‹ Contes à MadameChapitre 4 sur 9 · C ALI NETTE · texte numérisé non relu

C ALI NETTE

Elle me supplie de traîner son lit tout près, afin qu'elle puisse voir encore. Il faut bien lui céder. Est-ce que je ne lui cédais pas toujours ?

J'avais toutes les peines du monde à la retenir dans son lit. Elle rejetait ses couvertures, elle se montait, elle s'exaltait, elle devenait comme folle.

— Le vois-tu, le grand soleil ! Comme il monte! comme il monte vite! Il semble qu'il s'élance dans le ciel ! Et comme tout devient rose ! Les falaises, la plage, les bateaux, notre chambre... Tout, tout!

Et toujours ses éternels baisers à la mer. Soudain, elle s'arrêta.

— J'ai froid, dit-elle.

Une fièvre terrible la prenait. Ça devait arriver après des imprudences pareilles ! Ses mains étaient brûlantes, sa gorge sèche. Elle s'était tue, comme assoupie, les yeux fermés.

Je demandai un médecin. Il vint vers onze heures.

— C'est grave, me dit-il, très grave... Une tluxion de poitrine, probablement....

Oh! mon Dieu! mon Dieu! Ma Câline tte ! mon enfant !

Elle dormait d'un sommeil agité, avec une respiration sifflaote.

Vers quatre heures, elle se réveilla.

— Même! fit-elle.

Je lui pris la main.

Elle appuya un moment ma main contre sa joue, avec sa petite càlinerie ordinaire; mais bientôt, tournant les yeux vers la fenêtre, et m'abandonnant :

— Est-ce beau ! est-ce grand ! Trop grand même... J'étais mieux dans notre petite chambre là-bas, à Paris... Ah! comme c'est drôle!... il me semble que je vole... oui! j'ai des ailes, comme ces grands oiseaux blancs qui tournoient dans la falaise... et je monte... je monte... Ah! comme je suis haut!... et partout, autour de moi, au-dessous de moi, comme tout est rose... rose... rose...

Elle délira ainsi pendant deux heures. De moi, de sa vieille grand'mère, pas un mot. J'avais la tête perdue.

Le soleil se couchait. Au moment où il

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