‹ Conte de Noël; pèce en un acte en vers. Representée pour la première fois à Paris à la Comédie-Française, le 11 Juin 1895Chapitre 9 sur 9 · CHOEUR D ANGES INVISIBLES · texte numérisé non relu

CHOEUR D ANGES INVISIBLES

Comme autrefois, dans l'humble crèche, Assise sur la paille fraîche, Sur la paille d'or, Vous que la terre chante et prie, Bercez, radieuse Marie, Votre doux trésor.

CONTi: DE NOËL, j 41

Le bœuf et l'âne, qu'il caresse, Pleurent de joie cl de tendresse

En le réchauffant.

Vierge au front couronné d'étoiles.

Comme autrefois, dans vos longs voiles,

Bercez votre Enfant!

A la seconde strophe du chn-ur, les quatre personnages se sonl agenouillés. Lorscpie le chant est fini, saint Nicolas et sainte Rose se relèvent. Musicjuc très douce.

SAINT NICOLAS

Avant que nous aussi, le cœur plein de louanges, Nous mêlions notre voix à l'hymne de tes anges, Toi qui nous as permis de faire des heureux, Vois ces jeunes époux, Seigneur ; jette sur eux Un regard de clémence et parfais notre ouvrage.

SAINTE ROSE

Jacqueline a porté sa peine avec courage.

SAINT NICOLAS

Pierre laisse paraître un touchant repentir.

SAINTE ROSE

Qu'ils soient bénis, Seigneur I

On n'entend presque plus la musique.

SAINT NICOLAS, à voix basse.

Rose, avant de partir, Ayons soin de remettre en place nos images.

Ils reprennent leur position et leurs attitudes de statues.

Es-tu prélo"?

SAINTE ROSE

Oui.

SAINT NICOLAS

Portons à Jésus nos hommages ; Un nous attend là-haut.

SAINTE ROSE

Retournons vite au Ciel, Pour baiser les pieds nus du cher petit Noël.

La clarté surnaturelle s'éteint ; la musique cesse ; les statues sont parfaitement immobiles. On voit le jour poindre. Pierre et Jacqueline se relèvent. Ils regardent autour d'eux avec étonnement; puis ils aperçoivent les deux statues.

PIERRE

Les voilà tous les deux à leur place ordinaire ; Vois, ils ne bougent plus.

Pierre et Jacqueline s'approchent des statues; ils leur parlent debout, mais dans une allilude de prière.

JACQUELINE

Grand Saint que je vénère, Et vous, la grâce môme, ô tendre fleur des cieux, Vous avez essuyé les larmes de mes yeux.

PIERRE

La joie est revenue en celte humble demeure ; Je vous en bénirai jusqu'à ce que je meure, 0 sainte Rose et saint Nicolas !

JACQUELINE

Désormais,

Pierre, seras-tu sage?

PIERRE

Oui, je te le promets.

Mon alliance d'or, signe de foi jurée.

En réponde pour moi !

JACQUELINE

Bien ; je suis rassurée.

PIERRE, désignant les statues.

Je n'attristerai plus nos célestes amis.

Alors, regarde.

CONTE DK NOËL.

JACQUELINE

Elle lui montre le souper.

PIERRE

Quoi! le couvert était mis?

JACQUELINE

Ce modeste souper sera ta récompense.

PIERRE, attendri.

Ah! ma femme...

JACQUELINE

As-tu faim, Pierre? Pas trop? je pense?

PIERRE

Jacqueline, crois bien que je vais faire honneur

A ce festin d'où monte un parfum de bonheur.

Mais, pour que plus de joie emplisse notre chambre,

Quelques baisers (les tiens fleurentdouxcommel'ambre)

Devraient assaisonner ce merveilleux repas.

Sois bonne, et je croirai que tu ne m'en veux pas.

JACQUELINE

Tous mes baisers feraient un régal bien vulgaire.

PIERRE, tendrement.

Jacqueline

JACQUELINE

D'ailleurs, voici l'aube ; on n'a guère Le temps de s'embrasser.

PIERRE

On a toujours le temps.

Il l'embrasse.

JACQUELINE, à paît.

Ne décourageons pas les maris repentants.

PIERRE

Ah! je fus un grand sot de n'être pas plus tendre !

JACQUELINE, désignant Rosette.

Ne parlons pas si haut: elle va nous entendre. Elle fait un pas vci's le berceau ; Pierre la retient.

PIERRE

Sois tranquille : ça dort comme un petit oiseau.

JACQUELINE

Soupons ; car je veux être auprès de son berceau Quand s'ouvriront ses yeux pleins de joie.

PIERRE

Eh ! ma mie, Rappelle-loi qu'hier elle s'est endormie A grand'peine et bien tard.

JACQUELINE

C'est vrai...

PIERRE

Saint Nicolas Sait que j'ai beaucoup bu, femme, et que je suis las. Toi-même, n'as-tu pas été bien fatiguée Par cette longue nuit, qui pour moi fut trop gaie? Après souper, crois-moi, prenons quelque repos ; Nous nous éveillerons gaillards, frais et dispos.

Le jour a grandi peu à peu ; les tours de Notre-Dame s'éclairent d'une lueur rose.

JACQUELINE

Mais si j'allais manquer l'heure de la grand'messe?

PIERRE

Dévotement, tous deux, je t'en fais la promesse, Nous y partagerons le joli pain bénit En remerciant Dieu, puisque je rentre au nid. Or donc, h table.

JACQUELINE, s'asscyant.

Soit.

PIERRE

Tandis que je pérore, Notre-Dame devient toute rose à l'aurore. Laissons venir le jour en mangeant et buvant, Ma chère; et nous ferons ce léger somme avant Que, pour s'extasier et pour crier merveille, Notre bergeronnette en gazouillant s'éveille.

La loil i tombe

S4»S-(0. — CoBBEiL. Imprimerie Éd. Cbété.

..^mi

PQ Boucher, Maurice B6C6

Page 1