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coule comme un ruisseau murmure. Seulement cela est-il bien vrai?
Le Prince avec angoisse attend la réponse. Le cygne blanc se tait. Puis ayant réfléchi, parle :
— Oui, il existe une telle jeune fille; mais une femme n'est pas un gant que l'on enlève de sa main blanche pour le glisser dans sa ceinture. Je te donnerai un conseil. Ecoute : sur tout cela réfléchis sérieusement, afin de ne pas te repentir plus tard.
Le Prince assure qu'il est temps pour lui de se marier, que sur tout cela il a réfléchi sérieusement, qu'il est prêt, d'une âme passionnée, pour trouver la belle Princesse à aller à pied très loin, jusqu'à la vingt-septième Terre. Le cygne alors, soupirant, dit:
— Pourquoi si loin? Sache-le, ton destin est à côté de toi, car la Princesse, c'est moi !
Battant des ailes il vole au-dessus des vagues, descend sur la rive, se cache dans les buissons ; agitant ses ailes, se secouant, il se change en une Princesse. Un croissant sous sa tresse brille et sur son front une étoile scintille. Elle marche avec la grâce majestueuse d'une paonne. Et quand elle parle, on dirait un ruisseau qui murmure. Le Prince serre dans ses bras la Princesse, la presse sur sa poitrine robuste et la conduit vite auprès de sa tendre mère. Le Prince se jette à ses pieds:
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— O Souveraine très chère, j'ai choisi une femme qui te sera une fille soumise. Et tous deux nous te demandons ton consentement et ta bénédiction. Bénis tes enfants pour qu'ils vivent en accord et en amour.
Sur leurs têtes abaissées, leur mère incline l'icône miraculeuse, verse des larmes et dit :
IEU vous récompensera, mes enfants.
Le Prince n'est pas long à se préparer; il épouse la Princesse; ils commencent à vivre ensemble, à vivre heureux et attendent un enfant.
E vent sur la mer court, pousse un navire qui fil^sur les vagues, toutes voiles gonflées, le long de l'île escarpée, passant la ville grande. Les canons du port tirent, ordonnent au navire de s'arrêter. Débarquent sur la jetée les marchands. Le Prince Gvidon les invite comme hôtes. Il les nourrit, les fait boire et leur enjoint de répondre :
— De quoi faites-vous le commerce? Et maintenant où vous rendez-vous?
— Nous avons parcouru le monde entier. Nous avons fait le commerce profitable des marchan-
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dises défendues. .Mais notre chemin est long encore qui mène chez nous à l'orient, passant l'île Bouyane, jusqu'au royaume du glorieux Saltan. Le Prince leur dit alors :
— Bon voyage à vous, messires, sur la mer et sur l'océan, jusqu'au glorieux Tsar Saltan. Rappelez à votre Seigneur qu'il a promis d'être notre hôte et que jusqu'ici il n'est pas venu. Je lui envoie mon salut.
Les marchands se mettent en route, mais le Prince Gvidon cette fois-ci reste à la maison et ne se sépare pas de sa femme.
E vent gaiement siffle, le navire gaiement file, passant l'île Bouyane vers le royaume du glorieux Saltan. Et déjà de loin les voyageurs voient la terre connue. Sur la rive descendent les marchands. Tsar Saltan les invite comme hôtes. Ils voient : Dans le palais le Tsar est assis sous sa couronne. Et la tisseuse et la cuisinière avec la vieille mère Babarikha sont assises près du Tsar et toutes trois le regardent de leurs quatre-z-yeux. Tsar Saltan fait asseoir les marchands à sa table et demande :
— Et vous, messires marchands , avez- vous été longtemps en route? Et où avez-vous voyagé? La
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vie par delà la mer est-elle bonne ou mauvaise? Et quelle merveille y a-t-il au monde ?
Les voyageurs de répondre :
— Nous avons parcouru le monde entier. Par delà la mer la vie est bonne. Dans le monde il y a une telle merveille : Une île est au milieu de la mer. Une ville sur l'île s'élève, avec des églises aux coupoles d'or, des palais et des jardins. Un sapin pousse devant le palais et sous le sapin une maison de cristal. Un écureuil est là apprivoisé — oh ! comme il est malin ! L'écureuil chante une petite chanson ; tout le temps il grignote des noisettes, mais ce ne sont pas de simples noisettes. Les coquilles sont d'or ; le noyau une émeraude pure. On choie l'écureuil et autour de lui on fait bonne garde. Kt là-bas il y a encore une autre merveille : La mer se gonfle tumultueusement, bouillonne, pousse un hurlement, se lance sur la rive déserte, s'étale en une course bruyante. Et apparaissent sur la grève, couverts d'écaillés étincelantes comme le feu, trente-trois héros, beaux et braves, de jeunes géants, tous pareils comme si on les avait choisis. Avec eux leur gouverneur Tchernomor. Et il n'y a pas de garde plus sûre, plus brave, plus vigilante. Le Prince a une femme dont on ne peut détacher les yeux. De jour elle obscurcit la lumière de Dieu ; de nuit elle éclaire
la terre; un croissant sous sa tresse brille et sur son front une étoile scintille. Le Prince Gvidon règne sur cette ville et tous le louent avec zèle. Il t'envoie son salut et te fait reproche, car tu lui as promis ta visite et jusqu'ici tu n'es pas venu.
Cette fois-ci le Tsar ne peut plus attendre. Il ordonne d'armer sa flotte. Mais la tisseuse avec la cuisinière et la vieille mère Babariklia, ne veulent pas lui permettre de voir l'île merveilleuse. Tsar Saltan ne les écoute pas et d'un mot les arrête :
— Qui suis-je? Le Tsar, ou un enfant? dit-il sans plaisanter. Maintenant je pars.
Il frappe du pied, sort et fait claquer la porte.
la fenêtre Gvidon est assis . Silencieux il regarde vers la mer. Elle ne fait pas de bruit, elle n'est pas agitée. A peine frissonne-t-elle. Et, dans le lointain azuré, des navires apparaissent. Sur
les plaines de l'océan avance la flotte de Tsar Saltan. Le Prince Gvidon sursaute, il appelle à haute voix :
— O mère chérie, et toi, jeune Princesse, regardez là-bas. Notre père vient ici.
Déjà la flotte touche l'île. Le Prince Gvidon regarde par une longue-vue. Le Tsar se tient sur la proue et les regarde par une longue-vue. Avec
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lui, la tisseuse et la cuisinière avec la vieille mère Babarikha s'étonnent à voir un pays inconnu. Soudain les canons tirent, tonnent, les carillons sonnent dans les clochers. Gvidon lui-même descend à la mer. Là il rencontre le Tsar avec la cuisinière, la tisseuse et la vieille mère Babarikha. A la ville il conduit le Tsar sans prononcer une parole.
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OUS maintenant entrent dans lepalais.
Aux portes brillent les armures de trente-trois héros qui se tiennent devant les yeux du Tsar, tous jeunes et beaux, des géants hardis, tous égaux comme s'ils avaient été choisis et avec eux leur gouverneur Tchernomor. Le Tsar entre dans la cour vaste. Là sous un sapin élevé, un écureuil chante des chansons, grignote des noisettes d'or, en tire des émeraudes, les range dans un petit sac et la grande cour est parsemée de coquilles d'or. Les hôtes avancent plus loin ; fiévreusement ils regardent . Qui est-ce ? La Princesse merveilleuse ! Sous sa tresse un croissant brille ; une étoile sur son front scintille ; elle marche avec la grâce majestueuse d'une paonne. Kt elle conduit sa belle-mère. Le Tsar la voit, la reconnait... Son cœur ardent bat avec force.
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— Que vois-je ? Qu'est cela ? Comment !
Et sa respiration s'arrête. Le Tsar fondant en larmes, étreint la Tsaritsa et son fils et la jeune femme. Ils s'assoient tous à table. Un joyeux festin commence. Mais la tisseuse et la cuisinière avec la vieille mère Babarikha se cachent dans les coins. On les y trouve avec peine. Alors elles se confessent, s'accusent, sanglotent. Le Tsar dans la joie de l'heure, les renvoie toutes trois à la maison. Le jour passe; Tsar Saltan à moitié ivre est mené à son lit.
J'étais là; /ai bu de l'hydromel et de la bière; à peine y ai-je trempé les moustaches.