‹ Contes albanaisChapitre 15 sur 80 · LES SŒURS JALOUSES · texte numérisé non relu

LES SŒURS JALOUSES

conque entrerait, de cracher sur elle. Or, elle avait mis au monde un garçon et une fille, mais les deux sœurs, après les avoir enfermés dans un coffre, les envoient exposer au bord du fleuve par une servante, et, un vent violent s'étant ensuite élevé, le coffre fut poussé à l'autre bord.

Sur cette rive, il y avait un moulin, où demeurait un vieillard avec une vieille. Ayant aperçu le coffre, la vieille le prend et le porte au moulin. Là ils l'ouvrent et voient le garçon et la fille avec l'étoile au front et la lune sur les épaules. Etonnés au dernier point, ils les tirent du coffre et commencent à les élever de leur mieux.

Le temps s'écoula, la vieille mourut, et bientôt après ce fut le tour du vieillard.

Avant d'expirer, il appela le garçon et lui dit : Sache, ô mon fils, qu'en tel et tel endroit est une grotte, où se trouve une bride qui m'appartient. Cette bride est à toi, mais garde-toi bien d'ouvrir la grotte avant quarante jours* révolus, si tu veux que la bride fasse ce que tu lui commanderas.

Les quarante jours écoulés, le jeune homme va à la grotte et, l'ayant ouverte, il trouve la bride. Il la prend à la main, lui dit : Je veux

deux chevaux, et à l'instant même deux chevaux paraissent ». Le frère et la sœur les montent, et, en un clin d'œil, ils arrivent au pays de leur père. Là le jeune homme se mit à tenir un café ; pour la jeune fille, elle demeurait enfermée à la maison.

Comme ce café était le meilleur du pays, le roi y alla, et, dès l'entiée, il vit ce garçon qui avait une étoile au front. Il le trouva si beau, qu'il retourna plus tard que de coutume au logis. Quand il rentra, on lui demanda pourquoi il avait tant tardé. Il répondit qu'il y avait un jeune garçon, qui avait ouvert un café, et qui était si beau, qu'on n'avait jamais vu le pareil ; et ce qu'il y a de plus extraordinaire, ajouta-t-il, c'est qu'il a une étoile au front.

Les sœurs (lesquelles l'avaient exposé au bord du fleuve) n'eurent pas plus tôt ouï ces paroles du roi qu'elles comprirent qu'il s'agissait du fils de leur cadette. Outrées de dépit, elles songent aussitôt aux moyens de le faire périr. Que font-elles ? Elles dépêchent

i. Paraissent, littéralement « sont faits, deviennent», expression toujours répétée en semblable circonstance, mais qui ne saurait s'employer en français.

Page 1