V ... Nous mêlions notre voix à l'hymne de tes anges
On enchaînait donc la réplique de sainte Rose :
PRliFACE.
« ... Oh! le brave homme ! Il pleure... » avec ces mots de saint Nicolas:
« Toi qui nous a permis de faire des heureux », de sorte qu'une personne non prévenue ne se doutait pas que l'on fît une coupure, et que l'alternance régulière des rimes masculines et féminines n'était même pas dérangée.
On me demandera la raison de celte coupure. Elle est double. D'abord, on peut ne pas avoir les chanteuses (trio ou petit chœur) nécessaires pour interpréter la délicieuse musique de M. Paul Vidal, laquelle se trouve comprise dans le passage indiqué. La partie de dessus est assez haute, et l'exécution, sans être bien difficile, demande à être préparée avec grand soin. Il va sans dire que, lorsqu'on aura les éléments indispensables, la première raison indiquée pour la coupure tombera d'elle-même. A la représentation, il serait infiniment regrettable de supprimer le passage où la musique est contenue.
En ce qui concerne une simple lecture, il y a une autre raison d'omettre ce passage, même si l'on pouvait organiser un petit chœur. C'est qu'en l'absence d'une vraie mise en scène les deux lecteurs et les deux lectrices, immobiles, auraient une attitude fort empruntée pendant toute la durée du chœur. S'ils paraissaient indifférents, ils nuiraient à l'effet du chœur et de la pièce elle-même ; s'ils prenaient une attitude de piété ou même de recueillement, il leur serait bien
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difficile de la soutenir sans ridicule ou, tout au moins, sans gêne. Enfin, comme ce passage doit provoquer (grâce à la musique) une émotion très vive, il faut la donner entièrement, ou point du tout ; et je crois qu'on n'y parviendra qu'avec la mise en scène, les personnages agenouillés, le chœur invisible et un peu lointain, — toutes choses impraticables dans une simple lecture publique.
Ce n'est pas que je sois autrement effrayé par l'idée de présenter à un auditoire populaire une œuvre empreinte de sentiment religieux. Pourvu que le public ait confiance en vous, que son éducation intellectuelle soit déjà un peu faite et que l'on ait commencé par une judicieuse introduction, animée d'un libre et large esprit, vous serez suivi et compris sans difficulté. Mais il ne faut pas que des réalisations trop incomplètes provoquent le rire ou, par leur froideur, soulignent le désaccord qui existe dans les esprits sur le fond des croyances, — désaccord que l'on a oublié volontairement pour se livrer au charme d'un rêve poétique.
Au reste, bien que je mette en garde contre un danger possible, je ne veux pas dire que l'on ne puisse parer habilement à toutes les difficultés, si l'on tient à conserverie chœur... Les personnages pourraient se retirer ou s'effacer discrètement pendant que l'on écouterait les chanteuses, — dissimulées, autant que possible, derrière une tenture, ou simplement groupées autour du piano, mais non placées sur l'estrade.
La seconde coupure portait sur huit vers dits par Pierre et Jacqueline vers la fin de la pièce, depuis ces mots de Pierre :
« Mais, pour que plus de joie emplisse notre chambre... » jusqu'à ceux-ci, dits par Jacqueline:
« Ne décourageonspas les maris repentants. » Ce n'est pas (ô Dieu non) que je condamne les épanchements de ces honnêtes époux, ni que ma délicatesse en soit offensée le moins du monde; mais de tendres propos, que l'illusion de la scène, du costume, du décor, rend possibles et naturels, pourraient créer une gène entre monsieur un tel, lecteur, et madame une telle, lectrice, dont les personnalités réelles et connues sont en pleine évidence pendant la lecture. Les rires de quelques loustics pourraient, en outre, aggraver leur embarras.
Je ne vois d'ailleurs aucun motif pour supprimer ce passage à la représenta lion, en quelques conditions qu'elle ait lieu.
J'ai parlé d'une introduction nécessaire à la lecture de la pièce. Il est évident qu'il faudra en indiquer, le caractère et l'époque, nommer les personnages, les dépeindre en quelques mots, décrire le lieu et le moment de l'action. Il faudra prévenir que deux personnages, immobiles en principe, mais qui pourraient bien cligner de l'œil malgré eux, sont en réalité deux statues peintes; que, du reste, si ces statues venaient à s'animer, on ne devrait pas en être trop surpris.
En ce qui concerne le caractère religieux de la pièce,
je m'exprimerais à peu près comme ceci, avant toute autre explication : « Chacun sait que nos pères étaient beaucoup plus dévots que nous; ils étaient, en outre, fort crédules ; l'intervenlion des saints et des saintes dans les affaires de ce monde leur semblait chose toute naturelle. Ils ont imaginé beaucoup de légendes fantastiques, auxquelles ceux même qui les avaient inventées ne tardaient pas à croire fermement; à plus forte raison les autres. Parmi leurs légendes il y en a de poétiques et de touchantes; et parfois, sous une forme un peu étrange, elles contiennent quelque bonne leçon. C'est une histoire de ce genre qui va vous être contée. Figurez-vous que vous faites un rêve ; et j'espère qu'en vous éveillant — dans une demi-heure environ — vous penserez que, si votre rêve n'avait aucune réalité, il contenait cependant quelques conseils assez utiles et que, dans tous les cas, il ne vous a pas été trop désagréable. »
Je montrerais ensuite le rôle de saint Nicolas — un vieux brave homme de saint, fort aimé des petits enfants — qui descendra du ciel tout exprès pour guérir un ivrogne de son vice et rétablir la paix d'un jeune ménage. Après cela je donnerais les explications strictement nécessaires à l'intelligence de la pièce (lue et non jouée), tout en anlicipantle moins possible sur les événements. Je ne manquerais pas d'observer que sainte Rose fleure un peu le fagot, puisque, contrairement aux décisions du catéchisme, elle veut ouvrir
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les portes du Paradis aux enfants morts sans baptême. J'ajouterais que s'il est dit, en un passage delà pièce, que sainte Rose, étant en nourrice, refusait de téter les vendredis, ce n'est pas là une facétie de l'auteur, mais un fait évidemment vrai, puisqu'il est cité, avec admiration, par un grave ecclésiastique, dans une Vie 1res édifiante de sainte Rose de Viterbe.
.le donnerais ensuite la parole aux lecteurs.
Il sera facile d'esquisser un semblant de mise en scène, qui amusera le public — et surtout les enfants — tout en rendant les clioses beaucoup plus claires. Sur la table on posera un petit berceau, de la forme dite « Moïse » ou « berceau de Moïse », — une sorte de grande corbeille longue — sans rideaux, mais avec un léger voile recouvrant le bébé, qui sera, naturellement, une grosse poupée. Du reste, on ne placera pas le berceau de profd par rapport aux spectateurs, mais perpendiculairement à cette direction, la tête de l'enfant étant du côté du public. De cette façon, l'existence du bébé restera plus mystérieuse et, par suite, plus réelle pour les spectateurs. La mère pourra s'occuper de lui tout en restant face au public, et on évitera les rires intempestifs (1).
A côté du berceau, sur la table, on posera deux petits souliers d'enfants. En arrière, deux chaises. Enfin, on fabriquera des jouets découpés dans du carton et repo-
(1) H va sans dire (pie ces imliciilioiis soiil (Iouiu'h's pour une leciuic cl non jioiir la leprc'senlalion.
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sant sur un petit socle de bois : saint Michel, enluminé et doré, le diable aux ailes vertes, etc., que sainte Rose apportera dans un pH de sa jupe ou dans un petit panier et disposera ensuite sur la table, — dans les souliers ou tout auprès. On y joindra un gûleau fleuri d'une rose, et une boîte quelconque.
Si les lecteurs se transforment en récitants (chose facile, vu la brièveté des rôles) cela n'en vaudra que mieux. Ce sera même nécessaire pour certains passages du rôle de sainte P»ose, où un livre serait trop embarrassant à tenir.
Point de costumes, cela va sans dire; mais il est à souhaiter que saint Nicolas ait une belle barbe blanche, et sainte Rose peut mettre des roses dans ses cheveux.
Quant au caractère des personnages, saint Nicolas sera vénérable et bonhomme — un bon vieux grandpapa ; — sainte Rose très jeune, vive, gracieuse ; Jacqueline simple et touchante; Pierre assez bon diseur pour bien montrer les divers aspects de son rôle. Il sera ivre sans exagération, fin et naïf, très vivement ému à quelques passages, tendre et cordial pour finir.
11 est à souhaiter que la lecture soit faite aux approches de la Noël.
Quant à la représentation de la pièce, je n'en dis rien, pensant que les indications mêlées au texte suffiront.