques, madame ? Il a bien pu, je pense Si l'on vous insultait, prendre votre défense ; Mais je le connais trop, son âme est sans détour. Il ne vous a pas dit qu'il vous aimait d'amour.
A Silvio.
Détrompe-la, mon fils.
OLIVIA, à Silvio.
Non, je vous en supplie, Ne lui répondez pas.
LE DUC
Dis-lui que c'est folie...
Tu n'oses pas répondre ? Elle te fait donc peur ?
SILVIO
Madame...
OLivi.v, lui jcrmant la bouche.
Taisez- vous...
Bas.
Il aime votre sœur...
Je veux m'en assurer.
LE DUC, avec une inquiétude croissante.
Tu restes impassible ?
Mais non : si tu m'avais trompé, par impossible, Tu serais à mes pieds me demandant pardon.
OLIVIA, à Silvio qui s'avance vers le duc et veut parler. Pas encor.
LE DUC
Tu te tais ?
Silvio baisse la tête. Le duc laissant éclater son chagrin.
Ah! Dieu, quel abandon !
Plus d'amitié, plus rien ! Un sort inexplicable Me poursuit sans relâche et coup sur coup m'accable !
A Olivia.
Je me plaignais de vous... pourtant, votre dédain Xe m'avait pas frappé comme ce trait soudain. Oui, ce qui maintenant me tient l'âme occupée.