‹ Contes à ma filleChapitre 4 sur 43 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

lui retracer ce ^''elle doit faire encore : il faat en même temps la féliciter sur ce quMle a déjà fait. Cest par FamouT-propre qu^on obtient la confiance : TéToge d*ane qualité donne le droit de blÂmer deux défauts.

Aussi m^est-il souvent arrivé, dans ces dictées faites d^abondance , de voir ma jeune élève tressaillir au récit de tel épisode intéressant dont elle m^avait fourni le sujet; rougir et trépigner en secret quand j^esquissais quelque faute qu^elle avait commise , porter vers moi ses regards, et me dire : « Tu ne tii^as pas manquée...9

Pour atteindre à ce but qui , selon moi , doit produire les plus heureux résultats , j^ai cru d^abord devoir écarter * tout ce qui portait Tempreinte de la science et de la méthode scolastique ; n^employer que le style le plus simple; pénétrer doucement, el par degrés, dans le jeune cœur que je voulais former , en n^amenant sous sa plume novice que les expressiousqu' elle-même eut tracées si elle eût voulu décrire les différentes scènes dans lesquelles je m^amusai à caresser ses souvenirs , à provoquer sa réflexion.

J^ai cru devoir ensuite donner à chacun de mes Contes une action dramatique , resserrée dans des bornes étroites , pour ne pas fatiguer Tattention , et développée successivement selon les impressions que je remarquais sur les traits de mon intéressant secrétaire. Souvent je lui dictais tel ou tel titre, sans savoir quel sentier je prendrais, à quelle distance je pourrais arriver. Sa figure était ma boussole , soit pour enfoncer le trait quand je voyais qu'il ne pouvait blesser trop fort , soit pour égayer le

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tableau quand je m^apercevais qu'une sombre rêverie s'emparait de nous , soit enfin pour ramener au sentiment quand le rire et la galte' commençaient à nous égarer sur la route. Il faut être père, je ]e sens , pour entrer dans tous ces détails ; aussi je ne les confie qu'à ceux qui portent ce titre sacré: les autres peut-être dédaigneraient de m' entendre.

J'ai cru devoir aussi cbolsir exclusivement mes personnages dans la classe à laquelle appartient ma chère élève : je veux dire ceux que l'aisance met au-dessus du besoin , mais à qui le rang et la fortune ont refusé le droit souvent funeste de paraître avec éclat. C'est donc parmi les gens de lettres et les artistes , parmi les militaires de tout grade , les jurisconsultes et les négocians, qui forment cette nombreuse et respectable portion du peuple, conservatrice des mœurs et du caractère national ^ que j'ai voulu prendre et mes héros et mes modèles. Des objets à notre niveau sont toujours ceux qui nous frappent le plus. On ne saurait trop bien diriger les premiers regards de l'adolescence : les porter sans cesse au-dessous du point qu'elle occupe sur la scène du monde , c'est la dégrader et l'abrutir; les porter trop au-dessus, c'est l'éblouir et la perdre à jamais.

Enfin j'ai cru devoir réunir et répandre indistinctement dans ces Contes les difficultés les plus remarquables de la langue française, ses exceptions, et jusqu'aux caprices de l'usage. J'ai voulu faire parcourir à ma jeune élève tous ces sentiers arides et tortueux , en les couvrant de quelques fleurs , en les ornant de tableaux variés , qui lui fis-

VI INTKODUCTION.

sent supporter la longueur et Tennui du Toyage ; mais , afin quW jour elle put seule retrouver son chemin , je feigaais souvent de m^ëgarer avec elle : alors nous cherchions ensemble, nous confondions nos doutes, nos efforts ; et, semblables à deux eufans qui se disputent le prix d'une course, jamais nous n^ar rivions au but qu'après avoir bien remarqué toutes les sinuosités qui pouvaient y conduire. Mes succès ont passé mon espérance; de guide indispensable que j'étais, je ne suis devenu qu'un simple compagnon de voyage. Ma jeune élève, habituée à franchir tous les obstacles , est parvenue au point de ne plus les apercevoir, et s'est trouvée surprise autant que ravie, en mesurant l'espace qu'elle avait parcouru , tout en causant avec moi.

J'avais résolu de renfermer ces Contes dans mon portefeuille, les regardant comme un badinage inspiré par Ta- (mour paternel, comme un essai qui ne pouvait avoir au~ ; cuii titre littéraire; mais un grand nombre de mes amis , parmi lesquels il en est dont le nom fait autorité, me pressent de publier ce recueil. Ils me font espérer qu'il sera distingué parmi les ouvrages qui paraissent sur l'éducation ; ils m'assurent qu'il doit, en l'instruisant, amuser l'adolescence.... Si je redoute de paraltre.au grand jour , j'avoue que je résiste difficilement au bonhenr d'être utile. Je me détermine donc à me soumettre au jugement du public. Puisse-t-il m'êlre favorable ! Puisse surtout la jeune fille , à qui ces Contes seront offerts , dire un jour, en les parcourant : a L'auteur fut un bon père! ^

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