LES SŒURS JALOUSES
Il était un roi, qui avait trois filles. Quand il mourut, celui qui monta sur le trône après lui, fit publier par le crieur défense à qui que ce fût d'avoir de la lumière durant la nuit de son avènement. Cette annonce faite, le roi se déguise et sort seul. Après s'être, promené de côté et d'autre, il arrive à la maison où demeuraient les filles du roi défunt, et, en s'approchant, il les entend qui conversaient entre elles.
Et voici ce que disait rainée : Si le roi me prenait pour sa femme, je lui ferais un tapis sur lequel l'armée entière pourrait s'asseoir, et il y resterait encore de la place. Si le roi, dit ensuite la seconde, me prenait pour sa
femme, je lui ferais une tente, sous laquelle l'armée entière pourrait être jà l'abri, et il y resterait encore de la place. Enfin la plus jeune dit : Si c'était moi que le roi épousât, je lui ferais un garçon et une fille, avec une étoile au front et une lune sur les épaules.
Le roi, qui n'avait pas perdu un mot de ces discours, fit venir les sœurs le lendemain, et les prit pour femmes, toutes les trois *.
L'aînée, selon ce qu'elle avait annoncé, fit un tapis où toute l'armée trouvait à s'asseoir, et il y restait encore de la place. La seconde, à son tour, fit une tente, et toute l'armée s'y trouvait à l'abri. Quant à la plus jeune, au bout de quelque temps, elle devint grosse, et son terme approcha.
Le jour même qu'elle fut délivrée, le roi était absent 2. A son retour, il demande ce qu'elle a enfanté ? Un petit chat et une petite souris, lui répondent les deux aînées ; ce qu'entendant le roi, il ordonne qu'on place l'accouchée dans l'escalier, avec ordre à qui-
1. Les mœurs mulsumanes elles-mêmes ne toléreraient pas, je crois, ce mariage avec trois sœurs à la fois. Voyez aux Rapprochements.
2. Au texte : Un jour, lorsqu'elle allait enfanter, le roi était sorti (il n'était ras lu).